Madjer

Portugal – Algérie : quand Madjer réinvente la notion de «courage»

Le onze qui, quatre ans plus tôt, a malmené l’Allemagne, sortie finalement d’un sérieux guêpier avant d’aller se poser sur le toit du monde, n’a-t-il plus aucune autre ambition que de fermer les yeux et s’armer de prières en descendant ce soir sur le terrain de Lisbonne où l’attend le champion d’Europe en titre mené par l’extraterrestre Ronaldo ? Pour le sélectionneur algérien, du courage il en faudra beaucoup. «Courageux» d’avoir accepté de relever un tel défi. Comme c’est loin l’Allemagne ! Pour ceux qui ne connaissent pas le vrai sens du courage (pas dans la version madjérienne, s’entend), on les renvoie au «Larousse» ou à un certain Vahid.

Par Azouaou Aghiles

L’œil du MJS
Il ne fallait surtout pas la rater celle-là. Renversant de «sincérité». La plus belle réplique de l’année et l’impression pas du tout bizarre que l’idée que se fait coach-Madjer de son équipe rend parfaitement compte de l’état d’esprit qui prévaut au sein d’une sélection tombant de très très haut (on n’est plus dans cet état d’euphorie ayant suivi les deux mondiaux 2010 et 2014 et cette montée triomphale aux cimes du continent marquée par une domination écrasante au classement-Fifa étalée sur plusieurs mois et à laquelle il ne manquait malheureusement que ce titre derrière lequel le football algérien court hors frontières mais sans succès depuis 1990, l’année de l’unique titre majeur décroché néanmoins à Alger) et dont la résurrection souhaitée par son bruyant public passerait, selon le détenteur de la prestigieuse marque déposée de la «talonnade», par sa capacité à comprendre que sans le courage, dans son sens littéral (il n’en a pas fallu beaucoup, mais du talent oui, pour faire douter la terrible machine allemande poussée aux prolongations avant de s’imposer in-extremis à l’arrivée d’un match où elle jouera gros et avancer ainsi à pas de géant sur la route de la victoire finale) il n’y a point de salut. Pour notre Madjer national, l’équation est simple (merci Ronaldo pour le cadeau qui est offert à l’occasion aux «Verts» qu’il accepte de jouer dans son jardin de Lisbonne) : il fallait s’armer d’une sacrée dose de «courage» pour accepter un tel défi (des ambitions tombées bien bas dans l’échelle des valeurs internationalement admises) et, par ricochet ou bien entendu, il faudra énormément de courage avant d’aller à la rencontre de ces monstres sacrés portugais menés par leur super star madrilène qu’ils auront l’immense privilège (Madjer s’offrira-t-il une photo-souvenir avec cette idole incontestée du ballon rond mondial qui devrait figurer en bonne place dans son album souvenirs, ce qui bouclera la boucle ?) de voir de près. Que disons-nous, le suprême honneur (qu’en pensent les Mahrez, Brahimi et tous les autres «Fennecs» que les plus grandes écuries européennes inscrivent à chaque mercato dans leurs priorités ?) de jouer contre lui. Ainsi donc, et selon notre Rabah national, «il faut avoir le courage d’affronter les champions d’Europe» et que, sans lui, cette notion bizarre sortie tout droit de ses manches, on en serait restés à croiser le fer et à perdre contre des footballs de seconde zone qui rêvaient (merci M. le Ministre, Hattab, lui-même affecté par la dégringolade en règle de la vitrine de notre jeu à onze national et qui préparerait, selon toute vraisemblance la réplique qui s’impose en urgence d’ailleurs, de nous le rappeler) de figurer (quitte à recevoir des raclées) parmi les sparring-partners d’un «Club Algérie» perdant tous ses repères. Son football tout court. Une E.N. qui doit s’armer de courage, non pas pour retrouver son niveau mais celui de ne pas refuser, aussi «amicalement» que le veut cet ultime test des camarades à Ronaldo avant d’entrer dans les choses sérieuses d’une Coupe du monde que le public algérien aura le courage (et la précision s’impose) de regarder à la télé avec le détachement que l’on imagine après les déboires en série de ses favoris, un tel «examen».

Le verdict populaire
Heureusement, devrait-on applaudir (à défaut de soutenir ses petits «Verts» et le maigre public qui a osé faire le déplacement du «5 juillet» par cette soirée ramadhanesque de cauchemar ponctuée par une leçon de réalisme capverdienne, l’a à nouveau bruyamment signifié) chaleureusement et à tout rompre, que l’E.N. d’Algérie peut compter sur un technicien dont la particularité est d’avoir ce zest de courage qui aura mis d’accord et les responsables de la Faf qui se confondent pour l’heure en des communiqués des plus douteux pour justement saluer un tel courage, et ses joueurs dont la majorité s’est retrouvée, en matches officiels et sans le moindre petit complexe, face à un foisonnement de célébrités et de sigles faisant nos belles soirées footballesques. «On affrontera le Portugal, une grande équipe». Des rappels qui s’imposent. Qui ne devraient gêner personne lorsqu’on sait qu’à l’occasion, Cristiano Ronaldo, la star de la sélection portugaise (encore une fois championne d’Europe en titre) et ça craint beaucoup, énormément, sera de retour. Un retour qui fera du bien à une sélection, en manque d’inspiration depuis quelque temps. Ne sait plus gagner, elle qui reste sur trois sorties sans succès. Au chapitre du courage (on y revient et le dico reste, à bon escient et pour le bon usage, constamment ouvert à la case «c»), l’Egypte, en mondialiste qui se fait respecter, ne s’est pas arrêtée sur un tel détail pour promener en long et en large, le 23 mars dernier, ces mêmes champions du Vieux continent menés au score durant toute la partie avant de s’en remettre à ce diable de Ronaldo qui, entré sur le tard, se chargera de sauver les meubles dans le temps additionnel en s’offrant un joli doublé. «Courageux», notre voisine de l’Est, la Tunisie, ne s’est pas posé trop la question pour tenir tête (score final 2-2) au N°1 européen contre lequel nos joueurs joueront le ventre désespérément creux pour cause de Ramadhan (et c’est là où réside le courage si l’on peut parler de cette notion que notre Madjer national revisite à sa manière et convenance), non sans allier un talent certain et du réalisme. Pour faire taire les critiques, l’entraineur lusitanien a exigé de ses joueurs une victoire face à cette Algérie en sérieuse panne qui aura, on n’en doute pas cette fois, besoin de beaucoup de courage pour rester debout dans une confrontation des plus compliquées ce soir, Mandi et consorts se présentant avec un moral sous les chaussettes après cette humiliation capverdienne qui fera date. Du courage, il en faudra néanmoins pour d’autres raisons. Le courage de dire vrai comme le fera ce même Mandi qui prendra son courage à deux mains pour aller à contre-courant des appréciations d’après-match accouchées lamentablement par ses camarades, se défendant de voir ailleurs que dans les considérations d’ordres techniques le piteux rendement de l’équipe et ne pas s’arrêter sur la violente réaction des supporters qui signifieront, à leur manière, leur colère au sortir d’une défaite difficile à digérer pour tout le monde. Très courageux, le défenseur du Real Betis de Séville qui, et contrairement à ses coéquipiers, se gardera bien d’abonder dans ce sens en des termes tout simplement tout de propos. Calmement, il expliquera qu’il fallait «chercher ailleurs les vraies raisons (…) La réaction du public ? Je ne veux pas en parler. Pour moi, il ne faut pas trouver d’excuses. On devait gagner le match. Un point, c’est tout.» Courageux, Madjer l’aura été à sa manière, en n’assumant rien. En estimant même (sans sourciller, en plus de botter en touche quant à une éventuelle démission et il remerciera du fond du cœur le BF de la Faf qui- et jusqu’à quand ?- le soutiendra toutefois sans grosse conviction) «avoir du respect pour cette équipe et du respect pour mon pays», en plus de sa conviction que s’il partait «c’est tout l’édifice qui s’écroulerait.» Après le déluge ? C’est tout comme et ce n’est pas de la rétentieux.

Cette Gambie qui fait tellement … peur
Un Madjer qui aura le courage de reconnaître que «c’est dans de telles défaites que l’on grandit. Que l’on construit du solide.» Courageux aussi de dire que «si nous avions gagné (vivent les défaites et les corrections alors) on se serait vus trop beau (…) Cette défaite nous donnera à réfléchir.» Courageux en tous points de vue de devoir passer très vite à autre chose. Le courage de dire qu’une terrible mission attend, à la rentrée de septembre, les «Verts» avec cet autre coup du sort qui met sur leur route une certaine … Gambie (ce n’est pas le Brésil mais ça a l’air d’une montagne?) dans un tournant qu’il qualifierait de «décisif» (à l’époque où il officiait comme consultant, il ne l’aurait, on n’en doute pas, pas cité) pour la qualification (on peut croiser les doigts face à une telle adversité) pour la CAN 2019. Courageux à l’avance de nous prévenir que ce sera difficile et qu’en cas de qualification (il y a deux billets en jeu dans le groupe où l’Algérie a tôt fait de prendre les rênes après son entrée réussie face au Togo d’Adebayor, ce qui la conforte sans surprise dans son statut de favori), il faudra tirer chapeau au staff technique qui aura eu (suffisamment) le courage d’expliquer à des joueurs de classe mondiale comment s’armer de courage pour relever certains défis. Perdre devant le Cap Vert. Pour Madjer, c’est courageux d’avertir que ce n’est pas «la fin du monde». Aussi courageux de reconnaître que cette notion (du courage, (ndlr), il nous faudra revoir tout notre lexique) on la retrouve dans sa disponibilité à faire le voyage du Portugal, dans une sorte de pèlerinage dans des contrées qui l’ont vu construire sa légende au sein du prestigieux Porto, pour tenter de relever un défi où il s’agira d’éviter (le moindre des respects dûs à ce public avec lequel le courant ne passe pas et c’est révélateur de son infortune) une humiliation. Qu’en pensent nos perles qui ont pour noms Mahrez, Bentaleb, Slimani (rebonjour Lisbonne), Mandi, Soudani and Co qui font saliver tant de prestigieuses cylindrées ? À eux de prendre leur «courage» à deux mains pour sortir le grand jeu et donner raison à leur manager général, Hakim Meddane, qui trouvera les mots justes (du courage ?) pour nous rappeler qu’ «match ne ressemble jamais à un autre et que, avec la présence de Ronaldo et ses frères, la motivation est là.» Dire aussi (c’est courageux même si c’est dit entre les lignes) qu’au-delà des considérations purement techniques, il y a assez de talents en vert pour sortir le grand jeu et ramener l’adversaire à de justes proportions. Une équipe jouable et la victoire, du moins une grande prestation, possible. Du courage, il nous en faut à nous aussi pour rêver que cette équipe, notre équipe, qui se recherche et particulièrement atteinte au mental, a de la richesse. Le courage de se relever et remonter la pente. Avec ou sans (sans apparemment) Madjer qui a le courage de remettre (un signe que la fin approche ?) à sa place (on attend la suite, la réaction de l’intéressé) le MJS à la suite des déclarations de ce dernier, après la défaite des «Verts» face au Cap-Vert : «Sincèrement, je n’ai pas pris connaissance des propos du ministre. Ce sont des questions qui appartiennent au passé, que vous venez de me poser. Nous avons un match important à disputer face au Portugal. On espère avoir la chance de notre côté.» Courage de ne pas «polémiquer» surtout de la part d’un sélectionneur plus que jamais menacé quoique se disant «serein et confiant, comme vous le voyez.» Le courage de dire qu’il «va bien». Conclusion sans appel : on souhaite beaucoup de courage à cette sélection collectionnant les «accidents (très sérieusement, celui du Cap Vert en est un et il ne faut surtout pas s’en inquiéter ?) de parcours.» Courage … quand même !
A. A.