Pluie bienfaitrice et quarantaine issue de la nuit des temps

Par Ali El Hadj Tahar

Une pluie bienfaitrice, qui s’est abattue sur une bonne partie du pays, est salutaire car elle nettoie l’air de particules de poussière en suspens, notamment celles qui portent des germes nocifs. Les virus, qui restent en suspens plus de deux heures mais jusqu’à neuf heures sur le goudron et le ciment, seront jetés par la pluie dans les avaloirs. La pluie incitera aussi les rares récalcitrants à rester à la maison, lorsque les conseils et les consignes ne font pas d’effet, car rien, pas même le masque ni les gants, ne protègent du virus lorsque la promiscuité fait rage. Dans le monde, 4% des infections touchent le personnel de la santé, vu leur contact permanent avec les malades en dépit des outils de protection dont ils disposent.
Les Algériens, qui savent ce qu’est un vent de sable dont les grains se retrouvent partout, sont supposés comprendre le caractère pernicieux d’un virus. En effet, alors que tout le monde pronostiquait une défiance et une indiscipline aiguës à même de rendre caduques les mesures prises par l’État, les Algériens sont en train de prouver que le civisme n’est pas en déficit chez eux. Le sérieux dont ils font montre, pour ne sortir qu’en cas de nécessité, atteste d’un haut niveau de conscience et d’un grand sens des responsabilités. Plusieurs pays ont été contraints de faire appel aux forces de l’ordre et de recourir aux contraventions, s’élevant à plusieurs milliers d’euros dans certains d’entre eux. Or partout en Algérie, nos villes et villages donnent l’impression d’un film surréaliste, nos concitoyens ayant compris la dangérosité du coronavirus et du caractère aléatoire des défenses dont disposent même les grandes puissances mondiales, qui sont frappées de plein fouet, elles aussi.
La réponse positive des citoyens s’inscrit en droite ligne du mouvement populaire qui a mené à la révolution du sourire dont l’épisode s’est clos avec la démission du Président déchu. Le civisme est la meilleure arme en ces temps de crise sanitaire. Nos concitoyens savent que notre pays n’a pas les moyens de l’Italie ni des pays riches qui sont frappés durement car la seule réponse médicale ne peut, quelle que soit son importance, être suffisante pour contrer la menace actuelle. Seul est salutaire et puissant le réflexe basique de confinement, qui date des premières heures de l’islam dans notre culture, puisque Omar Ibn El Khattab en a fait usage en 638. Alors qu’il allait conquérir le Cham, il s’est retrouvé confronté à une épidémie de peste bubonique qui a tué des dizaines de milliers de Syriens et 25 000 de ses soldats. Il dut reculer après avoir consulté nombre de ses conseillés, et c’est là qu’il apprit que le Prophète avait dit, selon Aïcha, « Les membres de ma communauté ne périssent autrement que par le meurtre et la peste. Ils dirent: Ô Prophète, nous savons ce qu’est le meurtre mais qu’est-ce que la peste? C’est une maladie similaire à celle qui affecte le ventre des chameaux. Celui qui demeure dans une contrée où elle se propage aura la récompense d’un martyr et celui qui s’en enfuit aura commis un péché aussi grave que celui qui fuit devant l’ennemi sur un champ de bataille ».
Aujourd’hui, la science a prouvé qu’une personne saine peut aussi être porteuse de virus et infecter des gens. C’est le cas des virus de la méningite, de la fièvre typhoïde, de la dysenterie, de la shigellose, de la tuberculose et même du choléra et de la peste. La maladie peut aussi être trompeuse durant la période d’incubation, phase antérieure à l’apparition des premiers symptômes.
Le déni de l’épidémie est en train de reculer et les Algériens, qui veulent relever le défi de faire reculer le mal dans leur pays, participant à le faire régresser dans le monde puisque nous habitons tous un village global. Ce virus se comporte exactement de la même manière qu’un virus informatique. En informatique, le confinement consiste à ne pas aller sur des sites virussés ou de d’hameçonnage.
A. E. T.