Sid-Ahmed Feroukhi

L’ancien ministre de l’Agriculture, Sid-Ahmed Feroukhi décrypte pour le « Courrier d’Algérie » les enjeux de l’autosuffisance : «Avoir les moyens d’acheter et financer notre facture alimentaire»

Dans cet entretien, l’ex-ministre de l’Agriculture Sid-Ahmed Ferroukhi, revient sur la situation de la sécurité alimentaire dans le pays, qu’il juge alarmante, et estime urgent d’indiquer que le pays, s’il a enregistré des avancées notables, connait des insuffisances importantes, telle l’augmentation de la production agricole, qui pose des questions et plante des problèmes sociaux et environnementaux. L’entretien a été réalisé en marge d’une journée d’étude intitulée, « la situation en Algérie, enjeux et perspectives », tenue lundi dernier, au siège de l’INSEG, et dédiée à la présentation.

Pouvez-vous nous éclairer sur l’objectif assigné à cette rencontre, puisque vous avez présidé la séance dédiée au débat de la revue stratégique sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle?
D’abord je voudrais souligner que ce rapport, réalisé par les chercheurs du CREAD, avait pour objectif de dresser un bilan actualisé de la situation alimentaire et nutritionnelle dans le pays, mais aussi d’apprécier et d’identifier les principaux facteurs déterminents de la situation de la sécurité alimentaire ainsi que les risques et menaces qui la caractérisent. Après avoir évalué de manière scientifique cette étude basée sur l’ensemble de la stratégie lancée dans le pays, on peut conclure que sur tout calcul fait, en moyenne, la situation alimentaire et nutritionnelle s’est nettement améliorée au cours du dernier siècle à la fois sur le plan quantitatif et qualitatif. Ces avancées nutritionnelles sont importantes. Car, la ration alimentaire moyenne par tête d’habitant a été multipliée par 2. Le taux s’est établi à 3200 calories en moyenne pour chaque citoyen par jour. Ce chiffre est au dessus de la norme mondiale fixée par l’OMS, à 3000 calories/citoyen. L’amélioration de la sécurité alimentaire des citoyens a été faite grâce a une politique volontariste de l’Etat, qui a encouragé le développement agricole, et a multiplié la surface des périmètres irrigés par 4. Aussi, nous avons des filières où nous avons réussi à atteindre presque l’autosuffisance alimentaire, comme celles des fruits et légumes et les viandes.

Qu’elles sont les insuffisances ?
En parallèle, avec les efforts fournis en termes d’encouragement, l’État s’est engagé à combler le déficit de la production nationale avec l’exportation. Puisque, les résultats sont un peu mitigés, et on note qu’il existe un déficit structurel de l’offre agricole domestique spécialement pour les biens les plus consommés, (blé dur, blé tendre, lait, sucre huile alimentaire), où nous n’avons pas atteint le niveau souhaité. Sur ces derniers, nous restons très dépendants des importations.

Ce bilan actualisé porte que la population Algérienne atteindra les 63 millions d’habitants d’ici 2050, et 90 millions en 2100. Est-ce que ce que nous avons fait est juste, et est-ce se que nous pouvons continuer de faire cela ?
Premièrement il est à noter, que le pays importe de nos jours, une moyenne de 10 milliards de dollars. Ce taux est énorme comparativement à nos exportations, (40 milliards de dollars). Importer n’est pas un problème. Mais il faut avoir les moyens pour le faire. Ce n’est pas mauvais ce que nous avons fait. Il va falloir qu’on dise qu’est-ce qu’on va laisser pour les générations futures. Car, avec ce rythme, d’ici 10, 20, 30 ou 50 ans, l’Algérie ne pourra pas financer la facture des importations alimentaires.

Qu’elles solutions préconisez-vous ?
Il faut que la croissance économique soit forte à travers une diversification programmée. Même s’il y a des insuffisances, il va falloir au moins développer des filières fortes pour avoir les moyens d’acheter notre nourriture et financer notre facture alimentaire. Il faut aussi, penser à assurer une gestion durable de nos ressources hydriques. Car l’agriculture se heurte à la réalité portant que l’Algérie apparait clairement comme un pays pauvre en matière hydrique, qui est la contrainte permanente de l’agriculture. Il faut, dans ce sens, se baser sur l’échange des expériences mondiales, en terme d’encouragement de la recherche scientifique par exemple.
Afin d’améliorer l’ensemble de la stratégie nationale de sécurité alimentaire, il faudra la coordination entre les différents secteurs : l’industrie, l’agriculture, le commerce…etc. Il faudra aussi penser à améliorer notre système de contrôle de qualité pour assurer non seulement une alimentation suffisante mais aussi de bonne qualité, pour éviter les problèmes de santé publique, dont le coût serait trop élevé pour la société.

Dans ce sens, justement que pensez-vous de l’affaire des marchandises exportées et refoulées de l’étranger?
L’augmentation de la production est liée au recours à l’utilisation des pesticides et les engrais chimiques. C’est, le défi de tout les pays du monde, et c’est un phénomène exponentiel. Et qui représente un souci majeur de santé publique que l’Algérie doit régler.

Qu’elle est la meilleure solution pour éviter à ce que ce genre de fiasco ne se reproduise ?
Le système de la traçabilité est la clé pour répondre à cette question de qualité. Cette quantité est infinitésimale. Ce n’est pas par défaut du programme structurel dans l’Agriculture elle-même. Il n’existe pas une formule magique pour réduire le taux des pesticides. C’est le rôle que jouera la coordination entre les secteurs cités ci-dessous. Cette affaire n’est pas un fiasco, d’autant qu’elle est venue dans un temps que je considère idéale pour l’Algérie, qui veut se diriger vers l’exportation. Il ne faut être ni inquiet, ni complètement rassuré. Il faut passer à l’action et agir. Les mécanisme existent, mais personne n’est capable de vous dire aujourd’hui de préciser la quantité en chiffre exact de la marchandise exportées et refoulées depuis l’étranger. Aussi, nous sommes incapables de savoir d’où est venue cette marchandise.
Mohamed Amrouni