La responsabilité des pays occidentaux dans la propagation du Covid19

Par Ali El Hadj Tahar

Accusé de jouer avec la vie des citoyens par son attentisme, le gouvernement britannique a enfin renforcé ses mesures face au coronavirus, après avoir été mis en garde par des scientifiques que la pandémie pourrait causer plus de 250 000 morts au Royaume-Uni sans changement de stratégie, a rapporté, hier, la presse britannique.
Lundi soir, le Premier ministre Boris Johnson a demandé à la population d’éviter tout contact et déplacement « non essentiel » et recommandé aux personnes âgées et femmes enceintes de s’isoler pendant trois mois. Ces mesures restent moins fermes que celles prises dans beaucoup de pays car elles ne prévoient ni fermeture des écoles, restaurants ou salles de spectacles, ni interdiction formelle des rassemblements. Pourtant, les experts n’ont pas cessé de dénoncer l’attentisme de Johnson en dépit de l’augmentation de plus en plus rapide des cas de contamination, laquelle touche actuellement 1543 personnes dont 55 sont mortes. De plus, les tests ne sont pas menés systématiquement, et ce malgré les recommandations de l’OMS. La France est aussi suspectée de ne pas le faire. Londres a d’ailleurs reconnu que le nombre réel de cas de contamination serait probablement bien plus élevé. Selon l’Imperial College, une célèbre université londonienne, la difficulté de la nouvelle stratégie de confinement serait son maintien « jusqu’à ce qu’un vaccin soit disponible », ce qui pourrait prendre plus de 18 mois. Entendez par là, « difficultés » économiques avec risques de faillite…
L’Imperial College, les demi-mesures prises jusque-là par les autorités anglaises allaient coûter au pays jusqu’à 260 000 décès en raison d’une « submersion » de son système de santé. En revanche, les mesures de confinement prises mardi pourraient réduire à « quelques milliers ou dizaines de milliers » le nombre de décès au Royaume-Uni. La France (148 morts,
6 633 cas), l’Espagne (309 morts, 9 191 cas), l’Italie (1800 morts, 28 000 cas), les États-Unis (78 morts, 4400 cas) sont accusés par leurs médecins et experts d’avoir grandement sous-estimé la menace. Or, la Russie (93 cas) et de nombreux pays de l’hémisphère sud, dont l’Algérie, la Turquie, le Koweït, le Maroc, le Venezuela, n’ont pas hésité à renvoyer élèves et étudiants chez eux, à suspendre les vols, fermer des commerces et des activités de toutes sortes. La France n’a décidé qu’avant-hier, mardi, de la quarantaine pour ses 67 millions d’habitants. L’Italie n’a pris cette mesure que le 9 mars alors qu’elle enregistrait 9000 cas dont 463 morts ! Comment expliquer cet attentisme si ce n’est la peur de voir l’économie coulée par la quarantaine ? Pourtant, ces États risquent de le payer plus cher, faute d’avoir pris les mesures radicales dès le début, comme l’a fait la Chine qui, le 23 janvier, a décrété la quarantaine pour toute la région de Hubei, alors que le pays comptait 600 cas de contamination et 18 morts ! À l’époque, les médias occidentaux ont beaucoup critiqué les méthodes « musclées » de Xi Jinping et certains, aujourd’hui, l’accusent d’avoir réagi très tard, sans pour autant prendre soin de comparer les dates et les chiffres avec ceux de leurs pays. En tout cas, les Chinois ont l’excuse de la nouveauté du virus et de la surprise, excuse dont ne peut se prévaloir aucun des pays occidentaux, qui portent tous la responsabilité de la transformation de l’épidémie en pandémie mondiale. Cette pandémie met en danger des millions de vies et des économies entières ! Si l’Afrique est touchée, l’hécatombe est certaine.
La situation en Algérie est loin d’être celle de la Chine au 23 janvier et beaucoup moins grave de celle des pays européens. Nous avons seulement 60 infections dont 12 personnes guéries et 5 décédés. L’État est en train de prendre des décisions fortes en temps voulu. Cependant, tout en ayant peu de cas de contamination, notre pays et notre peuple ont beaucoup de faiblesses, pas seulement structurelles mais comportementales et disciplinaires.
A. E. T.