Intérêts mutuels d’Alger et d’Ankara et crise libyenne

Le Président turc, Recep Tayyip Erdogan a dit clairement que l’Algérie est la porte de l’Afrique, signifiant par là que la Turquie veut sa place dans ce continent dont les richesses et l’immense marché sont convoités par toutes les puissances mondiales. La Turquie se considère comme une puissance ̶ ce qui n’est pas faux puisqu’elle occupe le 17e rang mondial ̶ et le renforcement de son économie se fait aussi en Afrique.
En très peu de temps, la Turquie est devenue le premier investisseur dans notre pays, dépassant de loin la Chine ainsi que nos vieux partenaires, la France, les USA, l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni et la Russie. Il est indéniable qu’Alger saura changer la donne et imposer le principe de réciprocité à tous ses partenaires.
Si la Turquie a de nombreux intérêts en Algérie, l’inverse est également vrai. Cette économie qui monte est une chance à saisir pour notre pays, qui a besoin des ressources de know-how de ce pays, dans de nombreux domaines, importé et intégré beaucoup de savoir occidental, notamment d’Allemagne où sa diaspora est nombreuse. Après Alger, Erdogan devait s’envoler pour le Sénégal avant de rejoindre la Gambie où il compte également renforcer les intérêts de son pays. Depuis au moins deux décennies, la Turquie n’a cessé de se développer tandis que l’Algérie régressait tout en tournant le dos à l’Afrique.
Ankara sait l’importance de l’Afrique, alors que les reculs algériens dans son propre fief constituent les avantages pour d’autres puissances internationales et régionales. Tourner le dos à l’Afrique a été catastrophique, y compris sur le plan sécuritaire puisque des groupes terroristes sévissent au Sahel et partout à nos frontières.
S’agissant de la Libye, M. Erdogan a encore promis le respect de l’accord de Berlin, Ankara a certes signé un accord sur les frontières avec Fayez el-Sarraj, mais les décisions de Berlin l’ont de facto rendu caduc, car rien n’assure que ce contrat soit entériné par le nouveau président libyen après règlement de la crise libyenne.
Il est évident qu’Erdogan connaît le principe du « Un, tiens, vaut mieux que deux, tu l’auras ». En venant à Alger, il confirme qu’il a fait son choix. D’autant qu’Alger insiste sur la non-ingérence dans les affaires de notre voisin libyen.
Ayant compris le poids d’Alger et son rôle fédérateur, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale des Émirats arabes unis (EAU), Cheikh Abdullah Bin Zayed Al Nahyan, été, hier, à Alger, dans cette diplomatie de la navette que MM. Tebboune et Boukadoum imposent désormais aux différents intervenants de la crise libyenne.
Les États à même d’influer sur les deux rivaux, Haftar et el-Sarraj, semblent être en train d’œuvrer dans la même direction d’Alger, celle d’amener les libyen à se réconcilier entre eux, pour réussir leur dialogue politique, à l’abri des ingérences étrangères.
A.E.T.