Illusion d’amour (2ème partie)

Comme il savait que la femme de ménage faisait aussi partie du groupe conspirateur, il devait se méfier de cette femme diabolique qui pourrait à n’importe quel moment lui créer de gros problèmes pour ternir ses bonnes relations avec la patronne. Chaque membre du groupe avait un rôle à jouer pour saboter le travail de Salim.

Par Lazreg Aounallah

Celui-ci était fortement endetté, dire obéré, et devait résister aux attaques imminentes de ses adversaires pour garder son emploi afin de pouvoir rembourser ses dettes. Ses créanciers ne voulaient pas lui proroger les échéances et ne cessaient de le harceler quand le délai venait à être expiré. Si un incident malencontreux venait à se produire dans l’exercice de ses fonctions et qu’il serait licencié, il serait confronté à ses créanciers qui pourraient à leur tour lui créer de grands problèmes car certains détenaient ses chèques de garantie Ainsi, il devait lutter implacablement contre ces loups qui voulaient le faire tomber à tout prix. Mais tout seul pouvait-il y arriver ? Il fallait que son travail soit parfait et éviter les éventuelles erreurs pouvant.lui asséner un coup très dur. Son ennemie jurée est bien la responsable commerciale obligée de lui défalquer ses heures d’absence. Salim ne faisait que son travail, car il avait une lourde responsabilité. Sa difficile mission devait être menée correctement.
Il ne devait pas ménager le loup et la chèvre. La patronne lui faisait totalement confiance et il ne devait en aucun cas la trahir. Sa fonction de chef du personnel l’oblige à être très sévère avec les employés qui veulent enfreindre la réglementation régissant l’entreprise. Il devait appliquer à la lettre cette réglementation et tout particulièrement en matière de discipline.
Une fois, Salim était obligé d’arriver en retard car sa femme devait passer des radios et des analyses. Elle avait un goitre sévère et devait subir une intervention chirurgicale. Une fois, il était venu deux heures en retard, parfois la matinée entière.
Le responsable de la sécurité mentionnait ses retards pour lui constituer un dossier et le transmettre à la patronne pour le sanctionner et peut-être le licencier éventuellement. Salim ignorait que ses retards étaient signalés à son insu sur un registre spécialement conçu pour lui. La responsable commerciale rayonnait de joie quand le responsable de la sécurité lui faisait montrer les retards répétitifs de Salim.
- Nous allons l’épingler, dit-elle, car la patronne n’est pas au courant de ces retards abusifs.
- Nous irons jusqu’au bout, comme convenu, ajouta le responsable de la sécurité.
- Nous allons réussir et notre dessein sera mis à exécution. Nous le mettrons dehors, inchAllah.
- Ne vous en faites pas, chère madame, je vous ai promis que vous seriez satisfaite de mon travail. Vous n’allez pas le regretter, enchaîna le responsable de sécurité.
- Je suis sûr que je compterai sur vous. Je sais que vous êtes à la hauteur de vos tâches. Je suis rassurée. Que Dieu soit avec vous. Nous l’aurons, termina la responsable commerciale.
Comme Salim était contraint d’arriver en retard à cause de sa femme qui devait subir un bilan avant son hospitalisation pour une intervention chirurgicale, ses relations avec la patronne commençaient à se dégrader après que celle-ci avait été mise au courant de ses retards répétés par le responsable de sécurité. Sa fonction ne lui permettait pas de venir en retard car il devait suivre rigoureusement le pointage et consigner les retards et absences des employés.
Il devait donner l’exemple en sa qualité de chef du personnel. C’était sa fonction qui l’exigeait. Malheureusement, sa situation familiale ne lui permettait nullement d’enfreindre la réglementation en matière de discipline. Il ne pouvait pas appliquer cette réglementation pour le personnel sans qu’il l’appliquât pour lui-même. Il devait donc subir les conséquences. Après une période qui s’avérait cruciale pour lui au vu des retards abusifs en dépit de ses justificatifs valables, il fut convoqué dans le bureau de la directrice générale.
- Monsieur Salim, il m’a été donné de constater que vous arrivez trop en retard ses derniers jours. Que se passe-t-il exactement chez vous?
- Madame la directrice, je suis confronté dans la conjoncture actuelle à un problème familial épineux. Mon conjoint devra subir une intervention chirurgicale du goitre. Avant qu’elle subisse, elle devait passer un bilan. Je n’ai personne pour l’accompagner. Je dois être à ses côtés car elle est en plus hypertendue. Voici les justificatifs. C’est la raison pour laquelle, je suis obligé d’arriver en retard. Mais je peux, si vous voulez bien, récupérer ces retards en restant travailler après les heures de travail.
- Ecoutez-moi bien, Monsieur Salim, lors de votre recrutement, vous ne m’aviez pas informé de la maladie de votre conjoint que je lui souhaite un prompt rétablissement. Malheureusement, dans mon entreprise, il me faut quelqu’un de ponctuel et assidu. A mon grand regret, je ne peux tolérer ce genre de choses. Votre savez mieux que moi que la fonction que vous occupez vous contraint à être présent avant l’arrivée du personnel pour pouvoir éventuellement relever leurs retards et absences. Devant cette situation que je trouve déplorable, il ne m’est pas possible de continuer ainsi avec vous. Si vous constatez que votre situation familiale perdure, il serait préférable que vous démissionniez et que vous vous occupiez plus particulièrement de votre conjoint.
- Très bien, Madame, donnez-moi le temps de réfléchir et je vous rendrai ma réponse en fin de journée.
Salim sortit de chez la directrice, la gorge serrée, le cœur gros. Il ne savait plus à quel saint se vouer. Il se trouvait devant un dilemme : abandonner l’entreprise ou abandonner son conjoint. La situation devenait compliquée pour lui. En démissionnant, il serait confronté à de sérieux problèmes pécuniaires. En restant, sa femme serait livrée à elle-même.
Ainsi, elle n’aurait plus personne pour l’assister dans ses différents déplacements pour terminer son bilan. Il demeurait silencieux dans son bureau, Il cogitait longuement pour trouver une solution à son problème délicat. Ses conspirateurs, sachant qu’il était pris dans un engrenage dont il ne pourrait plus s’en sortir, jouissent de sa situation déplorable. Salim, complètement perturbé, pleurait en silence, la tête entre ses mains. Il ne savait plus quoi faire. Ses ennemis savaient que sa présence au sein de l’entreprise, tirait à sa fin. Pour eux, ses jours étaient comptés. Ils souhaitaient vivement sa démission pour qu’ils reprennent leur liberté d’antan. Comment va-t-il faire devant une situation aussi compliquée ? Quelle solution prendrait-Il ? Aussi, il ne pouvait pas quitter facilement sa patronne car il était trop amoureux d’elle. Mais, elle, ignorait que son employé l’aimait follement. Elle le faisait craquer. Il ne rêvait que d’elle à tout moment. A chaque instant, son beau visage le hantait. Il était subjugué par sa beauté et son corps. Pour Salim, quitter l’entreprise, c’était aussi dire adieu à sa patronne. Donc, il ne la reverra plus. Il devait choisir entre quitter définitivement sa patronne ou abandonner sa femme. Un dilemme auquel il devait faire face. Il cogitait longuement afin de prendre une décision finale. Soudain, tout en réfléchissant à une solution qui pourrait le ménager, il reçut un coup de téléphone de chez lui annonçant que sa femme avait piqué une forte tension et qu’elle était dans un état très grave. Pris de panique, il ferma son bureau et courut rapidement vers la sortie sans aviser personne. Il remit la clé du bureau au responsable de sécurité en l’informant de la mauvaise nouvelle. Il sortit en courant de l’entreprise dans le but de prendre le premier bus qui viendrait à stationner. Enfin, arrivé chez lui, on l’informa que sa femme fut emmenée en urgence à l’hôpital. Sans se contrôler, il courut, affolé, vers l’hôpital où on l’informa que sa femme se trouvait dans la salle de réanimation car elle était dans un état extrêmement grave à cause de son hypertension. Il pleurait longuement sa femme avec qui il avait passé trente-cinq ans de vie commune. Depuis, il avait décidé de ne plus revenir à l’entreprise. Il changea la puce de son portable pour que l’on l’appelle plus tout en abandonnant le salaire des journées travaillées. Il avait préféré s’occuper sérieusement de sa femme tout en essayant d’oublier sa patronne et mettre fin à cette illusion d’amour qui le faisait terriblement souffrir.
L. A.