Le salaire de la peur

Ahmed, un quinquagénaire, était un ancien chauffeur routier conduisant des camions semi-remorques, mais il n’arrivait toujours pas à décrocher un emploi depuis que sa société avait mis la clé sous le paillasson, et cela faisait plus de deux années. Depuis, il se trouvait dans un chômage chronique.

Par Lazreg Aounallah

Malgré son expérience professionnelle dans ce métier difficile, ses candidatures avaient toujours été mises aux oubliettes. Il avait visité toutes les entreprises industrielles mais en vain. Il avait travaillé plus de 25 ans dans le Sud. Il était allé même transporter des Maliens et Maliennes les conduisant aux frontières de leurs pays d’origine. Il était gentil et serviable. C’était un très bon chauffeur routier. Il n’avait jamais fait un seul accident de la route pendant tout son parcours dans ce métier de la route. Il savait très bien conduire même dans les chemins les plus dangereux perchés sur des montagnes et qui constituent un véritable danger aussi bien pour le conducteur que pour les voyageurs. Il avait même franchi les routes de l’impossible. ll conduisait pendant la nuit sans avoir peur de personne ni du danger qui le guettait à chaque instant. Un jour, il était parti pour aider un ami à transporter avec lui des marchandises dans un camion semi-remorque. Son ami était étonné de la dextérité avec laquelle il conduisait. Un jour, un ami lui proposa s’il pouvait effectuer un travail difficile en transportant des ovins jusqu’à la frontière malienne. On lui proposa un salaire conséquent. Il devait faire face aux risques du métier. Sirotant un café dans une terrasse, un ancien ami à lui vint discuter avec lui. Il s’appelait Hamid. Il avait effectué avec lui le service national et il ne l’avait pas revu depuis une dizaine d’années. Ils échangèrent des embrassades. Hamid lui dit ce qu’il devenait depuis leur sortie du service militaire..
- Actuellement, je suis au chômage, lui répond Ahmed. J’exerçais le métier de chauffeur routier depuis plus de 25 ans. Depuis que l’entreprise où je travaillais a fait faillite, je me suis retrouvé sans travail. Actuellement, je suis dans la gêne.
Après avoir mûrement réfléchi, Hamid lui dit.
- Écoute mon ami, Je connais un ami qui tient une entreprise de transport. Il loue ses camions aux entreprises étatiques ou privés et même aux particuliers. Il pourrait être intéressé par ta candidature. Je pourrais aller lui parler de toi. Qu’en dis-tu ?
Ahmed, la mine joyeuse, dit à Hamid qu’il lui serait reconnaissant toute sa vie s’il arrivait à le convaincre pour un éventuel recrutement.
- D’accord, Ahmed, lui dit Hamid, je lui en parlerai. Je te rendrai la réponse en fin de journée, d’accord?
- Ok, lui répond Ahmed avec enthousiasme.
Ahmed ne savait pas comment remercier Hamid de sa générosité.
En fin de journée, Hamid téléphona à Ahmed pour lui rendre la réponse. Ahmed lui annonça la bonne nouvelle :
- Ahmed, Le patron de l’entreprise dont je t’avais parlé est d’accord pour te recruter. Il veut discuter avec toi pour mieux connaître ton parcours professionnel. Il te donne rendez-vous demain à 14 heures. Qu’en dis-tu ?
- Ok. Demain à 14 heures. Merci pour le service rendu.
- Pas de quoi. lui dit Hamid. On se donne rendez-vous demain à 13 heures, pour prendre le bus vers Baraki. C’est là où son entreprise est implantée.
Ahmed était devenu jovial. Il n’avait jamais été aussi heureux comme ce jour-là. Le lendemain, Ahmed était au rendez-vous avec le patron de l’entreprise des transports. Il lui proposa un travail très difficile car il devait franchir les routes de l’impossible. Il devait transporter des marchandises vers l’Afrique. Il devait passer par plusieurs étapes quasi inaccessibles pour arriver à destination. La route étant très longue, il devait effectuer sa dure mission de jour comme de nuit. Le voyage était beaucoup plus difficile en hiver car la vase empêchait les camions de traverser les endroits marécageux. Le patron proposa à Ahmed un très bon salaire avec des primes conséquentes, mais à quel prix ! C’était le salaire de la peur. Le patron lui donna même le planning des récupérations. Il devait travailler trois mois successivement pour un mois de récupération. Ahmed accepta sans conditions. Il ne trouvera jamais un salaire pareil avec tous les avantages qui y sont liés. Il savait pertinemment les risques qu’il devait encourir. Il devait les ignorer s’il voulait réussir dans la vie. Ahmed ignorait le danger où qu’il fût. Le lendemain, il devait commencer sa première mission à destination d’In Salah. Il devait emmener des marchandises vers ce lieu comparé à une fournaise. La canicule battait son plein en ce mois d’août. Ahmed démarra à trois heures du matin pour éviter la chaleur torride qui l’attendait tout au long de son trajet. Il devait suivre son itinéraire jusqu’au bout quelque que fussent les obstacles qui se dresseraient devant lui. De temps à autre, il s’arrêta pour faire le plein de gas-oil. Il profitait de cette occasion pour prendre un café. Durant tout son parcours, il roula à petite vitesse. Parfois la circulation était dense. Il devait attendre des heures pour sortir d’un quelconque bouchon avant de reprendre sa route. Arrivé à Laghouat, les portes du désert, il se reposa plus d’une heure pour prendre son déjeuner. Il immobilisa son camion dans un endroit sécurisé pour éviter d’être volé par les malfrats de la ville. Il fit un petit somme d’une demi-heure avant de continuer sa route qui était trop longue. C’était le chemin le plus long. Une route qui ne finissait jamais. Ahmed, roulait en moyenne à 70 km à l’heure dans les grandes agglomérations. De temps en. temps, il prenait avec lui des gens qui se trouvaient sur son chemin faisant de l’auto-stop. Cela lui permettait de discuter avec eux pour ne pas dormir au volant. Mais il devait faire attention aux personnes qu’il fait monter dans son camion, certaines gens pourraient lui porter préjudice car la mine est souvent trompeuse. Ahmed était habitué à ce genre de situation périlleuse. Il lui arrivait souvent de tomber dan des coupe-gorge mais il sortait indemne. Dieu était toujours avec lui. Cette fois-ci il prenait la direction de Ouargla pour ensuite bifurquer vers la route qui devait le conduire à Timimoune.. Pour ne pas s’ennuyer, il alluma la radio pour écouter les informations fraîches. Ahmed s’intéressait beaucoup à la politique..Il roulait presque tout seul dans cette route droite et spacieuse dans ce désert immense. Durant ce parcours, il n’avait croisé que quelques véhicules. La route donnait l’impression qu’elle ne finissait jamais. Il faisait très attention pour ne pas dormir en cours de route c’etait très dangereux. Ahmed avait un bon réflexe. Aussi, il ne se laissait jamais distraire car il pouvait facilement provoquer un accident terrible. Le danger était imminent. Soudain, une roue de son camion éclata. Ahmed fut obligé de s’arrêter au milieu de cette route déserte. Des véhicules se faisaient très rares. Il descendit du camion. Il se trouvait tout seul dans l’immensité du désert. Il devait chercher du secours car tout seul il ne pouvait pas enlever la grande roue du camion. Il attendait qu’un poids lourd passât pour lui prêter assistance. Il avait aussi peur des personnes qui pouvaient l’agresser dans cette solitude profonde. Il attendait plus d’une heure mais aucun véhicule ne passait. Il commençait à s’impatienter. Il essayait tout seul tant bien que mal d’enlever la grande roue et la remplacer par une bonne. La sueur lui couvrait le front. Il ne parvint pas. Il abandonna la partie. La roue était trop lourde. Il monta dans son camion. Ce jour-là il faisait extrêmement chaud. Il alluma la clim et se reposa un bon moment. Aucun véhicule ne passait durant ce temps. La route était déserte. Cette solitude ne lui faisait pas peur. Ahmed était très courageux et ne craignait nullement le danger. Après s’être reposé, il descendit du camion. Il actionna le signal de détresse pour attirer l’attention des conducteurs. Mais en vain. Aucun véhicule n’est en vue. Il ne pouvait rien faire devant une telle situation. Il devait attendre. Il n’avait pas le choix. Il se mettait debout devant son camion pour être visible. Il était presque 13 heures. La chaleur était très forte en ce mois d’août. Ahmed devait se soumettre à cette canicule insupportable. Son travail n’était pas facile à faire. Ce sont les risques du métier. Il devait s’y soumettre. Il n’avait pas le droit de se plaindre. Il devait subir les conséquences fâcheuses de cette terrible aventure à laquelle il était confronté dans cette période de forte chaleur. Comme il était courageux, il arrivait à supporter cette chaleur torride. Il perdait cependant espoir. Il voyait qu’il n’avait aucune chance. Il prit la décision de faire tout seul le travail quand soudain, il vit au loin un véhicule qui roulait à petite allure. Au fur et à mesure que le véhicule s’approchait de lui, Ahmed reprenait confiance. Il fit signe au conducteur de s’arrêter. C’était un camion citerne. Il emmenait du gas-oil. Le chauffeur était accompagné de son mécanicien. Tous les deux, ils descendirent du camion. Ils aidérent Ahmed à se débarrasser de cette roue qui avait crevé en plein désert. Ce jour-là, la chance n’était pas avec lui. Il était tout seul dans cette route déserte. Un vrai calvaire pour ce chauffeur routier qui avait l’habitude de franchir les routes de l’impossible. Cette fois-ci, les choses avaient tourné autrement. La roue était changée en un temps record. Ahmed remercia ses sauveurs en leur témoignant son entière gratitude. Il était très content d’avoir été sauvé in extrémis. Dieu fait toujours bien les choses..Il monta dans son camion et continua sa longue route. Une route qui paraissait interminable. Gai comme un pinson, il alluma sa radio tout en souhaitant que la situation fâcheuse qu’il venait de subir ne se reproduisît plus. Il lui restait des centaines de kilomètres à effectuer pour arriver à In Salah.
La route était trop longue. Depuis qu’il avait démarré, Ahmed n’avait croisé aucun véhicule. Il était grandement étonné. Il avait l’habitude de rouler à petite vitesse dans des situations dangereuses. Parcourir une route dans l’immensité de ce désert, ce n’était pas chose facile. Ahmed voulait braver tous les dangers. Il ne savait pas ce qui l’attendait au tournant mais il devait faire très attention quand il conduisait. Aussi, il devait affronter courageusement tous les obstacles pour arriver à destination dans les meilleures conditions possibles.
L. A.