The UN envoy to the Western Sahara Christopher Ross attends a meeting with his Moroccan counterpart Saad-Eddine El Othmani in Rabat

IL QUALIFIE SA DÉCISION SUR LE SAHARA OCCIDENTAL D’INSENSÉE ET CONTRAIRE AU DROIT FONDAMENTAL À L’AUTODÉTERMINATION : Christopher Ross recadre Donald Trump

L’ancien émissaire de l’ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross, a affirmé hier que la décision du président américain sortant, Donald Trump, de reconnaître une prétendue souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental ne changeait rien à l’approche de la communauté internationale sur ce conflit, rappelant la position «claire» de l’Algérie sur le droit des peuples à l’autodétermination.

«En niant ce droit, les États-Unis tournent le dos non seulement à des siècles de soutien à ce principe, y compris en Algérie en 1959, mais aussi au principe d’annexion des territoires par la force», a indiqué M. Ross dans des déclarations à la radio chaîne 3. M. Ross estime qu’il est «évident que la proclamation du président américain sortant reconnaissant une souveraineté qui n’appartient ni à lui ni au Maroc est insensée, irréfléchie et dangereuse». Il explique que «cette décision ne change rien à l’approche de la communauté internationale sur le dossier du Sahara occidental et à la nécessité urgente d’appliquer les résolutions successives du Conseil de sécurité» relatives au dossier sahraoui.
Il rappelle à cet égard que la position de l’Algérie «est claire, elle soutient le droit des peuples à l’autodétermination», avant d’ajouter que «l’Administration Trump fait fi de ce besoin de la manière la plus flagrante, en tournant le dos au principe de l’autodétermination». «On se demande tous pourquoi le président Trump a fait cette déclaration vu que depuis le début de son mandat il y avait de fortes voix qui lui disaient qu’il ne fallait pas changer la position des États-Unis», s’interroge l’ancien envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU au Sahara occidental. Il soutient que la décision de Trump «va compliquer l’arrivée à un accord et va contribuer à une tension dangereuse et croissante» qui «menace la paix et la sécurité» dans la région. M. Ross appelle enfin l’administration du président élu Joe Biden, qui prendra ses fonctions le 20 janvier prochain, à «annuler» la décision de son prédécesseur «dès son arrivée au pouvoir». Christopher Ross a été nommé en 2009 envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental. Il a démissionné de son poste le 6 mars 2017. Christopher Ross , révèle par ailleurs que le Maroc a fait preuve d’un «manque de respect» et a entravé le travail des émissaires de l’ONU. Selon Christopher Ross, qui a servi de médiateur de l’ONU pour le Sahara occidental entre 2009 et 2017, un autre ancien émissaire de l’ONU, Horst Kohler n’aurait pas démissionné de son poste pour des raisons de santé mais plutôt «parce qu’il était dégoûté par le manque de respect du côté marocain et les efforts déployés pour entraver son travail comme cela a été le cas pour moi». M. Ross critique l’attitude du Maroc qui, selon lui, a poussé plusieurs émissaires de l’ONU à jeter l’éponge dont James Baker. Ce dernier a démissionné en 2004 lorsque le Maroc avait annoncé qu’une solution impliquant un référendum pour l’autodétermination du peuple sahraoui était une atteinte à sa « souveraineté « (supposée). Le Maroc avait pourtant accepté la solution du référendum en 1991, rappelle l’ancien diplomate américain. M. Ross a indiqué, en outre, que le secrétaire général de l’ONU est actuellement à la recherche d’un autre émissaire pour le dossier sahraoui, mais «tous ceux qui ont été approchés jusqu’ici ont hésité probablement parce qu’ils savent que le Maroc cherche en réalité quelqu’un qui soit susceptible de devenir son avocat plutôt que de rester neutre».

«Il est vrai que nous avons ignoré ces principes en ce qui concerne Israël, mais cela n’exonère pas de les ignorer au Sahara occidental»
Par ailleurs, M. Ross a critiqué l’annonce, par le président américain sortant, de la reconnaissance de la prétendue souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. «Cette décision insensée et irréfléchie va à l’encontre de l’engagement des États-Unis à l’égard des principes de l’annexion de territoires par la force et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, tous deux inscrits dans la Charte des Nations unies». «Il est vrai que nous avons ignoré ces principes en ce qui concerne Israël et d’autres, mais cela n’exonère pas de les ignorer au Sahara occidental et d’encourir des coûts importants en termes de stabilité et de sécurité régionales et de nos relations avec l’Algérie», prévient-il. Il assure, également que l’annonce faite par Trump risque de «dissuader le Sahara occidental de rester dans le processus de négociation» et menace les relations américaines «avec l’Algérie qui soutient le droit du peuple sahraoui de décider de son avenir à travers un référendum». Cette décision pourrait également, selon M. Ross, menacer le développement les liens existant entre l’Algérie et les États-Unis sur les plans énergétique, commercial et en matière de coopération sécuritaire et militaire». Pour lui, «la décision du président Trump garantit la poursuite des tensions, de l’instabilité et la désunion en Afrique du Nord».Il estime par ailleurs que le « Front Polisario a démontré qu’il était capable de faire fonctionner un gouvernement de manière organisée»et a également critiqué ceux qui ont mis en doute la capacité des Sahraouis à mettre en place un État dans les territoires du Sahara occidental. Il a réfuté «l’argument» avancé par certaines sphères à Washington, selon lequel un «État indépendant au Sahara occidental serait un autre mini-État failli». Et de rappeler, à ce propos, que le Sahara occidental est aussi vaste que la Grande Bretagne et qu’il possède des ressources importantes dont le phosphate, les ressources halieutiques, les métaux précieux en plus de son potentiel dans le domaine du tourisme. Face à l’argument selon lequel le Front Polisario serait incapable de défendre ce vaste territoire contre le terrorisme, l’ancien émissaire de l’ONU a expliqué qu’un soutien pourrait être assuré par d’autres pays en attendant que les forces armées sahraouies soient entièrement mises en place.
M. Bendib