La santé publique devient une question de sécurité sanitaire. Lors du Conseil des ministres, tenu dimanche, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a émis une série d’instructions fermes pour faire de la lutte contre le cancer «une priorité nationale structurée et durable ». Au cœur du dispositif, la stratégie nationale de prévention et de lutte contre le cancer 2025-2035.
Le chef de l’État a ordonné l’adoption d’une approche nationale globale, fondée sur trois piliers à savoir la prévention, le dépistage précoce et l’efficacité des traitements. Il a rappelé que l’Algérie garantit déjà la gratuité totale des soins pour les patients atteints de cancer. Mesure phare ; le lancement d’une étude de faisabilité pour la réalisation d’un hôpital spécialisé dans le traitement du cancer dans chaque wilaya. L’objectif étant de rapprocher les soins des citoyens et éviter les déplacements coûteux vers les grands centres hospitaliers. Pour sécuriser l’accès aux traitements, le Président a également ordonné la mise en place d’un dispositif chargé de superviser et de suivre l’approvisionnement et la distribution des médicaments anticancéreux, afin d’assurer une utilisation optimale des capacités thérapeutiques.
93 milliards DA pour le Fonds de lutte contre le cancer en 2026
Ces orientations présidentielles s’inscrivent dans une dynamique déjà engagée. Les pouvoirs publics renforcent les capacités des structures de santé sur tout le territoire, avec la création de nouveaux services de radiothérapie et la modernisation des centres anti-cancer. La dotation progressive des hôpitaux en équipements lourds, notamment en accélérateurs de radiothérapie, vise à réduire les délais de prise en charge. Selon les chiffres officiels, le budget du Fonds de lutte contre le cancer dépassera 93 milliards de dinars en 2026. Une enveloppe destinée à accompagner durablement les programmes de prévention, de traitement et de formation des personnels.
La prévention maillon essentiel de la chaîne
Au-delà des soins, il est à relever qu’il est important d’agir sur tous les maillons de la chaîne de prévention. L’alimentation saine, la réduction de la restauration rapide, la pratique du sport dès l’enfance et le contrôle préventif régulier sont érigés en axes prioritaires. Le dépistage précoce de certains cancers, comme celui du sein, permet des soins moins lourds et augmente considérablement les chances de guérison. Développer cette culture de la prévention, c’est aussi éviter aux malades et à leurs proches, les longs parcours de soins, et les déplacements épuisants vers les grands hôpitaux.
Le cancer en chiffres : une menace majeure en Algérie
Le cancer reste une menace majeure pour la santé publique en Algérie, avec une incidence en nette progression. En 2022, le pays a enregistré 51 096 nouveaux cas toutes localisations confondues et environ 35 778 décès liés à la maladie, ce qui en fait l’une des principales causes de mortalité, loin devant les maladies infectieuses. La tendance est à la hausse: 56 319 nouveaux cas ont été recensés en 2023. Chez l’homme, les cancers les plus fréquents touchent le poumon, le côlon, la prostate et la vessie. Chez la femme, le cancer du sein domine avec plus de 14 000 nouveaux cas annuels et près de 4 000 décès, suivi des cancers du côlon, de la thyroïde et du col de l’utérus.
Un fardeau mondial en expansion
Dans le monde, le cancer demeure la deuxième cause de décès avec près de 10 millions de morts par an et environ 20 millions de nouveaux cas diagnostiqués en 2022.
Les estimations internationales prévoient 26,4 millions de nouveaux cas et 17,5 millions de décès à l’horizon 2030, en raison du vieillissement des populations, de la diffusion des facteurs de risque, tabac, alimentation, sédentarité, pollution, et de l’accès inégal aux soins. Face à ce défi, l’Algérie fait le choix d’une réponse globale, alliant investissements massifs, maillage territorial et culture de la prévention. La santé publique devient, plus que jamais, une question de sécurité sanitaire.
Ania N.














































