Le chancelier allemand Friedrich Merz a récemment effectué une visite officielle très fructueuse en Chine, sa première en tant que chef du gouvernement de la première économie européenne. Pour Harald Bruning , cette visite a permis aux deux pays « de repartir sur de nouvelles bases pour des relations pragmatiques et amicales».
Troisième et deuxième puissances économiques mondiales, l’Allemagne et la Chine partagent davantage d’intérêts que de divergences, notamment dans le domaine économique. Les statistiques montrent que l’an dernier, la Chine est redevenue le premier partenaire commercial de l’Allemagne, détrônant, sans surprise, les États-Unis. Les échanges bilatéraux de marchandises ont totalisé près de 218 milliards de dollars américains, soit une hausse de 5,2 % sur un an, un taux de croissance supérieur de 1,4 point de pourcentage à celui du commerce extérieur chinois sur la même période.Si l’on considère la situation dans son ensemble, les deux économies sont complémentaires et structurellement profondément interdépendantes, ce qui fait de l’Allemagne et de la Chine des partenaires idéaux pour une situation gagnant-gagnant. Clemens Schuette, président du conseil d’administration de l’Association commerciale germano-chinoise, a souligné qu’« il y a plus de 5 000 entreprises allemandes implantées en Chine et quelque 3 000 entreprises chinoises en Allemagne. Tandis que les entreprises allemandes produisent en Chine pour répondre à la demande locale, les biens intermédiaires chinois soutiennent l’industrie manufacturière allemande. » Nos liens économiques dépassent largement le simple commerce de marchandises, avec une expansion rapide des échanges de services. La coopération transnationale en matière d’innovation, la transformation numérique et la « servicification » du secteur manufacturier, grâce à l’apport essentiel des technologies de l’information et de la communication, sont autant de domaines dans lesquels nos deux pays pourraient renforcer davantage leur partenariat économique. Au terme de sa visite intensive dans deux villes, Merz a qualifié la relation germano-chinoise de « réussite ».
«Les nouveaux investissements directs allemands en Chine se sont élevés à environ 8 milliards de dollars américains atteignant un sommet en quatre ans en 2025 »
En Europe, certains réclament un « découplage » avec la Chine, invoquant l’important excédent commercial chinois avec l’Europe et sa surcapacité perçue. Or, la réalité est tout autre. Les données de l’Institut économique allemand montrent que les nouveaux investissements directs allemands en Chine se sont élevés à environ 7 milliards d’euros (environ 8 milliards de dollars américains), atteignant un sommet en quatre ans en 2025, bien au-dessus des quelque 4,5 milliards d’euros (environ 5,2 milliards de dollars) de 2023 et 2024. Les entreprises européennes ont voté pour la confiance dans le marché chinois : elles ne vont que là où se trouvent leurs profits. Si l’inquiétude de l’Allemagne concernant son déficit commercial avec la Chine est compréhensible — les exportations allemandes vers la Chine ont chuté de 9,7 % —, elle ne justifie pas le « découplage » ou ce qu’on appelle la « réduction des risques ». Comme l’ont souligné certains chercheurs, l’excédent commercial de la Chine résulte en grande partie de l’évolution de la division industrielle mondiale du travail. En 2025, la Chine a enregistré un excédent commercial record d’environ 1 200 milliards de dollars, soit une hausse de près de 20 % par rapport à l’année précédente, malgré la menace américaine de nouvelles taxes douanières. Cette performance s’explique principalement par la vigueur des exportations vers l’UE, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique, ainsi que par le renforcement des mesures protectionnistes, notamment les restrictions à l’exportation imposées par certains pays au nom de « raisons de sécurité nationale », qui entravent les importations chinoises. Il faut reconnaître que les entreprises chinoises sont aujourd’hui extrêmement compétitives sur le marché mondial, notamment en matière de prix, de qualité des produits, de recherche et développement et de chaîne d’approvisionnement. La meilleure façon de rester compétitif n’est pas de se désengager, mais de s’engager.
« Le respect mutuel permet de parvenir à des solutions gagnant-gagnant »
La Chine et l’Allemagne, à l’instar de l’Asie de l’Est et de l’Europe, présentent des contextes culturels, religieux, politiques et sociaux très différents. Pourtant, cela ne devrait jamais constituer un obstacle au développement de relations amicales, pragmatiques et mutuellement avantageuses. Nous avons tous à apprendre les uns des autres. L’essentiel est le respect mutuel. C’est ainsi que l’on peut parvenir à des solutions gagnant-gagnant. En tant qu’expatrié allemand en Chine, j’espère sincèrement que les liens commerciaux, économiques et culturels entre nos deux pays continueront de prospérer et ne seront pas affectés par des tentatives d’ingérence dans les affaires intérieures de la Chine, ni par des efforts visant à imposer des valeurs européennes « normatives » aux pays du Sud. Comment les Européens réagiraient-ils à des tentatives d’imposer des valeurs asiatiques ? Ils ne l’apprécieraient certainement pas. On peut s’attendre à ce que des liens pragmatiques et amicaux entre la Chine, puissance économique de l’Asie, et l’Allemagne, moteur économique de l’Europe, profitent également aux relations entre Bruxelles et Pékin. Enfin, je ne peux m’empêcher de citer le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, qui a déclaré lors d’une vaste conférence de presse en marge de la quatrième session de la 14e Assemblée nationale populaire à Pékin, le 8 mars, que la Chine et l’Europe sont mutuellement complémentaires et que « l’interdépendance n’est pas un risque ; les intérêts imbriqués ne sont pas des menaces ; et l’ouverture et la coopération n’affaibliront pas la sécurité économique ; mais la construction de murs et de barrières ne mènera qu’à l’auto-isolement ». J’espère que ses propos éclairants ont été bien accueillis à Berlin, à Bruxelles et ailleurs notamment en Europe et en définitive, l’essentiel est de bâtir une relation Chine-UE qui favorise le bien-être de nos populations.
R. I.













































