Gestion des déchets hospitaliers à Constantine : une étape dans la protection de l’environnement

En quête permanente d’une gestion rationnelle et écologique des déchets médicaux et hospitaliers, la wilaya de Constantine tente d’ »apprivoiser » un dossier sensible aux enjeux environnementaux et sanitaires majeurs. Au centre hospitalo-universitaire Benbadis, les 56 services de cet établissement de santé génèrent « quatre (4) tonnes de déchets d’activités de soins à risques infectieux (DASRI) par semaine », a indiqué à l’APS le directeur général du CHU, Kamel Benyessad. Pour le moment, le CHU est conventionné avec une station de traitement de déchets hospitaliers domiciliée à Biskra spécialisée dans la collecte, le traitement et l’incinération de déchets de laboratoires pharmaceutiques, a signalé le même responsable, précisant que cette société effectue le ramassage auprès de tous les services avec deux (2) camions deux (2) fois par semaine pouvant aller jusqu’à quatre (4) camions en cas de nécessité. Il a affirmé que le tri des déchets se fait sur place, soit au niveau des services. « C’est désormais une obligation », a signalé le DG, soulignant la situation « catastrophique » de la gestion des déchets hospitaliers qui présageait une catastrophe écologique au CHU Benbadis. « Il y a un an, plus de deux cent (200) tonnes de déchets hospitaliers étaient déposés à ciel ouvert  » au niveau de l’hôpital, a-t-il rappelé.

Des banaliseurs opérationnels dans un mois au CHU Benbadis
Le DG du CHU Benbadis a indiqué que la structure hospitalière s’est dotée de deux (2) banaliseurs industriels de dernière génération qui seront opérationnels dans près d’un mois, pour le traitement des DASRI. « L’acquisition de ces deux banaliseurs a coûté quatre-vingt millions de dinars », a-t-il détaillé, précisant que l’aire de stockage, située dans la partie haute du CHU, abritera ces deux installations sophistiquées. Une fois ces dernières mises en place, « le problème des déchets hospitaliers ne se posera plus au niveau du CHU Benbadis », a soutenu son premier responsable. Soulignant l’impact de la mise en marche « prochaine » de ces deux banaliseurs industriels dans « l’amélioration du traitement des déchets hospitaliers », la même source a précisé que ces deux appareils sont « dotés de systèmes intégrés de vapeur, de compresseur d’air, d’adoucisseur d’eau et d’évacuation des broyats ». Une fois mis en marche, les deux banaliseurs dotés d’une capacité de traitement de deux tonnes de déchets en sept heures, pourront même assurer l’incinération des déchets de l’ensemble des établissements sanitaires de la wilaya et « nous pouvons couvrir toute la région de l’Est » en la matière, a assuré le directeur général.

L’incinération des déchets médicaux, un créneau convoité
Dans la commune de Didouche-Mourad distante d’environ 20 km du chef-lieu de wilaya, la station de traitement et d’incinération des déchets Stid-Est, de statut privé en activité depuis sept années, incinère quotidiennement treize mille (13 000) tonnes de médicaments périmés et autres déchets hospitaliers. Pour le gérant de cette unité, Saber Dergal, la Stid-Est a cumulé, au fil des années, une « expérience solide » dans l’élimination des déchets médicaux, tout en veillant à préserver l’environnement. Equipée d’une installation de haute performance technologique, conforme aux normes internationales (la température d’incinération oscille entre 900° et 1200°), l’unité œuvre à « réduire les risques de contamination directe de l’air et du sol, et à protéger l’environnement global », a détaillé le gérant. « Nous utilisons un mode d’incinération qui détruit les microbes, les virus, les germes infectieux propagateurs d’épidémies (combustion à 850°) », précise-t-il. Saber Dergal a ajouté que l’essentiel des ferrailles et autres métaux issus de déchets « est récupéré et recyclé ». Dans le détail, le responsable a ajouté que ce mode d’incinération offre beaucoup d’avantages, comme la valorisation énergétique des déchets avec récupération d’énergie qui permet de diminuer d’au moins 20 % le prix de traitement des déchets urbains, réduit de 90 % le volume et de 70 % la masse des déchets. L’unité d’incinération se charge de la collecte, du traitement et de l’incinération des déchets pharmaceutiques et vétérinaires (médicaments périmés liquides – solides – matières premières), ainsi que les produits périmés en provenance de plusieurs industries (alimentaires et agralimentaires).
« Notre seul problème demeure l’insuffisance d’aires de stockage supplémentaires pour pouvoir répondre à toutes les demandes de plus en plus importantes », a-t-il déploré. Dans la wilaya de Constantine, pas moins de cinq (5) projets d’incinérateurs de déchets médicaux ont été retenus dans le cadre de l’investissement privé.
Leur concrétisation permettra une « meilleure maîtrise » des déchets hospitaliers et des médicaments périmés, et contribuera amplement à la préservation de l’environnement, affirme-t-on.

Un stock de 100 kg de médicaments périmés par pharmacie
Selon des statistiques du Syndicat national des pharmaciens d’officines (Snapo), les stocks en moyenne d’une seule pharmacie atteignent les 100 kg.
Pour les grandes firmes pharmaceutiques, les stocks « dépassent les quatre-vingt-dix-mille (90 000) tonnes par an », a soutenu M. Dergal. Les chiffres sont énormes et peuvent constituer un véritable danger pour la santé publique, de l’avis de professionnels du domaine qui soutiennent qu’une « vision intégrée » associant tous les partenaires, les services de l’environnement notamment, demeure la seule issue pour la destruction de ces énormes stocks.
Les professionnels du domaine approchés par l’APS soulignent également que l’élimination des stocks de médicaments, dont la date de péremption est dépassée, à travers les 10 000 officines que compte le pays, sera « palpable » cette année avec l’entrée en vigueur, à travers toutes les wilayas, d’une convention entre le Snapo et la société Lafarge-Algérie, chargée d’éliminer des tonnes de médicaments emmagasinés depuis près de deux décennies.
Les professionnels appuient également que cette opération exige le recours à des incinérateurs équipés de fours modernes, répondant aux normes internationales pour l’élimination sans risques des produits pharmaceutiques.