Rif

FRACTURE POLITIQUE ET SOCIO-ÉCONOMIQUE ET MARGINALISATION DE LA RÉGION DU RIF : Le Maroc sur une poudrière

La triple fracture sociale, économique et politique et la marginalisation persistante de la région du Rif risque de donner lieu à des troubles populaires majeurs contre la monarchie alaouite, dans la région du Rif en raison de la répression permanente qui s’y exerce.
Selon une analyse parue sur le site « Arab center  Washington », de Houda Chograni, écrivaine tunisienne, « la marginalisation persistante de la région du nord du Rif et des groupes vulnérables au Maroc en général déclenchera très probablement des troubles populaires contre le gouvernement central (marocain) ».
Au cours de la dernière décennie, les suicides pour certains marocains et les manifestations de rue pour d’autres sont devenus les moyens de dernier recours pour protester contre la hogra et la contestation qui s’est poursuivie au Maroc, atteignant un crescendo fin 2016 et 2017 avec le mouvement Hirak dans le nord du Rif marginalisé, observe-t-elle. Le Hirak du Rif déclenché par la mort de Mouhcine Fikri, un vendeur de poisson mort broyé dans un camion à ordures alors qu’il tentait de récupérer son poisson confisqué, a attiré la solidarité nationale et transnationale entre les Marocains.
Le mouvement a subi une répression sévère de la part de l’État, ses leaders éminents, dont Nasser Zefzafi, ont été condamnés à des peines excessives allant jusqu’à 20 ans de prison. De décembre 2017 à mars 2018, les Marocains de Jerada, une ville minière marginalisée, ont protesté contre la mort accidentelle de deux mineurs informels et exigé la création d’emplois et l’amélioration de leurs conditions socio-économiques. Comme pour d’autres manifestations, les autorités ont eu recours à « une répression violente », souligne-t-elle, estimant que « le Maroc est assis sur une poudrière de griefs sociaux, économiques et politiques ».
Au Maroc, les ‘’élus’’ du peuple « ne sont pas responsables devant l’électorat mais inféodés aux intérêts de la cour royale, le makhzen », écrit Mme Chograni. Ceci explique, selon elle, « l’agitation sociale permanente et la participation de plus en plus faible d’un cycle électoral à l’autre ‘’.
Sur le terrain, « la monarchie monopolise toujours les pouvoirs religieux, politiques et économiques qui assurent et consolident l’autorité ultime et suprême du roi Mohammed VI dans le pays », rappelle l’auteur.
C’est pourquoi, d’après elle, « le prétendu pluralisme politique est avant tout une façade, d’autant plus que les partis politiques doivent accepter la primauté du roi et faire continuellement preuve de soumission et de loyauté envers le palais pour garantir leur survie politique ».
Le roi préside le Conseil des ministres où sont prises les grandes décisions politiques, s’assurant qu’il a « un contrôle total » sur les actions du gouvernement, écrit Mme Chograni, soulignant que « cette réalité dénie au Maroc tout statut de pays en voie de démocratisation ». Aussi, le système judiciaire et juridique marocain est sous le contrôle du monarque. De même pour la presse. « Le Makhzen recherche de plus en plus une presse complaisante en muselant les voix dissidentes des journalistes », selon elle. Les autorités marocaines ciblent la presse d’opposition et emprisonnent des journalistes pour des motifs douteux. Taoufik Bouachrine, l’éditeur d’Akhbar Al-Youm, purge une lourde peine de prison de 15 ans pour de multiples chefs d’accusation.
Le journaliste Soulaimane Raissouni, ancien rédacteur en chef d’Akhbar Al-Youm, a également été persécuté par le régime pour avoir critiqué ouvertement la corruption du gouvernement et les violations des droits de l’Homme et plaidé en faveur d’une réforme politique. Gravement malade à la suite d’une grève de la faim, Raissouni purge cinq ans de prison pour des accusations d’agression sexuelle douteuses.
Omar Radi, un journaliste d’investigation dont le travail est principalement axé sur la corruption et les violations des droits humains et qui était un ancien militant du Mouvement du 20 février et du Hirak du Rif, a récemment été condamné à six ans de prison pour espionnage.
Dans cette atmosphère « étouffante et menaçante », plusieurs journalistes comme Hajar Raissouni, Hicham Mansouri et Afaf Bernani ont opté pour l’exil, indique l’activiste tunisienne. Il est évident, selon cette dernière, que « le régime vise à museler la dissidence et à créer une atmosphère générale de peur afin de dissuader les critiques du gouvernement et de forcer l’autocensure ».
M. B.