Des mauvais et bons usages de la chloroquine en temps de corona…

Par Ali El Hadj Tahar

Le Comité d’experts, mobilisé au sein du ministère de la Santé, a validé le protocole médical contre le Covid-19 à base de chloroquine, et ce, le 23 mars. L’Algérie compte donc parmi les premiers pays, dont les États-Unis et l’Iran, à utiliser ce vieux médicament créé pour combattre le paludisme et la malaria et dont les Chinois ont vérifié l’efficacité sur de nombreux cas de Covid-19. En France, plusieurs hôpitaux et centres accueillant des malades de Coronavirus utilisent ce traitement qui remonte très loin dans le passé, mais que le ministère français de la santé n’a validé que le jeudi 26 mars.
En effet, au XVIIe siècle, les Européens remarquent que les peuples indigènes du Pérou extraient un médicament de l’écorce d’un arbre dénommé Cinchona (Cinchona officinalis) afin de traiter les frissons et la fièvre. Cette phytothérapie est introduite en Europe en 1633 où elle est aussi utilisée dans les cas de fièvre paludique. La quinine, un antipaludique, en est isolée en 1820, date de son entrée dans le domaine dit pharmaceutique et scientifique et qui est aussi celui des brevets et des inventions. Les années 1940 popularisent cette potion et je me souviens que lorsque nous étions enfants, nous surnommions le médecin de notre ville « Quinine-ou-l’hôpital » à cause de sa propension à prescrire le médicament de masses de l’époque. Tous les Algériens connaissent la chloroquine, tandis qu’en France elle était sur la table presque au même titre que le litre de vin. Cependant, la quinine, autrefois vendue aussi librement que l’est l’aspirine, n’a certainement pas la même composition que le Plaquenil [hydroxychloroquine] et c’est pour cette raison que ce dernier médicament n’est délivré que sur ordonnance. Les pharmaciens algériens sont vigilants sur ce sujet. De plus, l’État a décidé de récupérer les stocks en vente après sa décision d’utiliser ce protocole contre le Covid-19.
Pourtant, après un premier cas de décès aux États-Unis à la chloroquine en automédication, plusieurs morts sont enregistrés en France pour la même raison, selon le magazine Le Point. La Chine, pays de 1,4 milliard de personnes et où le niveau d’éducation est supposé moins élevé qu’en Occident, n’a pourtant pas connu pareils cas d’empoisonnement dus à l’ignorance. Alors que les Français et les Américains sont les pays qui connaissent le mieux la chloroquine, c’est chez eux qu’elle fait plus de dégâts, dans tous les sens du terme, puisque ce produit pharmaceutique a même pollué la scène politique française avec l’affaire du professeur Didier Raoult, directeur de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, à Marseille, qui s’est battu farouchement avant que l’État finisse par valider le protocole de la chloroquine, et en particulier l’hydroxychloroquine associée à l’azithromycine, contre le Covid-19.
La chloroquine, en tant qu’agent antipaludéen, a été commercialisée en France à la fin des années 1940. Prescrite à tous les soldats français envoyés en Afrique, elle a fini par devenir aussi commune que du fromage. Mais sa composition est plus complexe que l’hydroxychloroquine, un autre antipaludéen, qui est prescrit aujourd’hui pour traiter des maladies comme le lupus, la polyarthrite rhumatoïde ou encore, à titre préventif, des allergies au soleil. La peur d’une maladie ou même la contamination ne doivent pas aveugler au point de mettre sa vie ou celle de sa famille en danger. On a toujours dit que les Algériens ont une bonne culture médicale, espérons qu’ils continuent à le prouver. Pour les rassurer, le traitement à base de la nouvelle chloroquine a non seulement été validé par le ministère de la Santé pour son utilisation contre le Covid-19, mais le produit est actuellement disponible puisque le ministre délégué à l’Industrie pharmaceutique, le professeur Abderrahmane Lotfi Djamel Benbahmad, a annoncé que 110 000 unités de ce médicament sont déjà disponibles au niveau de la Pharmacie centrale des hôpitaux et que 190 000 autres vont être incessamment importées. D’ici 10 jours, l’Algérie disposera d’un stock de 320 000 boîtes, soit de quoi prendre en charge 320 000 patients, en espérant que notre pays n’atteigne jamais ce chiffre.
A. E. T.