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Comment l’ANP a fait d’un blindé « cinquantenaire » un engin de guerre moderne : La seconde vie du char d’artillerie Shilka en Algérie

En matière d’armement, on ne jette pas, on recycle, on modifie et on améliore. L’Algérie n’a pas dérogé à la règle, en améliorant les performances du char d’artillerie russe ZSU-23-4 Shilka.

Utilisé depuis la moitié des années 1960, cet engin de guerre a gagné des galons lors de la guerre froide et de l’existence des blocs Est-Ouest, se propageant chez beaucoup de pays alliés à l’ex-Union soviétique. Présent dans au moins 36 pays, il devint l’apanage des guerres des tranchées et des guerres d’usure ; sa résistance est telle qu’il force le respect et fait l’affiche dans plusieurs films américains, ainsi que plusieurs jeux vidéos encore usités.
L’Algérie, qui en fut un des principaux détenteurs, avec plus d’une centaine de cet engin, avec l’Ukraine, Cuba, Yougoslavie, la Pologne, etc. n’a pas attendu 2018 pour apporter des améliorations techniques à cet engin. Si la télévision publique a fait un zoom sur la visite du général de Corps d’armée et chef d’état-major de l’Armée nationale, Ahmed Gaïd Salah, à une caserne à Blida, c’était surtout les gros plans sur les améliorations introduites par l’armée algérienne sur le char d’artillerie sol–air ZSU-23-4 Shilka, qui ont capté l’attention de tous, même des Russes.
Le surlendemain, et dans un article publié par «Rossiyskaya Gazeta», une publication russe de référence, on pouvait lire que les Forces armées algériennes, qui «continuent d’exploiter plus de deux cents ZSU», ont «non seulement révisé ce char mais également modernisé», et désormais, celui-ci est doté d’un système de missile sol-air.
Selon le journal russe, une source algérienne leur a indiqué qu’il s’agit du système Igla. Autre amélioration de taille : les canons d’origine avaient une portée de 2500 et 1500 mètres, avec ce système, ces distances sont portées à 5000 et 3500 mètres. Ainsi, affirment les Russes, avec toutes ces améliorations, le Shilka «restera en service pendant de nombreuses années à venir, en concurrence avec les systèmes de défense aérienne militaire étrangers modernes».
La longue tradition de coopération militaire entre Alger et Moscou date du début des années 60, et des milliers d’officiers algériens, ingénieurs et techniciens de haut rang, ont été formés sur l’armement soviétique, à Odessa, Vladivostoch et les meilleures écoles de guerre de l’Union soviétique, acquérant de ce fait un savoir-faire et ingénierie indéniables. à ce jour, les deux pays demeurent très liés sur les questions de l’armement, bien que l’Algérie a diversifié depuis une vingtaine d’années ses acquisitions et ses sources en armement et logistique militaire.
Pour la petite histoire, le ZSU-23-4 Shilka (Zenitnaya Samokhodnaya Ustanovka : système automoteur anti-aérien, et Shilka en l’honneur du fleuve russe de Chilka.), a été conçu par les russes en 1957. Il a été généralisé dans l’armée de ce pays aux années 70. Il a été remplacé par la suite par le 2K22 Tunguska lancé en 1984. Mais à ce jour, plus d’une vingtaine de pays continuent à utiliser le Shilka traditionnel des années 1960.
Ses caractéristiques techniques sont les suivantes : le ZSU-23-4 Shilka est un véhicule d’artillerie sol-air, avec un système d’arme anti-aérien autopropulsé, légèrement blindé, d’origine soviétique, dirigé par radar. Diverses modifications ont été apportées au char Shilka, en 1968, en 1972, puis en 1977, avec un panier de munitions supplémentaires sur l’extérieur de la tourelle, une couverture blindée pour les canons, ordinateur de commande de tir numérisé, radar Gun Dish pouvant fonctionner indépendamment en mode recherche, plutôt que d’être seulement asservi aux canons.
F.O.