Cinémathèque d’Oran : un espace culturel fidèle à sa vocation

La cinémathèque Ouarsenis d’Oran, qui a à son actif plus de cinquante, années d’activités peut se « vanter » de son statut d’espace culturel ayant réussi, malgré les contingences du temps, à préserver sa vocation de musée du cinéma, au bon plaisir de son public.

La cinémathèque d’Oran est située à la rue Larbi Ben M’hidi, une des principales artères du centre-ville. Cet emplacement constitue un atout, d’autant important qu’il permet à la salle de jouer pleinement son rôle de pôle culturel. Le visiteur découvrant la structure est d’emblée agréablement surpris par l’esthétique de la décoration murale du hall d’accueil, le confort des sièges, l’atmosphère climatisée et la qualité du son et de l’image. L’établissement, qui est doté d’une capacité de 357 places, avait bénéficié en 2004 d’une opération de rénovation donnant lieu au changement des anciens sièges par des fauteuils neufs ignifuges, au revêtement des murs par une matière ininflammable et à l’installation de la climatisation.La rénovation a été suivie par d’autres interventions portant modernisation progressive des équipements, dont la mise en place d’un écran neuf et d’une nouvelle cabine de projection dotée du système DCP (Digital Cinema Package). Hadj Bensalah, ancien responsable de la salle, se plaît encore à rappeler de grands noms du 7ème Art parmi les premiers invités de cet espace culturel, à l’instar des cinéastes égyptiens Salah Abou Seif et Youcef Chahine, de l’américain Joseph Losey, de l’italien Michelangelo Antonioni, du sénégalais Sembene Ousmane, du camerounais Jean-Marie Téno, de l’éthiopien Hailé Gerima et de la libanaise Jocelyne Saab.
« Ces cinéastes étaient admiratifs devant l’intérêt du public algérien et la qualité des débats qui se poursuivaient parfois tard le soir », se souvient-il, tout en se félicitant d’avoir pu initier dans les années 1980, à la cinémathèque d’Oran, un premier festival du court-métrage, en partenariat avec l’Assemblée populaire de wilaya (APW). Evoquer le passé de la salle Ouarsenis exige également de mentionner le « ciné-pop », doyen des ciné-clubs ayant vu le jour à la faveur de cette structure, dont le ciné-club universitaire « Les Amis du 7ème Art » qui contribuait aux débats durant les week-ends en matinée. « Parler de la cinémathèque d’Oran c’est aussi avoir une pensée pour Ammi Lekam, le doyen des chefs-projectionnistes du pays dont la passion du cinéma nous renvoie au film italien « Cinéma Paradiso » (1989) de Giuseppe Tornatore », relate Bensalah.

Des programmes pour tous les goûts
D’autres équipes ont pris le relais depuis, avec le même dévouement qui a permis de préserver le statut de la salle face aux contingences du temps, notamment durant les années 1990 marquées par l’avènement du numérique. « Ce fut une véritable tempête dans le paysage culturel, mais la cinémathèque a résisté à ce changement, optant pour le maintien de la pellicule en format 35 mm parce qu’elle reflète la qualité originale de l’oeuvre », confie Abdelghani Zekri, autre ancien responsable de la salle Ouarsenis La salle a pu, en revanche, consolider sa vocation et fidéliser davantage son public avec des programmes aux thématiques variées et à même de satisfaire à tous les goûts, tant pour les passionnés des rétrospectives de films culte que pour le jeune public en quête d’œuvres récentes. Durant cette dernière décennie, cet espace a accueilli les projections en avant-première nationale de plusieurs œuvres, dont « Mascarades » de Lyes Salem, « Indigènes » et « Hors-la-loi » de Rachid Bouchareb, Es-Saha (La place) de Dahmane Ouzid, et « Combien tu m’aimes » de Fatma-Zohra Zamoum.Le directeur de la salle, Abdelkrim Bouazza, entend accorder une place de choix aux enfants qui bénéficieront d’un programme spécifique durant les vacances scolaires, ainsi qu’aux étudiants de la filière Arts dramatiques avec des séances de projection-débat autour du film d’archives.
Pour rappel, la cinémathèque d’Oran figure parmi les trois salles retenues chaque année pour abriter les visionnages des films sélectionnés au Festival international d’Oran du film arabe (FIOFA), les deux autres étant « Le Maghreb » (ex-Régent) et « Es-Saâda » (ex-Colisée) ». Au beau milieu du design moderne qui orne la salle Ouarsenis aujourd’hui, un vieil équipement de projection est fixé au plancher du hall d’accueil. Témoin privilégié de la longue et passionnante histoire des lieux…