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Ceuta sous l’œil sahraoui                     

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L’invasion migratoire de la ville autonome espagnole de Ceuta peut-elle seulement être interprétée comme un complot monté contre l’actuel président du gouvernement espagnol pour lui faire payer ses positions sur Ghaza et l’Iran, que l’on sait à rebours des désidératas de l’alliance américano-israélienne et de leur proxy marocain ? Cette lecture n’est pas fausse, mais elle n’explique pas tout sur les motivations et les enjeux derrière les événements de Ceuta. Conseiller auprès du président sahraoui et diplomate de haut rang, Oubi Bouchraya Bachir voit les choses autrement. L’analyste sahraoui sort des sentiers battus et décrypte les événements de Ceuta en neuf clés pour comprendre la nature et les objectifs qui font courir le Maroc en s’appuyant sur des éléments constants et variables. En termes clairs, le Makhzen a d’abord utilisé le chantage dans lequel il est passé maître. Il a ensuite joué sur un rapport de force prétendument en défaveur de Pedro Sanchez pour s’aligner totalement sur l’axe Washington – Tel Aviv. Premièrement, le chantage comme constante dont Rabat use et abuse pour soumettre ses partenaires du Nord. Si l’Europe est dans la cible, c’est l’Espagne qui en paie le prix fort de par son histoire, ses liens et sa proximité avec le Maroc. Le diplomate sahraoui rappelle, à ce propos, qu’en 1994 déjà, Hassan II avait menacé d’inonder l’Europe de terroristes à défaut d’exporter ses tomates – cultivées et cueillies illégalement dans les territoires occupés – sur leurs marchés. Depuis, le Makhzen utilise le chantage par l’espionnage (Pegasus), la corruption (Marocgate) et la migration clandestine pour vendre son plan d’autonomie au Sahara occidental. Mais l’Espagne est de loin le pays européen le plus soumis et qui a accordé des concessions au profit des thèses marocaines en croyant naïvement obtenir des relations stables et privilégiées avec son voisin du sud. Lorsque Sanchez a opéré un virage à 180 degrés en abandonnant la position de neutralité sur le conflit sahraoui, il s’est mis le doigt dans l’œil en croyant obtenir en échange la préservation de l’unité territoriale de l’Espagne (Ceuta et Melilla), la fin du problème migratoire et la réouverture des douanes dans les enclaves autonomes. Aujourd’hui, Madrid se trouve toujours face à ses responsabilités historiques envers le Sahara occidental. D’autant plus que Rabat a tourné casaque en déclarant sur la tribune même de l’ONU qu’elle n’a pas de frontières terrestres avec l’Espagne. C’est dire que le chantage migratoire demeure une carte entre les mains du Makhzen jouée à Ceuta. Autre chose, les villes des villes autonomes restent paralysées sans les douanes. Les déferlantes migratoires continuent sur les côtes des Canaries. Le revirement espagnol, c’est aussi la remise en cause du droit international comme tendance observée en Europe. Madrid se brûlera tôt ou tard les ailes, pour reprendre l’analyste sahraoui. Quant à ce que l’auteur qualifie de « danse avec les loups », Rabat a investi pour gagner les faveurs de Trump et de Netanyahou en faisant le mauvais choix de jouer sur les équilibres des forces, après que le soutien espagnol à l’autonomie est devenu caduc. La preuve, le retour des relations avec l’Algérie. Pour le reste, Trump a qualifié les événements de Ceuta d’« invasion ». Par qui ? Ça coule de source !

Farid Guellil

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