Chefs de partis

CAMPAGNE POUR LES LÉGISLATIVES DU 12 JUIN : L’idée de la « réconciliation » divise les chefs de partis

La veille de la fin de la campagne pour les législatives, la polémique autour de la réconciliation refait surface. Faut-il négocier avec, voire, amnistier les oligarques emprisonnés ? Entre les voix pour et celles contre, chacune avance ses arguments.

Les moyens et méthodes pour la récupération des biens mal acquis et des fonds détournés, notamment vers l’étranger, par la horde d’hommes d’affaires de l’ancien régime emporté par le Hirak, divise la classe politique. Certains plaident pour une négociation avec les oligarques pour la stabilité politique et le développement économique. D’autre s’y opposent au motif de moraliser la vie politique et bâtir un État de droit.

Abdelaziz Belaid : « la réconciliation pour la stabilité »
Le président du Front El Moustakbel, Abdelaziz Belaid, a appelé à « des négociations avec les hommes d’affaires et les hommes politiques de l’époque de Bouteflika, actuellement en prison, pour parvenir à une réconciliation qui créerait la stabilité et attirerait les investissements ». Il est revenu à la charge lors de son passage au Forum du journal électronique « Eldjazair El-ane ». « Je suis pour négocier et récupérer les fonds qui sont à l’étranger et je laisse circuler l’argent disponible dans le pays », a-t-il plaidé. Il appelle cela de « l’intelligence moderne et une façon qui permet de redonner de la confiance aux investisseurs nationaux et étrangers».
« Les investisseurs étrangers lisaient dans les médias algériens que ces hommes d’affaires étaient considérés comme des champions économiques. Ils ont été couronnés comme de bons managers et sont aujourd’hui en prison, qui aura confiance ? », a expliqué le chef d’El Moustakbel. « C’est d’abord une réconciliation économique et politique en second lieu » qui permettra
« de retrouver la confiance », a appuyé Belaid. Pour lui, « il est impossible que l’économie algérienne redécolle dans ce climat de peur, de terreur et de ces lois coercitives qui dissuadent nos cadres », a-t-il mis en garde. Un wali rechigne à signer et tout le monde a levé le « frein à main ».

Soufiane Djilali : « ces gens méritent leur sort »
Le président de Jil Jadid, Soufiane Djilali, s’oppose catégoriquement à tout élargissement des oligarques en prison. Il a jugé « immoral » le fait de négocier avec eux. Pour lui, ceux qui ont été jugés et condamnés pour corruption « méritent leur sort » même s’il reconnaît qu’ils ont agi dans « l’intérêt de parties tierces ». Ils ont « servi de tremplin à des personnes qui se sont enrichies en utilisant leurs noms ». Djilali appelle à donner la chance aux entrepreneurs qui sont capables de bâtir une vraie économie. Il demande la poursuite de la campagne de récupération des fonds dilapidés par les « oligarques » tout en excluant toute possibilité de négociation avec eux. « Pourquoi quelqu’un qui vole un kilo de pommes de terre est emprisonné, alors qu’un autre qui a dilapidé des milliards on veut le libérer et on négocie avec lui ? », s’interroge-t-il. « Le problème de notre pays c’est la dimension morale et éthique. Un État se construit sur des principes et non pas sur les compromis et la participation au crime », a-t-il soutenu. Pour lui, il n’est pas question de marchander les principes qui font le fondement de l’État. Il a rappelé que le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune a fait de la lutte contre la corruption et la récupération de l’argent détourné un des principaux thèmes de sa campagne présidentielle.

Tayeb Zitouni : « La réconciliation passe par un référendum »
Le secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), Tayeb Zitouni, a déclaré que « parler de réconciliation économique avec les pilleurs de deniers nécessite d’organiser un référendum populaire car ce sont les citoyens qui sont concernés par le pillage et le gaspillage des ressources du pays ».
Il s’est demandé s’il était possible de récupérer les fonds pillés grâce à la réconciliation et sur l’étendue du succès de la proposition émanant d’un certain nombre de chefs de partis. Zitouni a déclaré que « les laquais de la Îssaba sont toujours présents dans l’administration et encouragent les importations pour faire passer l’argent des citoyens à l’étranger ». Il a ajouté que ces pratiques représentent « des chiffres mirobolants qui rongent l’économie nationale, car nous importons chaque année un milliard de dollars de lait en poudre de France et divers produits, dont le fourrage, à 600 millions de dollars, tandis que Djelfa peut combler le déficit grâce à l’élevage de vaches ». En revanche, il a dénoncé les restrictions imposées aux élus locaux, affirmant qu’ils « font l’objet de divers harcèlements, et que quiconque tente d’amorcer le développement et de mettre un terme aux chefs de la corruption, est entré dans le cycle des accusations et des poursuites judiciaires ». Le SG du RND a estimé que « sortir de cette situation nécessite d’aller aux élections afin de se doter d’un parlement fort qui se dresse face aux prédateurs et d’assurer la stabilité ».

Bengrina et Ghouini « pour » la poursuite de la lutte contre la corruption
Dans la foulée d’autres chefs de partis s’y opposent directement ou indirectement. Abdelkader Bengrina, chef du Mouvement El Bina, a fait de la lutte contre les membres la Îssaba son argument électoral. Le président du Mouvement El Islah, Filali Ghouini, a appelé à « la lutte contre la corruption et à mettre un terme à l’abus de fonction et l’exploitation de la bureaucratie ».
Lyes Ayoub