Brexit : Theresa May tente d’étouffer la rébellion des tories

La Première ministre britannique a assuré à son parti qu’un accord avec l’Union européenne était presque « finalisé », malgré le rejet d’une frontière irlandaise.

Theresa May n’est épargnée par personne, même au sein de son propre parti. La Première ministre britannique a tenté d’étouffer, lundi, la rébellion au sein de son parti conservateur sur sa stratégie du Brexit. Elle a assuré qu’un accord avec l’Union européenne était presque finalisé tout en rejetant la proposition européenne sur la frontière irlandaise. À cinq mois du divorce, la cheffe du gouvernement a déclaré dans le tabloïd The Sun agir « dans l’intérêt national » alors qu’elle est étrillée de tous côtés pour son inaptitude à sortir les négociations de l’impasse après l’échec du sommet européen d’octobre, faisant craindre une sortie sans parachute. Mécontents, des députés de la majorité conservatrice s’apprêteraient à contester son leadership, selon la presse britannique. « Les négociations sur le Brexit ne portent pas sur moi ou mon sort personnel. Il s’agit de l’intérêt national. Et cela implique de faire les bons choix, pas les choix les plus faciles », a-t-elle tenté de temporiser dans le Sun. Lundi après-midi devant les députés, Mme May doit assurer que l’accord devant sceller le retrait du Royaume-Uni est bouclé à « 95 % », selon des extraits de son intervention communiqués par ses services.

L’impasse irlandaise
Mais la conclusion d’un tel accord avec Bruxelles continue d’achopper sur le sort de la frontière entre la province britannique d’Irlande du Nord et la République d’Irlande (membre de l’UE) après le Brexit, prévu le 29 mars 2019. Les deux parties veulent éviter le rétablissement d’une frontière physique afin de préserver les accords de paix de 1998 en Irlande du Nord, sans parvenir à s’accorder sur la manière d’y parvenir. « J’ai été très claire sur le fait que nous devons y parvenir sans créer une frontière dure de quelque sorte que ce soit entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni », a rappelé Theresa May dans le Sun. L’UE propose de maintenir l’Irlande du Nord dans l’union douanière et le marché unique, si aucune autre solution n’est trouvée – inacceptable pour Mme May, qui y voit un coup de canif à « l’intégrité du Royaume-Uni ». Elle propose, de son côté, que l’ensemble du Royaume-Uni reste aligné sur les règles douanières de l’UE jusqu’à la signature d’un accord de libre-échange plus large. Cela lui a valu les foudres des brexiters, partisans d’une rupture nette et rapide avec l’UE, qui craignent que cet alignement ne devienne permanent et n’empêche le Royaume-Uni de conclure des accords commerciaux avec des pays tiers après le Brexit. « Les dernières phases des discussions seront les plus difficiles », a prédit Mme May.

La possibilité d’une prolongation à l’origine de la pression
La pression est montée d’un cran quand Theresa May n’a pas exclu, jeudi lors du sommet, la possibilité d’une prolongation de « quelques mois » de la période de transition post-Brexit, actuellement censée durer jusqu’à fin 2020, durant laquelle son pays resterait aligné sur les règles de l’UE, mais sans participer aux prises de décision. Selon la presse, la menace d’un vote de défiance plane. La dirigeante est invitée à venir s’expliquer mercredi soir devant le Comité 1922, responsable de l’organisation interne des tories et du déclenchement d’un tel vote. Le DUP, petit parti unioniste nord-irlandais indispensable à sa majorité absolue, a menacé de lui retirer son soutien lors du vote du budget le 29 octobre si l’Irlande du Nord n’a pas le même sort que le reste du pays. Et quelque 41 députés conservateurs pourraient soutenir un amendement cette semaine empêchant l’instauration de barrières entre l’Irlande du Nord et le reste du pays sans l’accord de l’assemblée régionale. Du côté des anti-Brexit, près de 700 000 personnes ont manifesté samedi à Londres pour réclamer un référendum sur l’accord final, selon les organisateurs, le plus important rassemblement depuis celui contre la guerre en Irak en 2003.