Accueil Edito « Bene venisti ad nos » (1)   

« Bene venisti ad nos » (1)   

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Ce n’est pas défoncer une porte ouverte que de dire et redire que la visite qu’effectue en Algérie, depuis hier, le chef de l’église catholique forte d’une communauté de 1,4 milliard de personnes, est historique. Elle est historique par sa programmation au début de son premier voyage en Afrique. Elle est historique aussi par la déclaration du Pape Leon XIV, dans le premier discours après son élection, en mai 2025 et qui a dit « je suis un fils de Saint Augustin ». Elle est historique car c’est la première fois qu’un pape vient en Algérie. En recevant le Pape, hier, l’Algérie a une fois de plus fièrement démontré sa légendaire hospitalité. Quelle ait été la terre natale de Saint Augustin en l’an 354 et de sa mère Sainte Monique en l’an 331, ne fait que renforcer le lien qui unit le Pape Léon XIV, ancien prieur général des Augustins, à l’Algérie. Ceci étant, la venue du Pape en Algérie, terre d’Islam, est plus une visite d’État que religieuse. Elle répond à la visite effectuée au Vatican par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le 24 juillet dernier. Une visite au cours de laquelle il a invité en Algérie le Souverain Pontife. Au nom de l’Algérie tolérante, solidaire, faisant du dialogue, de la paix et du vivre ensemble des valeurs partagées avec l’église catholique. Faut-il, pour s’en convaincre, rappeler le courage et l’humanité de l’Émir Abdelkader, cet ancien chef religieux et militaire algérien, qui sauva, d’une mort certaine, des milliers de chrétiens à Damas en 1860 ? Ce qui a valu à l’Émir algérien une décoration du Pape Pie IX. Faut-il aussi rappeler l’engagement aux côtés des Algériens pour la libération de leur pays de l’archevêque d’Alger (1954-1988), le Cardinal Léon-Etienne Duval ? Ce qui donne au recueillement du Pape à la mémoire de nos chouhada, à Maqam Ecchahid, une continuité de cet engagement. Les médias parlent souvent des 19 religieux catholiques tués lors de la décennie noire (1990-2000) que notre pays a vécue. Il ne faut pas oublier d’y ajouter plus d’une centaine d’Imams assassinés par les mêmes terroristes. Qu’il nous soit permis de témoigner qu’au cœur de la Casbah d’Alger des religieux catholiques vivaient en très bonne intelligence avec toute la population musulmane durant la guerre de libération. On appelait leur maison « Dar Essadaka » (maison de la charité). Elle se trouvait à la rue des Abderrames en face de la maison où furent assassinés, le 8 octobre 1957, Hassiba Ben Bouali, Ali la Pointe, P’tit Omar et Mahmoud Bouhamidi. Devant ce parfait exemple du vivre ensemble, il est impossible que des Algériens aient pu être les assassins des religieux catholiques. Hier, dans leur discours respectif, les deux chefs d’États ont mis en évidence les points convergents qui rapprochent l’Algérie et le Vatican. Que ce soit la résolution des conflits par le dialogue ou les appels à la paix au moment où la force veut écraser le droit. Aujourd’hui, le Pape poursuit sa visite à Annaba. 

(1) « Bienvenue chez nous » en latin

Zouhir Mebarki

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