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Après des dépuètes, des avocats et des membres d’ONG : L’épouse d’un prisonnier politique sahraoui refoulée par Rabat

«Empêcher Claude Mangin de rendre visite à son mari constitue une violation flagrante du droit international des droits de l’Homme», a souligné la Commission nationale sahraouie des droits de l’Homme (Conasadh), dans un communiqué publié ce mardi.

Le 12 décembre 2016, le Comité des Nations unies contre la torture a condamné le Maroc pour avoir torturé le militant sahraoui, Naâma Asfari, pour le droit de son peuple à l’autodétermination. Sa femme, Claude Mangin, n’a pas échappé aux représailles des autorités coloniales marocaines. Elles ont procédé à son refoulement du territoire du Royaume, la privant, ainsi, de son droit de rendre visite à son mari, emprisonné dans les geôles du Makhzen.
Affichant une détermination à poursuivre son combat légitime de militante pour le triomphe de la Cause sahraouie et son soutien à son mari, Naâma Asfari, un des prisonniers sahraouis de Gdeim Izik, Claude Mangin est revenue, longuement hier au Forum d’”El-Moudjahid”, sur son combat dans les tribunaux et les espaces internationaux, pour dévoiler la laideur des pratiques coloniales marocaines, dans les territoires sahraouis occupés. Refoulée par les autorités marocaines, la militante française, venue rendre visite à son époux incarcéré depuis plus de 6 ans près de Rabat, a été gardée, raconte-t-elle, dimanche dernier, toute la nuit dans une pièce de l’aéroport de Casablanca, avant d’être contrainte, le lendemain, d’embarquer dans un avion pour Genève.
Ayant déjà été refoulée, une première fois, lors de sa visite le 19 octobre dernier, Claude Mangin ne pensait pas qu’elle allait être sur la liste des indésirables du Royaume marocain, elle qui était habituée à se rendre au Maroc.
Indésirable, car outre qu’elle soit la femme d’un des prisonniers sahraouis du groupe de Gdeim Izik, dont le Maroc est pointé du doigt dans ses violations de leurs droits les plus légitimes, depuis leur arrestation, Rabat a pris pour cible Claude Mangin, car celle-ci représente et symbolise le soutien à la Cause sahraouie qui, pour notre interlocutrice, «prend de plus en plus de l’ampleur à travers le monde». En avril 2016, c’est l’avocate française du militant sahraoui emprisonné, Naâma Asfari, qui avait été expulsée du territoire marocain, par les autorités de Rabat, «sans avoir eu le temps de voir son client». Pensant réussir à maintenir le blocus politico-médiatique sur les territoire sahraouis occupés, Rabat n’a cessé de violer les droits, les règles et les us, à travers les nombreux refoulements récurrents, dont ont été la cible des députés européens, espagnols, magistrats et avocats, militants et membres d’organisation de défense des droits de l’Homme, à la militante française Claude Mangin. Rappelant au terme de mobilisation et de sensibilisation pour le soutien de son mari et de ses camarades, les 23 prisonniers de Gdeim Izik qui vont «être rejugés par un tribunal civil» après l’avoir été par un tribunal militaire, le refoulement de Mangin est «manifestement un signe de représailles», contre Naâma Asfari qui sera rejugé aux côtés des 23 militants sahraouis, «qui ont tous été condamnés sur la base d’aveux signés sous la torture», a-t-elle affirmé. Rappelant, dans son récit, que, le 12 décembre dernier, le Comité des Nations unies contre la torture a condamné le Maroc pour avoir pratiqué la torture sur les prisonniers sahraouis, dont Naâma Asfari, sa condamnation sur la base d’aveux forcés, est une des raisons principales, voire fondamentale, de l’irrégularité du procès en général.
Dans sa décision, le Comité a demandé au Maroc, rappelle l’animatrice de la conférence tenue au quotidien “El-Moudjahid”, de «s’abstenir de tout acte de pression, d’intimidation ou de représailles susceptibles de nuire à l’intégrité physique et morale du plaignant (Naâma Asfari, Ndlr) et de sa famille» des pratiques en violation des obligations de l’État marocain, appelant Rabat à respecter les dispositions de la Convention et de «permettre au plaignant de recevoir des visites de sa famille en prison». Empêcher Claude Mangin de rendre visite à son mari constitue une violation flagrante du droit international des droits de l’Homme, par les autorités coloniales marocaines.
À l’heure où les autorités marocaines organisent un procès en appel qui se veut transparent pour les 24 accusés sahraouis de Gdeim Izik, la 3e audience devant s’ouvrir le 13 mars prochain, le refoulement de l’épouse d’un des prisonniers par Rabat, montre, encore une fois, l’entêtement de Rabat à se plier au droit international.
Karima Bennour