Abbatage

Abattage des brebis et d’agnelles à Djelfa : Une menace pour le cheptel local

L’abattage clandestin des brebis et d’agnelles a atteint des proportions jugées inquiétantes à Djelfa et menace la ressource animale locale, s’alarment des spécialistes du domaine.

De nombreuses parties concernées ont affirmé à l’APS que l’abattage illégal des brebis reproductrices et des agnelles est « très répandu » dans certains quartiers populaires abritant des abattoirs clandestins, un « génocide » qui pourrait être à l’origine d’un déséquilibre dans la reproduction de cette ressource animale. Cette pratique est particulièrement le fait de nombreux bouchers désireux de s’assurer des gains faciles, aux dépens de cette importante ressource économique. Le décret exécutif N 91-514 relatif aux animaux interdits à l’abattage concerne, entre autres, les femelles en état de gestation, notamment celles des espèces ovine, bovine, caprine, équine et cameline, les femelles bovines de race améliorée âgées de moins de 8 ans, et les femelles ovines et bovines de race locale âgées de moins de 5 ans, Une virée de l’APS aux marchés hebdomadaires de bétail de la région, dont celui d’Ain Roumia, dans la commune d’Ain Ibel (30 km au sud de Djelfa), de Hassi Bahbah et Souk Lethnine (chef-lieu de wilaya) a permis de constater que l’éleveur est « complètement étranger » à ce phénomène, impliquant en premier lieu une certaine catégorie professionnelle dédiée a l’engraissement de bétail aux fins de boucherie. Selon de fins connaisseurs de la filière ovine, les personnes activant dans l’engraissement animal possèdent des abattoirs clandestins en zones rurales, non éloignées des zones urbaines. L’emplacement est fait pour leur faciliter l’acquisition d’agnelles (femelles d’agneaux d’une année d’âge) et de brebis, expressément destinées à l’engraissement, aux fins de boucherie, en faisant fi de la législation, de la déontologie de la profession et des pertes pouvant être encourues par le cheptel local des suites de cette pratique nouvellement introduite dans le domaine. Une pratique que les éleveurs rencontrés au marché d’Ain Roumia, à l’image de Lhadj Abdelaziz, ont dénoncé avec vigueur, tout en appelant à y faire face par tous les moyens, « car il y va de la survie de cette espèce animale dans la région », selon l’expression de cet éleveur. Lhadj Abdelaziz relève que l’abattage de brebis et d’agnelles est une « véritable atteinte à une ressource animale léguée de père en fils », requérant une intervention des parties concernées pour y mettre fin. Approché à Souk Lethnine, un boucher et vendeur de bétail refusant de révéler son identité, a confié qu’acheter des brebis et des agnelles dans une fourchette entre 18.000 à 22.000 DA la tête « garantit une marge de bénéfice avantageuse au boucher qui vendra leur viande au détail », le kg étant proposé entre 1000 à 1200 DA, un prix « très abordable pour le client », a t-il assuré. Pour ce maquignon, il s’agit juste de faire marcher son commerce et gagner sa vie, car acheter un mouton de 20 kg, à plus de 25.000 DA pour ensuite vendre le kg de sa viande à 1.200 DA, « ne lui assurera pas même la restitution de son capital », a-t-il affirmé, soutenant que le phénomène « n’est pas aussi grave que l’on veut bien le faire croire ».

La wilaya en quête de moyens de sensibilisation et de répression
Pour mettre fin à ce phénomène constituant un risque pour le cheptel local, la Direction des services agricoles (DSA) de la wilaya a tenu dernièrement une rencontre avec ses cadres, pour la recherche de moyens susceptibles de prémunir du danger représenté par l’abattage clandestin.
La réunion a également examiné la mise en œuvre de procédures répressives à l’encontre des contrevenants, notamment les propriétaires d’abattoirs clandestins, a souligné Ali Fenazi, responsable de la DSA.
Parallèlement, l’inspection vétérinaire de la wilaya a initié une série de campagnes de sensibilisation en direction des éleveurs et des professionnels de la filière des viandes rouges, aux fins de les informer sur la législation en vigueur dans le domaine, et les sanctions encourues par les contrevenants à cette loi. M.Bouzouidjette Toufik, inspecteur vétérinaire principal et chargé de l’hygiène alimentaire, a particulièrement souligné l’impact négatif de cette activité illégale sur une richesse ayant sa place sur l’échiquier de l’économie nationale.
Il a aussi affirmé la mobilisation permanente des vétérinaires au niveau des abattoirs communaux et autres abattoirs privés agrées, pour veiller au respect du décret exécutif N 91-514 portant sur les animaux interdits à l’abattage aux fins de boucherie, à moins qu’il ne s’agisse d’un cas de force majeure pour lequel le vétérinaire habilité peut autoriser l’abattage, exception faite à l’Aid El-Adha, fête du sacrifice. Pour sa part, la direction du commerce de Djelfa a multiplié le contrôle.
Une sortie inopinée au niveau de l’abattoir communal a, ainsi, permis la saisie de neuf carcasses de brebis, d’un poids de 219 kg, et d’une valeur globale de plus de 230.000 DA.
Des poursuites judiciaires ont été engagées à l’encontre des contrevenants, alors que la viande saisie a été destinée à un établissement d’utilité publique, a fait savoir M.Khirani, cadre à la direction du commerce.
Le responsable a relevé que la preuve de la prolifération de cette activité illégale est le nombre des têtes ovines abattues légalement au niveau des communes qui « est nettement inferieur au volume de viande exposé à la vente sur le marché local ».