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HOMMES, JEUNES, MINEURS ET FAMILLES ENTIERES SE JETTENT DANS LA MER : Ça fuit de partout au Maroc  

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Ils ont quitté les plages marocaines avec une seule idée en tête : atteindre Ceuta, au prix parfois de leur vie. Hommes, jeunes, mineurs et familles entières se sont jetés à la mer pour tenter de rejoindre l’enclave espagnole. Quelques jours plus tard, derrière les chiffres vertigineux de cette crise migratoire, se dessine une réalité autrement plus brutale : celle d’une population qui semble ne plus croire aux promesses d’un avenir meilleur dans son propre pays.  Le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas, estime désormais qu’entre 8.000 et 11.000 migrants pourraient encore se trouver dans l’enclave et appelle Madrid à accélérer leur retour vers le Maroc via le poste-frontière de Tarajal. De son côté, l’Espagne avait évalué à près de 72.000 le nombre de personnes ayant gagné Ceuta au plus fort de la crise, tandis qu’environ 69.500 avaient regagné le Maroc.

Des corps retrouvés en mer, des survivants livrés à eux-mêmes

La traversée n’a pas seulement produit une crise migratoire ; elle a également provoqué une véritable hécatombe. Les autorités espagnoles ont fait état d’au moins 75 morts durant cet épisode, tandis que les opérations de sauvetage se poursuivaient dans les eaux séparant le Maroc de l’enclave espagnole. Dès les premiers jours de la crise, des corps avaient été retrouvés le long du littoral de Ceuta.  Dans le même temps, les images de migrants dormant dans les rues, sur les boulevards, dans les jardins publics ou aux abords des centres d’accueil ont donné à voir l’ampleur du désastre humain. Les structures d’accueil de Ceuta ont rapidement été dépassées par l’afflux, contraignant des centaines de personnes à passer leurs nuits dehors.   Le drame est d’autant plus saisissant que l’enclave compte à peine plus de 80.000 habitants. Voir des dizaines de milliers de personnes tenter d’y pénétrer en quelques jours a transformé une ville entière en espace d’urgence humanitaire.

Le paradoxe d’un pays qui célèbre pendant que sa jeunesse fuit

La crise de Ceuta a éclaté au moment même où le Maroc célébrait la Fête du Trône et les 27 ans de règne de Mohammed VI. Le discours royal, prononcé le 29 juillet, mettait notamment en avant la volonté de permettre à tous les Marocains de bénéficier de conditions de vie dignes.  Au même moment, sur les plages du nord du royaume, des milliers de Marocains tentaient de rejoindre l’Espagne à la nage. Des jeunes, mais aussi des mineurs, ont pris le risque de se confronter à des courants marins meurtriers, comme si la perspective de rester au Maroc apparaissait à certains comme une menace plus lourde encore que celle de mourir en mer.   Cette crise intervient également dans un contexte où la politique étrangère marocaine a profondément évolué, notamment depuis la normalisation des relations avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham. Le rapprochement a ouvert de nouvelles coopérations diplomatiques, économiques et sécuritaires, mais il demeure controversé au sein de la société marocaine et dans le monde arabe.

Miroir d’une crise qui dépasse les frontières

Le drame de Ceuta ne concerne donc pas uniquement l’Espagne. Il ne peut pas davantage être réduit à une simple question de contrôle des frontières.  Il concerne le Maroc, qui voit une partie de sa population prendre tous les risques pour partir. Il concerne l’Espagne, confrontée à l’arrivée massive de personnes et à l’effondrement temporaire de ses capacités d’accueil. Il concerne enfin l’Europe, qui continue de faire face à la question insoluble des migrations irrégulières.  Mais surtout, il concerne ces hommes, ces femmes et ces enfants dont certains ont disparu dans les eaux séparant deux rives pourtant si proches.  À Ceuta, la véritable frontière n’est peut-être pas celle qui sépare le Maroc de l’Espagne. Elle est celle qui sépare l’espoir du désespoir. Et lorsque des milliers de personnes préfèrent affronter la mer plutôt que de rester à terre, c’est moins leur courage qu’il faut interroger que les conditions qui les ont poussées à croire que leur avenir se trouvait ailleurs.

A. N.

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