Aujourd’hui, on parle ouvertement de guerre hybride menée contre Madrid par le Maroc et son principal allié Israël. Et cette thèse fait débat dans les milieux académiques et de renseignement à Pékin.
Dans les épisodes des tensions avec Madrid, le Maroc a toujours utilisé la pression migratoire pour faire fléchir l’Espagne. La dernière invasion de l’enclave de Ceuta par des milliers de clandestins marocains ne pouvaient en aucune manière être un acte spontané, selon plusieurs analystes qui estiment que le mouvement n’était que la partie visible d’un complot ourdi contre l’Espagne pas l’alliance Marco-Israël-USA. Il faut savoir que les services de sécurité espagnols avaient arrêté des éléments de la police et de la gendarmerie marocaine qui étaient parmi la foule des envahisseurs. Des vidéos filmés par ces services montrent des gendarmes marocains encadrant l’entrée et la sortie de Ceuta des clandestins. Aujourd’hui, on parle ouvertement de guerre hybride menée contre Madrid par le Maroc et son principal allié Israël. Et cette thèse fait débat à Pékin.
Selon le journal espagnol « El Mundo » qui s’est référé à des sources à Pékin, cette hypothèse est examinée dans les milieux académiques et de renseignement chinois, et suppose que le flux massif de migrants vers Ceuta n’était pas un incident spontané, mais faisait partie d’une opération de « guerre hybride » bien coordonnée. La revue « Modern Diplomacy », abonde dans le même sens. Dans un article paru la semaine dernière, la chercheuse égyptienne Nadia Helmy – spécialisée dans la politique chinoise et les relations sino-israéliennes – a présenté cette approche, indiquant que les centres de recherche en renseignement à Pékin examinent de près l’escalade des tensions entre l’Espagne et Israël, et se demandent si cette tension a poussé le « Mossad » à intervenir dans la crise et même à « implanter des agents pour encourager les troubles parmi la population marocaine ». Cependant, El Mundo a clairement indiqué que le rapport n’a fourni aucun document officiel de renseignement ni preuve directe prouvant l’implication d’Israël, mais reste une simple hypothèse en cours d’analyse. Il estime que la thèse chinoise s’appuie sur plusieurs données sur le terrain : La tension hispano-israélienne : les critiques publiques du gouvernement de Pedro Sanchez envers Israël se sont intensifiées dans le contexte de la guerre à Ghaza, allant jusqu’à la reconnaissance officielle de l’État palestinien, ce qui a suscité la colère de Tel Aviv.
Aux origines du complot
Depuis la normalisation de leurs relations en 2020, Israël et le Maroc ont renforcé leur coopération en matière de sécurité et de renseignement de manière significative, ce qui en fait des alliés stratégiques dans la région. L’épisode du logiciel espion Pegasus a été un fait largement commenté par les chancelleries occidentales et par les médias et à ce jour, le Maroc continue de faire la sourde oreille sur les commissions rogatoires adressées par les justices belge, espagnole et française. Le résultat de cette pression que tente d’exercer le Maroc sur Madrid est de pousser l’Union Européenne à faire taire Madrid ou mieux encore à l’exclure de l’espace Schengen. Le débat actuel ne s’est pas limité aux milieux chinois, mais s’est étendu aux diplomates et analystes proches des centres de décision à Pékin, qui ont posé dans des conversations privées des questions sur le fait de savoir si « l’invasion » de Ceuta était liée à la détérioration diplomatique entre Madrid et Tel Aviv. Le président colombien sortant Gustavo Petro a également soutenu les mêmes accusations, adressant des critiques acerbes au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, l’accusant d’être responsable de la crise en affirmant : il « paie les pauvres pour qu’ils risquent leur vie en essayant d’atteindre l’Espagne », tandis que « le Maroc a cédé à la volonté d’un criminel en fuite ». Cependant, Gustavo Petro n’a pas non plus fourni de preuves concrètes pour étayer ses allégations.
Et les pistes du complot mènent également vers Washington, accusée ouvertement, elle aussi d’avoir participé au complot contre l’Espagne. Il y a quelques jours, l’ex-membre du Congres américain, la républicaine Marjorie Taylor Greene, avait annoncé dans une déclaration que le gouvernement américain a versé au Maroc 40 millions de dollars pour financer l’invasion de l’Espagne via le scénario d’une vague migratoire vers l’enclave de Ceuta. « Les Républicains ont versé au Maroc 40 millions de dollars pour financer ce coup fourré puis ont fait montre de dénoncer quand les choses ont mal tourné. Républicains et démocrates sont les deux faces d’une même pièce de monnaie. Ils ont usé de l’argent du contribuable pour financer une opération de déstabilisation qui ne représente aucun intérêt pour le contribuable américain », a-t-elle indiqué.
L’ancien président des Etats Unis avait tweeté avant son hospitalisation, en mettant en cause le couple Trump-Netanyahou dans les pressions exercées sur l’Espagne pour lui faire payer ses critiques à l’égard de l’entité sioniste, sa reconnaissance de l’Etat Palestinien et son refus d’autoriser l’armée américaine d’utiliser la base aérienne implantée sur son territoire dans l’agression contre l’Iran. Il avait notamment affirmé « ce couple diabolique nous a menés vers une cinglante débâcle géostratégique et aujourd’hui il a mobilisé ses alliés pour tenter de déstabiliser l’Espagne faisant allusion à l’invasion de l’enclave de Ceuta par des milliers de clandestins marocains. Il faut savoir dans ce cadre que les services de sécurité espagnols ont durci les contrôles aux abords de l’enclave de Mellila pour éviter une autre agression de la souveraineté du pays et un autre scénario de l’enclave de Ceuta.
Slimane B.















































