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AVEU D’UN ANCIEN AGENT DE LA DGST MAROCAINE : L’œil espion qui traque les opposants

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ABDELATIF HAMMOUCHI, DGST MAROCAIN

De nouvelles preuves viennent confirmer que le Maroc espionne bel et bien les opposants, les hommes politiques, les journalistes, et même des personnalités politiques étrangères selon un article publié jeudi sur le site du journal français Le Monde.
Ce sont de nouvelles preuves à charge qui viennent confondre le Makhzen et prouver qu’il est bel et bien l’instigateur et le bénéficiaire de ‘l’opération d‘espionnage à grande échelle via le logiciel espion israélien Pegasus qui avait ciblé de nombreux dirigeants européens dont le président français Emmanuel Macron et le premier ministre espagnol.
Dans son article, les journalistes Damien Leloup et Martin Untersinger rapportent les révélations d’un lanceur d’alerte sur l’arsenal sécuritaire du Maroc en affirmant que : « Mouchards installés avec une clé USB, téléphones vendus avec des logiciels espions, écoutes et caméras cachées… En plus du logiciel Pegasus, le royaume marocain a constitué un puissant arsenal répressif, déployé contre des journalistes ou des cibles politiques ». Les journalistes auteurs de l’article affirment que le témoignage de ce lanceur d’alerte est édifiant et sans précédent, « venu du cœur de l’appareil sécuritaire du Maroc. Un ancien officier de la direction générale de la surveillance du territoire (DGST), le puissant service de renseignement intérieur, a décidé de témoigner des dérives de son ancien service et de la manière dont il contribue à la répression de la société civile marocaine. Ils affirment qu’ils ont gardé secrète son identité par mesure de sécurité.
« Son identité doit rester secrète. On ne peut dire ni son âge, ni le pays où il s’est réfugié, pas plus que décrire son apparence physique ou faire écouter sa voix. Les risques qu’il encourt en prenant la parole sont immenses : lorsqu’il se rend dans un café, il préfère être servi dans des récipients jetables, pour ne laisser aucune empreinte digitale. Dans leur article ils retracent comment ils ont pris attache avec lui pour faire entendre sa voix :  « Il a d’abord pris attache avec le journaliste marocain Hicham Mansouri. Après une enquête de plusieurs années, ce dernier s’est rapproché de Forbidden Stories, un média chargé de poursuivre les travaux de journalistes réduits au silence. Sur la base du témoignage de Safir, de documents inédits issus notamment de procédures judiciaires et des services marocains, ainsi que de témoignages de plusieurs autres lanceurs d’alerte, un consortium composé du Monde et de 14 autres rédactions, coordonné par Forbidden Stories et avec l’appui technique du Security Lab d’Amnesty International, détaille la manière dont l’impressionnant arsenal de surveillance du régime marocain a été mis à profit pour surveiller et faire taire ses opposants ».

Un appétit dévorant pour les technologies de surveillance
Safir donne des détails sur le mode opératoire de la DGED et les services secrets du royaume.  « Ce qui frappe dans son témoignage c’est l’appétit dévorant de l’appareil sécuritaire marocain pour les technologies de surveillance. Le joyau de cet arsenal, c’est bien sûr le logiciel Pegasus. Après les révélations du Monde et de ses partenaires du « Projet Pegasus », en 2021, sur l’utilisation par le royaume du Makhzen de cet outil ultrasophistiqué de piratage des téléphones, Rabat s’était muré dans le déni. Pourtant, Safir le confirme : le Maroc est bien un client de l’entreprise israélienne NSO Group, qui a développé le logiciel espion ». Une affirmation qui doit être mise à profit pour relancer les enquêtes ouvertes en France, en Espagne et même en Belgique et mises sous l’éteignoir pour des considérations peut être politiques.  Safir affirme qu’à cette époque, « pour infecter le téléphone d’une cible, il faut arriver à convaincre cette dernière de cliquer sur un lien piégé. Cela tombe bien, le service est inclus dans le logiciel.  La solution offre des outils pour composer des messages ciblés mais anodins ». C’est crucial car la crédibilité du contenu a une grande influence sur la probabilité que la cible clique sur le lien, précise un document interne de NSO Group, récemment rendu public dans le cadre d’une procédure judiciaire aux États-Unis. C’est ainsi que l’avocat Abdessadak El Bouchattaoui a reçu d’alléchantes fausses annonces immobilières, et Maâti Monjib, défenseur des droits humains de premier plan, une offre commerciale d’une salle de sport difficile à refuser. Tous les liens présents dans les messages étaient piégés par Pegasus.
Les révélations de Safir sont édifiantes et sont autant de preuves à charge pour le limier qui voudrait s’y intéresser.  « À la fin des années 2010, les commerciaux de NSO Group ont une bonne nouvelle à annoncer à leur client marocain : les techniciens de l’entreprise israélienne ont découvert un nouveau moyen de pirater les téléphones qui ne nécessite plus d’action de la part de la victime. Des salariés de NSO Group font le déplacement pour former les agents de la DGST. Ils nous ont montré une attaque où ils faisaient un appel anonyme et cinq secondes plus tard, le téléphone était infecté », se remémore Safir. Selon des documents internes de NSO Group, l’entreprise met alors à disposition de ses clients une technique de pointe, appelée Heaven, permettant d’installer Pegasus sur les téléphones des cibles en utilisant une faille dans la messagerie WhatsApp. Comme l’avait documenté Amnesty International en 2020, et comme le confirme Safir, la DGST peut par ailleurs intercepter la navigation de ses cibles sur Internet, à l’aide d’équipements spéciaux installés sur le réseau téléphonique, et installer Pegasus sur les téléphones de ses cibles sans action de leur part. Selon le lanceur d’alerte, l’opérateur Maroc Telecom – qui n’a pas répondu à nos questions – désactive même dans certains cas discrètement les plafonds de consommation des données des victimes à la demande de la DGST, pour que l’exfiltration des nombreuses informations du téléphone soit totalement indolore ».

« Le Maroc est un des principaux clients du logiciel espion RCS, de l’entreprise italienne Hacking Team » 
Le lanceur d’alerte poursuit en affirmant que « tout s’arrête en 2021, lorsque Le Monde et ses partenaires publient le « Projet Pegasus », exposant l’utilisation par le Maroc de ce logiciel espion. Les réunions s’enchaînent au sein de la DGST. Fouad Ali El-Himma, le conseiller du roi Mohammed VI qui supervise les écoutes, est furieux. Aucune utilisation de Pegasus par le pays n’est détectée après l’automne 2021, indice d’un possible arrêt du contrat par NSO Group, dans un contexte où le gouvernement israélien a durci les conditions d’exportation de ce puissant outil ». Contactés, ni la société, ni le Maroc n’ont donné suite aux sollicitations du Monde et de ses partenaires, affirment les journalistes. Pegasus n’est toutefois utilisé qu’en dernier recours, d’après Safir, lorsque tout le reste de l’outillage technologique à disposition du service a échoué. Or son arsenal est extrêmement fourni. Dès 2009, et selon des e-mails rendus publics par un pirate en 2015, le Maroc est un des principaux clients du logiciel espion RCS, de l’entreprise italienne Hacking Team. Le service de renseignement intérieur marocain en faisait une utilisation industrielle : il disposait d’une licence lui permettant d’infecter jusqu’à 2 000 appareils, ordinateurs comme mobiles. Des années avant Pegasus, RCS proposait toute la panoplie du logiciel espion, capable de récupérer la localisation, les photos ou d’activer le micro à distance. De nouveaux documents issus des services marocains montrent que RCS pouvait être installé très facilement sur les ordinateurs au moyen d’une clé USB. Safir confesse l’avoir fait à de nombreuses reprises lorsque ses cibles étaient en transit dans un aéroport : « On confisque un téléphone, on l’infecte et on le rend. Tout est fait en trente minutes environ. La police aux frontières invente une excuse pour faire attendre la personne et lui prendre son téléphone. » Plus étonnant encore, ces documents et le témoignage de Safir montrent que la DGST a installé le logiciel espion sur les ordinateurs de cybercafés notoirement utilisés par des militants lors des manifestations du Hirak de 2016 et 2017, souligne Le Monde. Victime d’une fuite de données dévastatrice en 2015, Hacking Team a tout de même poursuivi son activité avant d’être rachetée et renommée Memento Labs, et ses outils auraient été utilisés par le Maroc jusqu’en 2024. Selon Safir, la DGST a également eu recours à un logiciel espion conçu en interne pour les smartphones sous Android, en particulier pour viser les activistes militant pour l’indépendance du Sahara occidental. Au-delà des téléphones mobiles, Safir lève le voile sur l’attirail technologique complet à disposition des forces de sécurité intérieures marocaines. Il y a bien sûr les IMSI catchers, des appareils simulant de fausses antennes relais capables d’intercepter les communications mobiles, particulièrement utilisés contre les manifestants du Rif. Il y a aussi NightHawk, un logiciel commercialisé par l’entreprise israélienne Interionet, capable, selon Safir, de prendre le contrôle de n’importe quelle caméra de vidéosurveillance. Parfois, la DGST n’a même pas besoin de recourir au moindre outil technique. Selon le lanceur d’alerte, l’intégralité des communications téléphoniques dans le pays est conservée pendant deux ans. « On peut rechercher n’importe quoi, n’importe quand », affirme-t-il. « Il y a des lois, mais elles ne s’appliquent pas. Personne ne les respecte. Ils s’en fichent des autorisations judiciaires, des mandats », soupire l’ancien technicien du renseignement.

Les opposants et les militants sahraouis, les plus ciblés 
Le Monde cite la panoplie de moyens utilisés par la DGED et la DGST. «  Et puis il y a les bonnes vieilles méthodes. Comme les micros et les caméras cachées, particulièrement efficaces contre ceux  qui ne passent aucun appel téléphonique , selon les mots de Safir. Lorsque des vidéos intimes de Fouad Abdelmoumni et de sa fiancée commencent à circuler sous le manteau en 2020, ce défenseur des droits de l’homme n’a aucun doute : elles ont été prises par une caméra dissimulée dans une climatisation. Lorsqu’il l’inspecte pour retrouver le mouchard, il fait chou blanc. Safir confirme toutefois que le procédé a bien été utilisé contre Fouad Abdelmoumni – par ailleurs victime de Pegasus – et que la procédure veut que la caméra soit immédiatement retirée une fois les images censées être compromettantes récupérées. « Nous ne laissons aucune trace », dit Safir. Toute cette surveillance ne vise pas à demeurer dans les dossiers secrets de la DGST : de nombreux défenseurs des droits humains retrouvent des extraits de leurs correspondances privées dans la « presse de diffamation », ainsi que sont surnommés les médias marocains qui servent de caisse de résonance au régime et peuvent mener de violentes campagnes de dénigrement. Safir résume bien cette proximité symbiotique. Au sujet de ChoufTV, l’un de ces médias, il déclare : « Nous filmons les vidéos, prenons des photos et on les leur passe. Ils font partie de la DGST. » Un cas en particulier symbolise l’acharnement des autorités marocaines en matière de surveillance : celui du journaliste Omar Radi, l’un des opposants à la monarchie les plus actifs. Il a été placé sous surveillance continue depuis 2017 jusqu’à son arrestation pour espionnage, viol et agression sexuelle. Condamné en juillet 2021 dans un procès entaché d’irrégularités, il a ensuite bénéficié d’une grâce royale en juillet 2024.
Omar Radi est l’une des premières victimes confirmées de Pegasus au Maroc. Mais, selon le témoignage de Safir, toute la panoplie de la surveillance marocaine a été utilisée contre lui, des IMSI catchers aux caméras cachées, en passant par la surveillance physique. Des caméras miniaturisées, de la taille d’une lentille de contact, ont été installées dans les luminaires de son domicile. La moindre de ses conversations minutieusement retranscrites. Même ses proches et sa famille ont été écoutés et suivis par les services marocains. Lorsqu’il retrouvait des camarades ou des sources dans des cafés, la DGST s’arrangeait, avec la complicité des tenanciers, pour placer des micros sous les tables. Pendant des années, Omar Radi a subi les foudres de la presse proche du pouvoir et des vagues de dénigrement sur les réseaux sociaux. A la suite d’un signalement effectué par Amnesty International, constatant une avalanche de commentaires sous ses publications consacrées au journaliste, Facebook a annoncé en 2021 avoir désactivé une série de faux comptes. Safir affirme avoir vu de ses yeux l’existence d’une cellule de plusieurs dizaines de personnes au sein de la DGST chargée d’inonder les réseaux sociaux et la presse en ligne de commentaires soutenant le régime et défavorables aux opposants. C’est une véritable bombe que vient de dégoupiller le journal le Monde. La balle est maintenant dans le camp de la justice européenne et dans celui des hommes politiques européens espionnés et qui sont restés de marbre pour des considérations qui restent obscures. Le Maroc est bel et bien le pays où l’espionnage avec l’utilisation des moyens les plus sales est un sport national. La nuée de mouches électroniques qu’il mobilise pour des campagnes contre l’Algérie et contre les opposants ne sont qu’une infirme partie de son sale arsenal et aujourd’hui les masques sont tombés et ses partenaires européens se doivent de réagir.
Slimane B.     

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