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LE CENTRE PALESTINIEN D’ÉTUDES POLITIQUES : « Les 1 000 jours qui ont tué l’humanité à Ghaza »  

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À l’approche du millième jour de la guerre contre la bande de Ghaza, le Centre palestinien d’études politiques a publié, jeudi, une étude analytique intitulée « Mille jours de guerre contre Ghaza : transformations du génocide et reconfiguration de la réalité palestinienne et de l’ordre international », qui examine les profondes conséquences humaines, politiques, juridiques et géopolitiques du conflit déclenché le 7 octobre 2023.

Selon les auteurs, cette étude marque le passage d’une simple documentation des pertes à une analyse approfondie des répercussions durables de la guerre sur la société palestinienne, la cause palestinienne ainsi que sur le droit international et les institutions de l’ordre mondial. L’étude conclut que la guerre ne constitue plus uniquement un affrontement militaire prolongé, mais un événement historique ayant profondément remodelé la réalité palestinienne. Ses effets touchent aussi bien la population que le tissu social, les institutions politiques et les perspectives d’avenir, tout en ravivant les interrogations sur la capacité de la justice internationale à protéger les civils et à faire respecter le droit international humanitaire. Le rapport met en lumière l’ampleur des destructions subies par la bande de Ghaza, où les bombardements ont provoqué un lourd bilan humain, le déplacement de la majorité de la population et la destruction massive des habitations, des infrastructures, des hôpitaux, des écoles, des universités ainsi que des réseaux d’eau et d’électricité. Il souligne également l’effondrement des indicateurs de sécurité alimentaire, sanitaire et des conditions de vie. Les chercheurs estiment que la guerre a profondément transformé la société palestinienne en imposant la survie comme priorité absolue, en aggravant les conséquences des déplacements forcés et en accentuant la fracture entre la Cisjordanie et la bande de Ghaza, tandis que les structures institutionnelles traditionnelles peinent à répondre à l’ampleur de la crise humanitaire.

L’ordre international bafoué 

L’étude souligne également que le conflit a modifié l’environnement politique entourant la question palestinienne, révélant un écart croissant entre les positions officielles et les opinions publiques dans plusieurs pays, parallèlement à un regain de visibilité internationale de la cause palestinienne. Elle relève toutefois que les divisions persistantes entre les grandes puissances et les critiques grandissantes concernant le « deux poids, deux mesures » dans l’application du droit international continuent d’entraver une réponse internationale cohérente. Le document consacre un chapitre à l’évaluation du système international, estimant que la guerre représente un test inédit pour les mécanismes de sécurité collective et les institutions internationales, dont la capacité à mettre fin au conflit ou à assurer une protection efficace des civils demeure limitée, malgré les procédures engagées devant la Cour internationale de Justice et la Cour pénale internationale. Par ailleurs, l’étude observe une évolution notable de l’opinion publique mondiale, marquée par un regain d’intérêt pour la cause palestinienne, une intensification des mobilisations populaires et étudiantes, ainsi qu’une couverture médiatique et un engagement accru des organisations de défense des droits humains. Elle relève également que plusieurs pays occidentaux connaissent des débats croissants autour de la liberté d’expression liée à la question palestinienne. Pour les mois à venir, les chercheurs envisagent trois scénarios : la poursuite d’une guerre de basse intensité, la consolidation d’un cessez-le-feu fragile ou l’ouverture d’une nouvelle phase politique et administrative concernant l’avenir de Ghaza et de la cause palestinienne. Ils estiment toutefois que l’issue dépendra essentiellement des équilibres régionaux et internationaux. L’étude recommande enfin de renforcer le consensus national palestinien, d’améliorer les actions diplomatiques et juridiques, d’unifier les efforts de documentation des crimes, de développer un discours médiatique professionnel et d’investir davantage dans la recherche scientifique afin de consolider la présence du récit palestinien sur la scène internationale.

Plus de 80 % des habitants ont perdu leur logement

Dans le même contexte, le vice-ministre palestinien du Développement social à Ghaza, Riyad Al-Bitar, a dressé un tableau alarmant de la situation humanitaire dans l’enclave, évoquant une crise de relèvement sans précédent. Lors d’une conférence de presse organisée au siège du ministère dans la ville de Ghaza, il a indiqué que plus de 80 % des habitants de la bande de Ghaza ont perdu leur logement depuis le début de la guerre. Celle-ci a également laissé derrière elle plus de 75 000 orphelins ayant perdu un ou leurs deux parents, plus de 68 000 survivants isolés, mineurs et adultes confondus, ainsi que 45 000 veuves, dont 28 000 le sont devenues au cours de la guerre. Selon lui, près d’un million de Palestiniens, soit environ la moitié de la population de Ghaza, vivent actuellement dans des centres de déplacement, tandis que l’autre moitié survit hors des structures officielles d’accueil. À peine 10 % des habitants résident encore dans des logements endommagés, qui ne garantissent toutefois aucune sécurité minimale.

Une aide humanitaire largement insuffisante

Le responsable palestinien a également dénoncé l’insuffisance de l’aide humanitaire acheminée vers Ghaza. Il a précisé que 120 à 150 camions seulement entrent quotidiennement dans l’enclave depuis le début de la trêve, un volume très inférieur aux besoins réels de la population, qu’il attribue à une politique entravant l’accès de l’aide. S’appuyant sur les données du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), il a indiqué que le financement international destiné à Ghaza ne couvre qu’environ 25 % des besoins estimés, entraînant une réduction drastique des programmes de secours. Les cuisines communautaires ne distribuent plus qu’environ 300 000 repas par jour, alors que les besoins sont évalués à près d’un million de repas quotidiens. Il a ajouté que près de 75 % des financements nécessaires au relèvement n’ont toujours pas été débloqués, empêchant les organisations humanitaires de reprendre pleinement leurs activités.

Des obstacles persistants à l’action humanitaire

Riyad Al-Bitar a accusé l’occupation sioniste de maintenir un contrôle strict sur les activités des organisations humanitaires à travers l’administration civile, en imposant des procédures et des conditions qui compliquent leur travail et en cherchant à subordonner l’action humanitaire à des considérations sécuritaires et militaires. Il a également souligné que les services sociaux, éducatifs et sanitaires demeurent soit totalement interrompus, soit réduits à leur strict minimum, en raison de la poursuite de la guerre, de la destruction des infrastructures, de la flambée des prix, de la paralysie économique et des retards dans le versement des salaires d’une grande partie des fonctionnaires. Le responsable a enfin mis en garde contre les difficultés liées aux restrictions bancaires, aux contraintes imposées à certains programmes financés par les bailleurs internationaux et aux obstacles administratifs, qui compliquent la mise en œuvre des opérations humanitaires et nuisent à une distribution équitable de l’aide. Il a appelé à une meilleure coordination entre les acteurs humanitaires et les associations caritatives autour du plan du ministère du Développement social, tout en soulignant que ce dernier s’appuie désormais sur un système national unifié connecté au registre d’état civil, permettant une mise à jour continue des données des citoyens afin d’assurer une distribution plus juste et plus efficace des aides.

M. Seghilani

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