Accueil LA CHRONIQUE DU JEUDI Un reporter dans la foule : Robert boulin et « l’Algérie française »

Un reporter dans la foule : Robert boulin et « l’Algérie française »

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Des lecteurs pourraient se demander pourquoi ce choix de sujet ? En quoi une affaire franco-française peut-elle nous intéresser ? Réponse au fil de la lecture ! Qui est Robert Boulin ? C’est une personnalité politique française qui a été chargé de différents portefeuilles ministériels. Il a été retrouvé mort dans un étang en France. La justice avait conclu à un suicide. Pourtant sa famille et ses avocats, dont le célèbre Jacques Vergès, ont réfuté ce jugement et n’ont eu de cesse de réclamer une réouverture du dossier pour assassinat ? Lundi dernier, 47 ans après les faits, le tribunal de Nanterre vient d’accéder à leur demande. « Le Pôle National des Crimes non Élucidés (PCSNE) vient de désigner trois juges d’instruction chargés de faire la lumière sur le décès de l’homme politique » rapportent quelques médias français. Pour l’avocat de la famille Boulin « C’est une affaire d’État de la Ve République. On ne comprend pas pourquoi les archives sont encore classifiées, pourquoi on ne peut pas avoir accès à ce que les services secrets ont écrit sur l’affaire. Pourquoi on ne peut pas avoir accès à ce que la CIA a écrit sur l’affaire ? La CIA qui a rédigé un rapport qui avait fait aviser qu’un contrat existait sur sa tête ». 47 ans après les faits effectivement. Le corps de Robert Boulin a été découvert dans un étang le 31 octobre 1979. L’enquête qui a été menée est truffée d’indices cachés, de déclarations contradictoires, d’anomalies flagrantes, etc. Un dossier que même un magistrat stagiaire aurait pu mieux gérer. L’entêtement de la famille du ministre et notamment celui de sa fille a fini par payer. Bien que la réouverture du dossier soit très récente, on peut d’ores et déjà poser des questions et ouvrir des pistes que les médias français se gardent bien de faire. Non point par incompétence, mais par « le politiquement correct » qui paralyse la justice et autres institutions françaises. Si les enquêteurs français se focalisent sur les aspects techniques comme « les souliers propres » d’une victime censés avoir séjourné dans le fond vaseux d’un étang. Ou les blessures au visage. Et autres indices qui écartent la thèse du suicide. Il y a des raisons politiques « classifiées » pourraient-on dire et qui sont simplement chuchotées dans l’hexagone. Parmi celles-ci se trouve une fonction de Robert Boulin complétement zappée dans les différents CV établis par les médias français. En effet Robert Boulin a été le premier secrétaire d’État aux rapatriés du 24 août 1961 au 11 septembre 1962. C’est lui qui a fait face à l’afflux massif des français, poussés par l’OAS, qui ont quitté l’Algérie à l’approche de l’indépendance. L’histoire garde précieusement sa déclaration du 30 mai 1962 identifiant les Français d’Algérie revenant en France à des « vacanciers « et non pas à de véritables « rapatriés ». Une affirmation forgée à l’épreuve de l’accueil de cette communauté dont il était chargé. Une affirmation qui pesait plus lourd devant le contexte de l’époque. Ceci d’une part. D’autre part, le « service d’action civique » (SAC) qui est une milice créée en 1960 et dissoute par le président Mitterrand en 1981 a été citée plusieurs fois dans l’affaire Boulin. Une milice qui active en « police parallèle » qui a été souvent impliquée dans des violences électorales notamment. Enfin, il y a ce rapport de la CIA qui a révélé, quelques semaines avant sa mort en octobre 1979, l’existence d’un « contrat » sur la tête de Boulin. Sans oublier les instructions du ministre à sa fille « au cas où il lui arriverait quelque chose ». Récapitulons : fin de la guerre d’Algérie, rapatriés reçus sans « douceur » en France par Boulin, anomalies qui émaillent l’enquête et maintenant cette reprise du dossier par la justice 47 après les faits, confirment que le « suicide » de Boulin n’en est pas un. Le fait positif se trouve dans la volonté exprimée par ce « sursaut » de l’État français et de sa justice en ayant décidé de « nettoyer les écuries d’Augias». La France a dans ses placards, beaucoup de dossiers de ce genre !
Zouhir Mebarki
zoume600@gmail.com

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