Rentrée scolaire, Aïd el-adha : c’est encore la saignée

La fin des vacances s’approche à grands pas. Les familles algériennes, dans leur majorité, commencent à rentrer chez elles et les baigneurs, bien que toujours nombreux sur les plages, songent, d’ores et déjà, aux tracasseries d’une rentrée qui pointe son nez.

Le compte à rebours a donc commencé. Le dimanche 4 septembre sera la reprise officielle des établissements scolaires. Il reste donc moins d’une semaine aux parents pour se dépêtrer du traditionnel casse-tête de la chasse aux fournitures scolaires. Hélas, durant les dernières années, la période juin-septembre s’est avérée très difficile pour les familles algériennes, essentiellement celles aux revenus moyens et modestes… les dépenses se succèdent durant l’été ne faisant qu’appauvrir les démunis. De ce fait, la situation financière des ménages est soumise à de fortes pressions à la veille de la rentrée scolaire, plombée par la succession de plusieurs événements et fêtes (Ramadhan, Aïd El-Fitr et vacances d’été), qui nécessitent une mobilisation plus accrue de fonds. Bien évidemment, il ne faut pas oublier que la rentrée scolaire 2016/2017 coïncide cette année encore avec l’Aïd El Adha. Autant d’occasions qui pèsent lourd sur le portefeuille du simple consommateur. Mais avant ces deux événements budgétivores, les familles algériennes auront été lessivées par un mois de Ramadhan coûteux. Ainsi, préparer la rentrée scolaire de leur enfants est un événement, que les ménages planifient pendant toute l’année. Entre fournitures scolaires et habillement, un budget conséquent y est consacré, chaque année, par les parents. à telle enseigne que l’appareil de solidarité de l’état se déclenche et vole au secours de milliers de familles.
Mais cette année, les choses risquent d’être un peu plus compliquées. Après quelques semaines de la rentrée des classes, les pères de familles seront appelés à affronter un autre événement et pas des moindres, à savoir l’Aïd El Adha.
Austérité oblige, les ménages ont appris à gérer la situation, chacun à sa manière. D’ailleurs, certains n’hésitent pas à faire des achats prématurés pour éviter les flambées de dernière minute, d’autres recourent aux marchés informels ou se rabattent sur les produits de qualité inférieure.
Dans tous les cas de figure, il est évident que pour les familles algériennes «tout est permis pour faire face aux dépenses, tout en évitant de se ruiner». Une virée à Alger s’est imposée pour constater de visu la réalité du terrain ainsi que les prix des articles scolaires qui ne cessent d’augmenter. Un père de famille rencontré au niveau d’Alger centre nous confiera qu’il a du « mal à subvenir aux besoins de ses deux enfants ». Tout en affirmant que les prix sont exorbitants, il nous a souligné que son portefeuille n’arrive plus à faire face à ces multiples dépenses, même si cette année, il n’a pas eu les moyens de se payer des vacances.
Le changement du comportement des citoyens se fait d’ailleurs remarquer ces derniers jours. Contrairement aux autres journées de ce mois d’août chaud et humide, les rues de la capitale ont connu une affluence inhabituelle. Les magasins de vente de vêtements et ceux proposant des fournitures scolaires sont inondés de monde. Les prix ne sont pas pour rassurer les parents. «Les enfants sont de plus en plus exigeants. Souvent il faut les remettre à l’ordre, la vie est chère», nous dira Amel une mère de famille rencontrée dans un magasin de vêtements à Belcourt.
La plupart des familles, nous dira le propriétaire du magasin, préfèrent acheter dans les bazars anarchiques, afin de faire quelques économies. «La qualité compte peu pour la plupart des ménages. Le plus important étant de faire face au plus urgent et doter les enfants du minimum pour la rentrée scolaire». Mais avec un cartable de qualité au prix de 9000 DA, tel qu’il le vendait on se demande si les familles algériennes ont vraiment la capacité de s’offrir le luxe.
Cependant, notre interlocuteur ajoute que «les prix proposés dans les magasins réguliers sont loin d’être exagérés.
Il y en a pour tous les prix», signale-t-il. Le même scénario est à relever dans une autre boutique spécialisée dans la commercialisation de fournitures scolaires. Enfants, hommes et femmes se bousculent avant même que la liste ne leur soit remise par les enseignants. «Je connais par cœur ce qu’il faut acheter, j’ai quatre enfants déjà scolarisés.
J’achète chaque année», nous dira une mère de famille. Selon elle, «chaque enfant lui coûte pas moins de 5000 DA sans compter les vêtements».

L’informel à la rescousse
Les parents aux bourses faibles et moyennes n’hésitent pas à s’approvisionner surtout auprès des commerçants de l’informel qui proposent, selon eux, leurs marchandises à des prix abordables. Selon certains parents rencontrés, les prix ont remarquablement augmenté cette année, les cartables qui étaient vendus entre 1.800 et 2.200 DA l’unité ont vu leurs prix grimper. Un simple sac à dos de fabrication chinoise est entre 2.500 et 3.500 DA. Ceux importés de Turquie et de France atteignent les 5.000 à 8.000 DA, voire plus. Il y a la basse gamme provenant notamment de Chine mais qui est demandée pour son design et ses couleurs attirantes pour les enfants et il y a la qualité supérieure, notamment en provenance d’Europe, surtout centrale, mais à des prix relativement plus chers. Selon un vendeur, la demande est plus importante pour les produits asiatiques, dont les prix restent difficiles à concurrencer même par une timide production locale, mais de meilleure qualité. Le seul produit qui demeure local est le cahier et ceci s’explique par toutes les mesures incitatives de l’État en direction des fabricants nationaux.

La friperie au secours des petites bourses
Côté vêtements, le budget pèse bien plus lourdement. Afin d’y remédier, des parents pressent le pas vers les magasins de friperie pour «dénicher» quelques vêtements en bon état. «C’est comme si que les vendeurs font exprès d’augmenter les prix de tous les produits. Tout est cher. On ne peut pas se permettre le luxe d’offrir à chacun de nous une tenue complète», nous confie Samia, la quarantaine, à la recherche de liquettes plus ou moins neuves. «Trop de dépenses; le Ramadhan, l’Aïd El Fitr, les vacances, les fournitures scolaires…et bientôt l’Aïd El Adha. Nos budgets, limités, sont mis à rude épreuve. à chacun de nous de se débrouiller comme il peut pour une meilleure gestion de ce qui nous reste d’argent» dit un père de famille, lui aussi se trouvant dans un magasin de friperie à la recherche de vêtements pour lui et ses enfants. «Non, ce n’est pas uniquement pour moi, mais aussi pour mes enfants. Je viens souvent dans ce magasin. Très souvent, je trouve des choses intéressantes et à bas prix. Ça ne me gêne nullement de faire mes achats ici», signale-t-il. «À-t-on vraiment le choix? Un jean pour enfant à 3 000 DA, des chaussures à 2000 DA, un pull à 1 800 DA …combien cela me reviendrait pour quatre enfants, moi qui ne perçois que 30 000 DA par mois ? », Regrette-t-il, tout en affirmant que si il pouvait se payer des vêtements neufs il ne serait pas ici.
Lamia Boufassa