TEBBOUNE -FAYEZ AL-SARRAJ

RÈGLEMENT DE LA CRISE LIBYENNE : L’Algérie reprend la main

Le président du Conseil présidentiel du Gouvernement d’union nationale (GNA) libyen, Fayez Al-Sarraj, est arrivé, hier, à Alger, pour une visite officielle d’une journée. La deuxième pour l’homme politique libyen, après celle de janvier dernier précédant la tenue de la Conférence de Berlin. Reçu au palais d’El-Mouradia par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le responsable libyen a été accueilli à son arrivée à l’Aéroport international Houari Boumediène, par le Premier ministre Abdelaziz Djerrad, le MAE, Sabri Boukkadoum et son collègue de l’Intérieur Kamel Beldjoud.

Le déplacement à Alger de Fayez Al-Sarraj s’inscrit dans le sillage de l’intense activité diplomatique régionale et internationale allant dans le sens du règlement politique de la crise libyenne, suite, notamment, au basculement des rapports de forces sur le terrain en faveur du GNA, après le soutien que lui apporte la Turquie. La visite de l’homme politique libyen Al-Serraj intervient, faut-il le noter, moins de dix jours après les déclarations tenues le 14 juin dernier, par président Tebboune sur la crise libyenne. En effet, lors de sa rencontre avec la presse nationale, le chef de l’État a insisté sur l’incontournable retour des acteurs libyens à la table de dialogue politique. Quelques jours avant Al-Serraj, soit le 14 juin dernier, président du Parlement libyen Aguila Saleh a été reçu en Algérie dans le même cadre.
L’engagement d’Alger dans la résolution de la crise libyenne, à travers ses efforts et ses appels incessants pour que cesse les combats entre libyens en vue de l’entame d’un processus politique à l’abri des interférences et ingérences étrangères, a été réaffirmé pour la énième fois par le président de la République, à l’occasion de cette rencontre. Rappelant que le rôle de l’Algérie en direction de la scène libyenne est « sain», le président Tebboune avait affirmé à cette occasion, que notre pays est soucieux de voir notre voisin de l’Est sortir du dialogue des armes et de la situation chaotique, d’abord pour le peuple libyen et pour éviter à la région de s’enliser par les conséquences de l’agenda du chaos dans ce pays. « On veut aussi protéger nos frontières. Je l’ai dit en toute franchise. Ce qui se passe en Syrie est en train de se concrétiser en Libye. Et si ça ne s’arrête pas, c’est la somalisation  de la Libye », a averti le président Tebboune.
Reçu, hier, par le locataire d’El-Mouradia,  le président du Conseil présidentiel libyen du GNA, était accompagné d’une délégation importante. Al-Serraj a exprimé  ses remerciements quant aux efforts consentis par notre pays visant la relance du dialogue entre Libyens en vue de dégager la solution politique à cette crise qui sévit depuis 2011. Une solution «basée sur le respect de la volonté du peuple libyen, garantie son intégrité territoriale et sa souveraineté nationale » à l’abri de toute intervention étrangère de nature militaire ou par les interférences et les ingérences nourrissant les tensions et les divergences entre Libyens.

Alger gagne le pari de la confiance
La veille de l’arrivée de Fayez Al-Serraj à Alger, le MAE italien, Luigi Di Maio, de visite à Ankara, a souligné que tous les belligérants en Libye « devraient respecter l’embargo sur les armes et ne pas déployer de mercenaires », déclarant que les Nations unies « devrait nommer un envoyé pour la Libye dès que possible », lors de la conférence de presse animée conjointement avec son homologue turc, Mevlut Cavusoglu. Le chef de la diplomatie turque, lui, et avant la rencontre avec son homologue italien, avait effectué mercredi, une visite surprise à la capitale libyenne, Tripoli, siège du GNA, dont Ankara est son principal allié militaire et politique dans le conflit libyen, dont d’autres acteurs sont soutenus par d’autres pays étrangers, dont la France.
Après le nouveau rapport de force établi sur le terrain libyen, au lendemain de la défaite du général à la retraite Khalifa Haftar dans son offensive de prise de contrôle sur Tripoli, Ankara et Rome ont exprimé leur volonté à promouvoir les efforts visant à maintenir la paix en Libye en vue de la reprise du processus politique dans ce pays, dont le peuple vit sous les bombardements assourdissants et meurtriers depuis 2011, suite à l’effondrement des institutions du voisin de l’Est à cause de l’intervention de l’Otan.
Il est aussi à noter que la visite d’Al-Serraj à Alger intervient au lendemain de l’annonce du bureau de la Ligue des États arabes de son acceptation de la demande de l’Egypte appelant à la tenue, au courant de cette semaine d’une réunion des MAE des pays arabes sur la Libye, que Tripoli refuse. Le chef de la diplomatie libyenne, Mohamed Tahara Siala, a exprimé, en effet, le refus du GNA de tenir la réunion de la LEA ainsi que le rejet de l’invitation égyptienne appelant à cette rencontre. Un refus exprimé lors d’une conversation téléphonique qu’il a eue avec le responsable des AE du Sultanat d’Oman, président du Conseil exécutif des ministres arabes des AE.
Dans sa position de neutralité en direction de son voisin de l’Est, Alger a réussi, non seulement à gagner la confiance d’acteurs libyens, mais aussi à gagner en crédibilité, au moment où les décantations sur la scène libyenne révèlent au grand jour le jeu d’acteurs étrangers soucieux de fortifier leurs positions et de préserver leurs intérêts. Ceci en opposition totale avec l’intérêt suprême du peuple libyen, souffrant du chaos dans lequel il a été plongé depuis 2011. Hier, Alger a exprimé le souhait de voir le dialogue politique inter-libyen prendre forme, loin de toute ingérence étrangère, pour permettre au peuple libyen de dégager les solutions et les réponses à une crise qui n’a que trop duré. Et pour cause, les jeux d’intérêts et les tensions entre les acteurs étrangers à la région, dont les membres de l’Otan.
Karima Bennour