Pétrole et yerrorisme au menu de la visite de Sergueï Lavrov en Algérie : Alger et Moscou pour accorder leurs violons

Annoncée depuis quelques jours, la visite dans notre pays du chef de la diplomatie russe a valu, surtout, par la conjoncture régionale et internationale dans laquelle elle s’est déroulée. Une conjoncture marquée, sur le plan économique, par la persistance, sur les marchés internationaux, de la faiblesse des prix du pétrole et, sur celui politique, par la poursuite des situations conflictuelles que connaissent nombre de pays de l’aire arabo-sahélienne.
Deux thèmes qui intéressent au plus haut point les deux pays. Pour des raisons quasi similaires : la baisse des prix du pétrole affectant sérieusement leurs économies respectives et les situations conflictuelles susmentionnées et, leur corollaire, la montée du terrorisme, menaçant, tout aussi sérieusement, leur sécurité interne. Si cette identité des « dangers » qui les menacent explique dans une certaine mesure la visite de Sergueï Lavrov dans notre pays, elle ne l’explique pas, en revanche, totalement. Pour nombre d’observateurs, en effet, un autre facteur la motive. Qui réside dans la vision commune et constante, parce que de principe, qu’ils ont de la meilleure manière de résoudre les problèmes affectant les relations internationales ; dont ceux précités. A savoir, d’un côté, la concertation et le dialogue entre les pays subissant un problème commun, ou, quand il s’agit de conflit ou de crise interne, entre les parties protagonistes, et, de l’autre, le strict respect du cadre onusien pour toute intervention, dans un pays quelconque, motivée par la lutte contre le terrorisme. Des données qui indiquent clairement que Sergueï Lavrov n’a pas fait le déplacement à Alger pour seulement s’entretenir avec Ramtane Lamamra des grands évènements qui font présentement l’actualité internationale. Mais qu’il l’a fait dans le dessein pratique – auquel n’est pas étranger notre ministre des Affaires étrangères qui l’a invité – de s’entendre avec lui sur une action coordonnée efficiente d’opposition aux desseins occidentaux visant à imposer au monde leurs « solutions » aux crises et conflits dans lesquels sont embourbés, depuis plusieurs années maintenant, nombre de pays de l’aire géo-civilisationnelle précitée ; des crises et conflits à l’émergence desquels, faut-il le rappeler, ils ne sont nullement étrangers. Parmi lesquels, celle qui sévit chez notre voisin du Sud-est et qui, de ce fait, ne peut qu’intéresser, dans le sens où sa persistance le préoccupe fortement, notre pays. Surtout que, depuis quelques temps, les indices d’une intervention militaire occidentale, au prétexte fallacieux d’y combattre la « poussée daâchiste », s’y font chaque jour plus probants.
Une perspective à laquelle ni l’Algérie, ni la Russie ne consentent : pour l’irréversible chaos qu’engendrera immanquablement une telle intervention en Libye – l’Afghanistan et l’Irak sont là pour convaincre les sceptiques -, pour le risque de division de ce pays qui naîtra de ce chaos, pour le renforcement du terrorisme qu’une telle intervention entraînera dans toute la région et les réelles menaces, non pas de déstabilisation, mais de destruction des pays la composant, qu’il induira fatalement, et pour la mainmise, irrémédiable, des pays occidentaux sur les énormes richesses de la Libye et de la région, que cela supposera. Surtout que tous ces objectifs inavoués, sont, pour tous les observateurs avertis de la scène internationale, les objectifs véritables de cette intervention qui s’annonce. Qui s’inscrivent dans le dessein global de la poursuite de la domination occidentale sur le monde ; laquelle (domination) suppose deux préalables incontournables : le démembrement – malheureusement, déjà en cours – de l’aire arabo-sahélienne et la reconfiguration, dans le sens de la préservation des seuls intérêts stratégiques occidentaux, de sa carte politique, et l’affaiblissement constant de la Russie. D’où l’impératif d’une coordination plus poussée en matière de politique internationale, entre l’Algérie et la Russie. Ce à quoi répondra, sans aucun doute, la visite de Sergueï Lavrov à Alger ; une visite qui sonne, également, comme une incontestable reconnaissance du poids, chaque jour grandissant, de notre pays dans la région et du rôle positif qu’il y joue.
Rôle et poids que le ballet diplomatique que connaît notre capitale, ces derniers jours, confirme on ne peut mieux. Tout en rendant davantage irrecevable le discours d’une certaine opposition sur une faillite prochaine du pays…
Mourad Bendris