Libye

OTAGE DES JEUX D’INTÉRÊTS D’ACTEURS ÉTRANGERS / Libye : le pari difficile du retrait des forces étrangères et mercenaires

Le chef du gouvernement d’unité nationale libyenne intérimaire, Abdelhamid Dbeibah, évoquant, jeudi dernier, les raisons pour lesquelles la 3ème réunion du conseil des ministres n’a pas pu se tenir, à l’est libyen, Benghazi, il a estimé que cet échec, était dû à la présence de « ceux qui n’ont pas encore compris que nous avons une occasion historique de travailler au rassemblement des Libyens et à l’établissement d’un véritable État ». Il a souligné, lors de son discours devant les membres du cabinet ministériel, que son gouvernement a réussi, à ce jour « à unifier la plupart des institutions » en Libye » et qu’il ne reste, -a-t-il poursuivi qu’à « unifier l’institution militaire ».

Insistant sur la nécessité, voire l’urgence de l’unification de l’institution militaire, le chef de l’exécutif libyen a ajouté que cette étape une fois franchie permettra de voir  les élections générales en Libye se tenir. Déclarant en effet qu’il est impératif d’aller sur l’unification de l’armée libyenne, afin, a-t-il poursuivi «  que nous arrivions à des élections réelles et réalistes dans la meilleure atmosphère possible », le chef du gouvernement libyen a exprimé ses « vœux de succès » au Comité militaire mixte (5 + 5), au président du conseil de la présidence et à ses deux adjoints, en réunion à Syrte, déclarant que « nous espérons que (viendra) de bonnes nouvelles à cet égard ».
Alors que le porte-parole du gouvernement d’unité nationale n’a pas révélé les raisons du report de la réunion du conseil des ministres à Benghazi, des médias locaux et étrangers ont rapporté, d’une source de sécurité à l’aéroport de Benina, que les raisons sont dues « à l’empêchement de l’atterrissage de l’avion » transportant le staff gouvernemental, à l’aéroport de Benina, lequel avion a fini par rebrousser chemin vers Tripoli, pour tenir la réunion en question.
Ne manquant pas de s’exprimer sur l’annulation de la réunion de son conseil de ministres à l’est libyen, Benghazi, Abdelhamid Dbeibah a déclaré que «la troisième réunion du Conseil des ministres était censée se tenir dans la bien-aimée Benghazi, la ville qui habite le cœur de tous les Libyens », sans évoquer les raisons de son annulation, il a ajouté que « nous nous rendrons très bientôt en visite ». Le Premier ministre libyen a assuré « qu’il ne permettrait pas » à ce qu’il a décrit comme de simples obstacles « d’empêcher » d’assurer les services et de servir tous les Libyens, assurant que la phase actuelle impose à se préoccuper et s’occuper « des problèmes et des défis » auxquels –a-t-il poursuivi « fait face notre peuple ».
Déclarant à ceux qui sont à l’origine de tous blocages et entraves à la consolidation des conditions en faveur de la stabilité et le dialogue, il dira que « ceux qui n’ont pas encore compris que nous avons une occasion historique de travailler à rassembler les libyens et à établir un véritable État », un tel objectif, a –t-il poursuivi « ne peut être atteint qu’en renonçant au désaccord et transcendant la blessure et agissant avec sagesse conformément à l’intérêt suprême de la patrie ». Le chef du gouvernement d’unité nationale libyenne a appelé, à cette occasion «  à la nécessité d’unifier les idées et les esprits sur le principe de transcender le passé », soulignant que le gouvernement d’unité nationale « qui représente tous les Libyens se préoccupe de résoudre leurs problèmes dans toutes les villes et villages sans exception. » a-t-il affirmé.

Le Conseiller du président Receep Tayyip Erdogan, et son porte-parole, Ibrahim Kalina : « les officiers de l’armée turque et les combattants syriens alliés à Ankara y resteraient en Libye, selon l’ accord qui est toujours en vigueur avec le gouvernement libyen »
Le peuple libyen appelé à aller aux urnes, le 24 décembre prochain, selon le calendrier retenu par le dialogue inter-libyen, craint de voir la situation dans son pays replonger dans la spirale de la violence et des conflits armés, sur fond du rôle du facteur extérieur, celui de pays étrangers présents sur la scène libyenne, notamment ceux ayant actionner l’intervention de l’Otan, en Libye. Si l’accord du cessez-le-feu en vigueur, depuis octobre dernier demeure fragile, en raison de la présence de plusieurs acteurs étrangers sur la scène libyenne, notamment à travers les mercenaires, au nombre de 24000 selon les estimations des Nations unies, les divergences d’intérêts, entre membres et allies de l’Otan Turquie, France, Qatar, Italie, Arabie saoudite et Emirats arabes unis, et ces derniers avec leur rivaux, dont la Russie, risquent de se manifester sur la scène libyenne, par procuration, sur fond des postures des uns et des autres dans le jeu de l’échiquier mondial. Bien que l’ONU, particulièrement son Conseil de sécurité ont appelé toutes les forces étrangères à quitter la Libye, leurs appels ainsi que la résolution onusienne sur cette question et l’embargo des armes sur la Libye, peinent à trouver échos, chez les pays étant les principaux acteurs sur la scène libyenne, notamment par le déploiement, de leurs militaires et mercenaires, depuis plus de dix ans en Libye. Le Conseiller du président Receep Tayyip Erdogan, et son porte-parole, Ibrahim Kalina a déclaré la semaine passée à Reuters que les officiers de l’armée turque et les combattants syriens alliés à Ankara y resteraient en Libye, arguant que son pays « a un accord qui est toujours en vigueur avec le gouvernement libyen », a-t-il dit, faisant référence à l’accord de 2019 qui a ouvert la voie à «une intervention turque en soutien au gouvernement de Tripoli contre son rival, le maréchal Khalifa Haftar, qui lui bénéficiait du soutien de la France, des Émirats arabes unis, l’Égypte pour ne citer qu’eux.
C’est au courant de cette semaine, qui verra un dialogue entre le Caire et Ankara, que la présidence turque a exprimé l’espoir que « les pourparlers qui auront lieu la semaine prochaine entre la Turquie et l’Égypte aboutiront à une coopération renouvelée » entre les deux pays et « contribueront » aux efforts visant à sortir dans la durée, la Libye et son peuple de la spirale des conflits armés et de la violence, dans lesquels ils ont été plongés, depuis plus de dix ans, dans le sillage des évènements du printemps arabe, lequel a généré désolation, mort et chaos. Dans une interview à Reuters, lundi dernier, Ibrahim Kalina, a déclaré, en effet qu’ « il y avait des contacts entre les chefs des services de renseignement et les ministres des Affaires étrangères » de Turquie et d’Egypte et d’annoncer le « déplacement d’une mission diplomatique turque en Egypte début mai ».
Autre acteur pesant sur la scène libyenne, l’Italie, son ministre des affaires étrangères a annoncé mercredi dernier, lors d’une audition parlementaire que, le Premier ministre libyen, Abdelhamid Dbeibah, « se rendrait bientôt à Rome ». Le Chef de la diplomatie italienne a sur le renforcement de la présence diplomatique italienne en Libye souligné, que celle-ci « sera nécessaire pour réactiver les projets bloqués en raison de l’instabilité dans le pays », y compris cite-t-il « le projet italien pour le côté est de la route côtière qui traversera tout le pays à partir de la frontière avec la Tunisie à celle égyptienne ».
Le ministre Luigi Di Maio a annoncé également lors de son passage au parlement italien « la réouverture » du consulat de son pays dans l’est libyen, à Benghazi, indiquant que «  il est dans l’intérêt de l’Italie d’assurer notre présence institutionnelle également en Cyrénaïque et dans le Fezzan », a déclaré Di Maio au parlement italien. Côté États Unis, son département de la Défense a affirmé, jeudi dernier, que les USA «  sont prêts à continuer de faire pression pour obtenir le retrait de toutes les forces étrangères du territoire libyen » et ce en traduction, « de ce , ce qui a été convenu au niveau international », a déclaré la sous-secrétaire adjointe à la Défense, Laura Cooper, lors d’une conférence du Conseil de l’Atlantique à Washington, assurant à ce propos que « nous serons prêts à continuer de maintenir la pression » si le retrait des forces étrangères ne se produit pas.
Karima Bennour