Oran

Oran : Le théâtre de rue, un spectacle d’une saveur particulière

L’expérience du théâtre de rue à Oran a donné une saveur peu commune au spectacle sur des tréteaux en plein air drainant le public et créant une « transformation » de la scène théâtrale, ont affirmé des spécialistes du quatrième art. Les pièces « El-Harraz » et « El-Nadji », produites par le Théâtre régional d’Oran « Abdelkader Alloula », de même que la pièce « El-baht âan âamel fi zaman Corona » (recherche d’un emploi au temps du coronavirus) produite par la troupe « Théatro d’Oran » de l’association culturelle « Kawalis », renvoient le public au temps de « Halqa », « El-Goual », « El-Meddah », qui se tenaient dans les souks populaires pour donner du spectacle et faire passer des messages dans un style artistique.
Ce théâtre à ciel ouvert qui a débuté à Oran en 2018 avec la pièce « El-Harraz », conçue et réalisée par Leila Touchi a eu un grand succès après des représentations à la place « 1er novembre » au centre-ville d’Oran et au quartier « Sidi El-Houari », ainsi qu’au niveau du site archéologique « Santa Cruz » qui a attiré à lui seul plus de 2.000 spectateurs, a indiqué, à l’APS, le directeur du Théâtre régional d’Oran, Mourad Senouci. Cette pièce théâtrale a été également jouée à la place « émir Abdelkader » à Alger centre et d’autres espaces des villes d’Oum El-Bouaghi, Mascara et Sétif, a ajouté Mourad Senouce qui a souligné que « le théâtre de rue est une première expérience au niveau national venant suppléer au théâtre ordinaire et diversifier la production théâtrale ».
La deuxième pièce « El Nadji » (2019), conçue et réalisée par Adila Bendimered et donnée en spectacle aux Arènes d’Oran au quartier populaire « Mohieddine » et également dans des villages à Béjaïa dans le cadre du festival du conte et au niveau du Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) à Oran à l’occasion de la tenue d’un colloque sur la traduction en théâtre, a connu aussi un succès, a fait savoir M. Senouci.
Ces pièces données dans la rue ont permis au Théâtre régional d’Oran « Abdelkader Alloula » de reconquérir le public, surtout qu’elles offrent des spectacles vivants de courte durée (entre 25 et 40 minutes) et se basent sur la qualité de la prestation des comédiens à travers une histoire captivante où le public ne s’ennuie pas, nonobstant l’animation et la promotion de l’activité artistique, a soutenu le même responsable.
La réussite de cette création artistique a motivé le TRO « Abdelkader Alloula » à programmer des journées nationales sur le théâtre de rue qui seront organisées en juin prochain avec le soutien du ministère de la Culture et des Arts, a-t-il indiqué, déclarant: « nous souhaitons que cette manifestation puisse revêtir une dimension internationale à l’avenir ».

Le théâtre de rue défie le Coronavirus
En pleine crise sanitaire provoquée par la pandémie de Covid-19, la troupe « Theatro Oran » a tenté l’expérience du théâtre de rue avec une pièce intitulée « crise d’emploi à l’ère de Coronavirus » qui a conquis le public à la plage « Les Andalouses » dans la commune d’El-Ançor, à l’ouest d’Oran en juillet dernier, dans un strict respect du protocole sanitaire de prévention contre Covid-19. Un répondant avec cette représentation a dépassé toutes les prévisions, créant une symbiose du public nombreux, des estivants surtout, avec les comédiens qui ont fourni un grand effort pour donner un bon spectacle bien que cette pièce fait partie du théâtre absurde, selon les propos du président de cette troupe, Houari Bouar, qui est également président de l’association « kawalis ». Cette pièce adaptée de l’oeuvre de l’argentin « Osvaldo Dargon », a été présentée également au site archéologique « Palais du Bey » à haï Sidi El-Houari et dans une place de Tiaret, attirant un public nombreux formé également de femmes âgées. Elle a été récemment jouée à la place « Sidi M’hamed » d’Oran, dans le cadre d’un mémorial en hommage au défunt feu Abdelkader Alloula, un géant du théâtre, selon l’expression consacrée par l’homme de théâtre Boura.
Au sujet de cette expérience, il a déclaré que « toutes les pièces présentées ont eu un grand succès », relevant que « le public aime tout ce qui est beau et émouvant ». Et d’ajouter: « la pièce azmat âamal fi zaman Corona, est une des rares créations en matière de théâtre que le chercheur irakien, Béchar Aloui, a incluse dans son œuvre traitant le théâtre de rue dans le monde arabe ». L’écrivain irakien est l’organisateur du séminaire international du théâtre de rue de Babel.
L’expérience d’Oran en matière de théâtre de rue est importante et utile.

Le théâtre de rue, du spectacle gratuit
à chaque fois que la production est de bonne facture, le spectacle est de qualité, a expliqué un spécialiste en théâtre, Azouz Benamar, qui estime que les spectacles du théâtre de rue contribuent à la sauvegarde et la pérennité du théâtre, soutenant que cette forme de spectacle a toujours rayonné et continue. Certains académiciens font remarquer que le théâtre de rue est à côté et nullement soumis à un horaire, un lieu ou un public précis. Au sujet de la promotion du théâtre de rue, Azzouz Benamar, également responsable du domaine des arts au département des arts de l’université Oran « Ahmed Benbella », trouve que la formation est nécessaire, appelant les cadres du secteur de la culture et des arts à renforcer et à encourager les jeunes quant à la production des spectacles dans les rues. Au passage, il a fait savoir que cette forme d’expression artistique est moins coûteuse que les autres spectacles de théâtre qui se produisent dans les salles. Le théâtre de rue, contrairement à « la scène de la boite noire italienne » rentable par des guichets de billetterie, ses spectacles sont donnés gratuitement, a indiqué le président de la troupe « Theâtro d’Oran ». Il a appelé les structures culturelles à s’intéresser sérieusement au théâtre de rue et de le renforcer, partant du fait qu’il contribue à l’animation des rues durant toutes les saisons et crée de l’ambiance culturelle.