Des dizaines de maisons menacées de démolition à Qalandia, des familles assiégées à Qusra, des expulsions à Jérusalem et au moins dix détenues atteintes de gale dans la prison de Damon : la politique de dépossession, de persécution et de crimes de l’entité sioniste se poursuit sur plusieurs fronts, tandis que les forces d’occupation et les colons intensifient leurs attaques contre les Palestiniens.
La politique de déplacement forcé et de dépossession menée par l’entité sioniste en Cisjordanie occupée franchit une nouvelle étape. À Qalandia, au nord d’El-Qods occupée, des dizaines de familles palestiniennes sont désormais menacées de perdre leurs maisons, dans le cadre de mesures liées à l’expansion coloniale et à la confiscation de nouvelles terres. Le gouvernorat d’El-Qods a tiré la sonnette d’alarme hier, dénonçant une politique qui, sous couvert d’absence de permis de construire, vise à modifier progressivement la réalité géographique et démographique autour de la ville et à fragiliser davantage la présence palestinienne. Cette alerte intervient après la démolition, hier, d’un bâtiment résidentiel de deux étages appartenant au Palestinien Dheib Hamed et à son fils. La maison, construite il y a environ six ans, abritait une quinzaine de personnes, désormais privées de logement après sa destruction par les forces d’occupation. Pour le gouvernorat d’El-Qods, ces démolitions ne peuvent être dissociées des projets de colonisation et de prise de contrôle des terres palestiniennes. Elles participent, selon lui, d’une politique systématique visant à remodeler l’environnement géographique et démographique de la ville et de ses environs, au détriment de la population palestinienne.
Qusra sous siège, les familles palestiniennes poussées hors de leurs maisons
À quelques dizaines de kilomètres de là, à Qusra, au sud de Naplouse, trois familles palestiniennes vivent depuis neuf jours sous le siège de colons, protégés par les forces d’occupation. Dans le quartier de Ras al-Aïn, les colons encerclent leurs maisons, empêchent leurs habitants d’y accéder et cherchent à imposer leur présence sur les lieux. Une tente a été installée à proximité des habitations sous protection militaire. Selon des sources locales, les tentatives d’intrusion dans les maisons se poursuivent depuis près de quatre mois, obligeant les familles à organiser des tours de garde jour et nuit pour défendre leurs domiciles. Les colons ont également coupé à plusieurs reprises l’électricité, jeté des pierres contre les maisons et multiplié les actes d’intimidation. Dans la nuit de dimanche à lundi, les forces d’occupation ont fermé les routes menant au secteur de Ras al-Aïn. Un bulldozer militaire a bloqué les accès avec des remblais de terre, empêchant les habitants de rejoindre leurs maisons. Quelques jours auparavant, les forces d’occupation avaient contraint les habitants de deux maisons à évacuer leurs domiciles et transformé seize maisons en avant-postes militaires, dans une nouvelle tentative d’imposer un fait accompli sur le terrain. Cette offensive s’inscrit dans une campagne de violence dont l’ampleur est illustrée par les chiffres de la Commission de résistance au mur et aux colonies. 2 256 attaques contre des citoyens palestiniens, leurs terres et leurs biens ont été recensées au cours du mois de juillet : 1.458 menées par les forces d’occupation et 798 par les colons. Les gouvernorats de Ramallah et al-Bireh, Naplouse, Jénine, Bethléem et El Khalil figurent parmi les territoires les plus ciblés. La Commission fait état d’une intégration manifeste entre les moyens militaires de l’occupation et le terrorisme des colons, les forces d’occupation leur offrant un environnement protecteur permettant aux attaques de se multiplier et de transformer leurs conséquences en réalités permanentes sur le terrain.
Maisons détruites, terres ravagées et déplacements forcés
La dépossession ne se limite pas aux habitations. À Beit Dajan, à l’est de Naplouse, les forces d’occupation ont démoli une habitation de 100 mètres carrés ainsi que deux hangars agricoles et ont comblé un puits de captage d’eau, portant directement atteinte aux moyens de subsistance des habitants. À Ramallah, deux nouveaux barrages militaires ont été installés aux entrées d’Aboud et de Nabi Saleh. Les forces d’occupation ont contrôlé les véhicules et les papiers d’identité des Palestiniens, provoquant d’importants embouteillages. Le nombre de barrages et de postes militaires en Cisjordanie occupée a désormais dépassé 916, dont 243 installés depuis le 7 octobre 2023, renforçant l’emprise militaire sur les déplacements de la population palestinienne. À Silwan, au sud de l’esplanade des Mosquées, la famille Maragha est également menacée d’expulsion pour faire place à des colons. Les autorités de l’occupation ont émis des ordres visant plusieurs parties des habitations de la famille, où vivent depuis des décennies des Palestiniens menacés de perdre une partie de leurs logements.
Dans les prisons, la gale devient un nouveau danger pour les détenues
La politique de persécution ne s’arrête pas aux maisons et aux terres. Dans les prisons de l’occupation, les conditions de détention suscitent également de graves inquiétudes sanitaires. Le Club du prisonnier palestinien a alerté hier sur la propagation de la gale parmi les femmes détenues dans la prison de Damon. Au moins 10 détenues ont été diagnostiquées, sur plus de 90 femmes incarcérées dans cet établissement, parmi lesquelles figurent des femmes enceintes, des mineures et des détenues souffrant de maladies chroniques. Selon l’organisation, cette propagation est directement liée aux conditions sanitaires et humanitaires imposées aux détenues: humidité élevée, surpopulation, manque de ventilation, pénurie de vêtements et insuffisance des produits d’entretien et d’hygiène. Le Club du prisonnier affirme que ces mêmes conditions ont favorisé la propagation de la maladie à grande échelle parmi les prisonniers depuis mai 2024, sans qu’une réponse permettant d’enrayer durablement le phénomène n’ait été mise en place. Malgré les démarches entreprises par des organisations de défense des droits humains, notamment Physicians for Human Rights, ainsi que plusieurs recours visant à obtenir des soins pour les détenus malades et à améliorer les conditions sanitaires, la réponse des autorités de l’occupation serait restée limitée. Pour le Club du prisonnier, la gale ne peut désormais plus être considérée comme une simple affection cutanée dans les prisons. La persistance de la maladie, l’absence de traitement efficace et le maintien des conditions favorisant sa propagation constituent, selon l’organisation, un risque réel pour la santé et la vie des détenus.
Des complications graves et une privation de soins dénoncée
Les détenus atteints souffrent notamment de furoncles, de lésions cutanées, d’ulcérations et d’inflammations aiguës.
Les démangeaisons et les douleurs persistantes provoquent également des troubles du sommeil, limitent parfois les déplacements et aggravent l’épuisement physique et psychologique. Le Club du prisonnier rapporte que certains détenus ont connu une amélioration temporaire avant d’être réinfectés en raison du maintien des mêmes conditions sanitaires. D’autres souffrent de la maladie depuis plusieurs mois, parfois depuis plus de cinq mois, sans bénéficier d’un traitement médical jugé adéquat par l’organisation. Le cas de l’enfant Mohammed Hamid est cité comme l’un des exemples les plus graves. Selon le Club du prisonnier, son infection par la gale aurait été suivie d’une infection bactérienne ayant provoqué des lésions aux organes vitaux puis des atteintes neurologiques. Son état aurait finalement conduit à l’amputation d’une jambe. L’organisation affirme également que les détenus sont parfois contraints de laver leurs vêtements et de les porter alors qu’ils sont encore mouillés, faute de vêtements en quantité suffisante, dans des conditions qui aggravent leur souffrance et portent atteinte à leur dignité. Face à cette situation, le Club du prisonnier accuse l’administration pénitentiaire de maintenir des conditions favorisant volontairement, selon lui, la propagation des maladies et dénonce des politiques de torture et de négligence médicale systématique à l’encontre des prisonniers. Il appelle l’Organisation mondiale de la santé ainsi que les institutions internationales de défense des droits humains et humanitaires à intervenir d’urgence, à faire pression sur les autorités de l’occupation et à garantir aux détenus l’accès aux traitements et aux soins médicaux nécessaires. L’organisation réclame également l’ouverture d’une enquête internationale sérieuse sur les conditions de propagation des maladies dans les prisons et sur la responsabilité des personnes impliquées dans le maintien de ces pratiques.
Le terrorisme des colons s’étend, les crimes se poursuivent à Ghaza
Sur le terrain, les violences se poursuivent parallèlement dans plusieurs secteurs de la Cisjordanie. À Jannata, à l’est de Bethléem, une dizaine de colons armés de pierres et de bâtons ont attaqué le médecin d’El Qods, Dr Majed Alian Dwayat. Le praticien a eu la main fracturée et les vitres de son véhicule ont été brisées. Des groupes de colons ont également attaqué des véhicules palestiniens sur la route reliant Ramallah à Naplouse, près de la colonie de Shilo, construite sur des terres palestiniennes.
À Nur Shams, près de Tulkarem, les forces d’occupation poursuivent pour leur part leur campagne militaire, accompagnée de raids, de destructions d’infrastructures et de biens et d’un siège qui empêche les habitants de rejoindre leurs maisons. Plusieurs Palestiniens ont encore été contraints d’évacuer leurs domiciles sous prétexte de nouvelles opérations de bombardement. Et tandis que la Cisjordanie occupée subit cette politique de colonisation, de dépossession et de déplacement forcé, les crimes des forces d’occupation se poursuivent dans la bande de Ghaza, où le génocide contre les Palestiniens continue de faire des victimes. À Deir al-Balah, Muhammad Adnan Bashir a succombé hier à ses blessures après avoir été touché lors d’une frappe des forces d’occupation contre la rue al-Baraka. De Qalandia à Qusra, de Silwan à Nur Shams et jusqu’à Ghaza, les faits rapportés témoignent d’une offensive qui frappe les Palestiniens dans leurs maisons, sur leurs terres, dans leurs lieux de détention et dans les zones où ils cherchent refuge. Démolitions, expulsions, colonisation, terrorisme des colons, privation de soins et crimes contre les civils composent les différentes facettes d’une même politique de dépossession et de persécution, alors que l’impunité continue d’alimenter l’escalade.
Ania N.














































