Les citoyens à l’épreuve du civisme dans un Ramadhan inédit

Par Ali El Hadj Tahar

Les musulmans du monde entier commencent donc un carême exceptionnel, sans rencontres familiales, sans veillées nocturnes et même très peu de shopping. L’ambiance ramadanesque ne va certainement pas être au rendez-vous pour beaucoup, mais cela permettra de renouer avec d’autres habitudes, plus ancestrales celles-là, d’être plus mesurés dans les dépenses et probablement de mieux gérer le temps. Car le Ramadhan est supposé être une épreuve, d’abord physique et mentale, puisqu’il l’est pour les travailleurs dont l’endurance est mise au défi, notamment les ouvriers.
En raison de l’épidémie, presque tous les pays musulmans ont fermé les mosquées et demandé aux gens de prier chez eux, imposant parfois confinement et couvre-feu pour endiguer la propagation du virus. La fermeture des mosquées ayant été acceptée par l’ensemble des fidèles, les restrictions quant à la prière du tarawih ne peuvent susciter, elles aussi, des remises en question, d’autant qu’elles sont imposées même en Arabie saoudite, qui abrite les Lieux Saints de l’islam, et l’Indonésie, le pays musulman le plus le plus peuplé. Pour preparer les fidèles à un Ramadahan particulier, qui commence dans des conditions exceptionnelles en raison du Coronavirus, les imams n’ont pas cessé d’appeler à adapter la spiritualité à cette situation inédite. En Algérie, alors que l’épidémie semble évoluer positivement, également du fait du confinement et de la distanciation sociale, elle n’en continue pas moins de faire des morts. C’est en vue de mettre en garde contre tout relâchement que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a appelé jeudi les Algériens à « davantage de solidarité, d’entraide, de discipline, de patience et de vigilance ».
Ainsi donc, a-t-il laissé entendre, la balle est dans le camp des citoyens. Le Ramadhan ne devrait donc pas être prétexte pour baisser les bras en transgressant les dispositifs de prévention, car cela ne fera qu’engendrer plus de contaminations et de morts, mais aussi faire reculer l’échéance du déconfinement et le retour à la normale, avec les conséquences encore plus désastreuses pour l’économie et les gains des citoyens, notamment les travailleurs et les commerçants. Le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie, Fawzi Derrar a, quant à lui, mis en garde contre une éventuelle deuxième vague du Coronavirus en cas de non-respect des règles du confinement. Ces avertissements devraient être bien médités, d’autant que cette période de carême est supposée être celle de la solidarité et du civisme, même si les restrictions drastiques des déplacements et d’animation des espaces publics ne cadrent pas totalement avec les habitudes que la société musulmane moderne a donnée à ce mois sacré du Ramadhan, autrefois consacré uniquement à la spiritualité, pas aux plaisirs, voire à une débauche de plaisirs.
Ainsi donc, ce mois béni de Ramadhan 1441 de l’Hégire sera un test pour la Oumma face à ce minuscule virus que les Chinois ont su vaincre par l’obéissance, la discipline, l’ordre et la science. Les musulmans, dont la religion prescrit clairement les valeurs mises en pratique par les Chinois, sauront-ils prouver qu’ils sont capables de relever ce défi, de se prémunir et de vaincre le Covid-19 ? Pourquoi ce mois-ce ne devrait-il pas être vraiment exceptionnel et être profitable à toute la société, plutôt qu’à soi et à sa petite personne ? L’épidémie en cours a déjà montré que les valeurs de solidarité et d’entraide sont bien ancrées chez les Algériens, comme en témoignent ces dons massifs de produits alimentaires et d’argent. C’est de l’épreuve de civisme, de responsabilité et de solidarité sociales qu’il s’agit maintenant, en renonçant à un moment habituellement convivial, voire festif, par la réduction des contacts et le respect des mesures destinées à protéger des vies.
A. E. T.