L’Algérien peut décider de sauver sa vie et celle d’autrui

Par Ali El Hadj Tahar

Au 48e cas de contamination, qui ne prend pas en considération le nombre de personnes guéries et ayant quitté l’hôpital, le gouvernement a déjà décrété le niveau 2 de l’épidémie qui comprend trois phases. Il a renvoyé tous les élèves, étudiants et apprentis chez eux, suspendu des vols… Conscient que toutes les mesures prises pourraient se révéler inutiles, le Premier ministre a dit que l’État n’a pas fermé les écoles pour que l’on voit les enfants jouer en groupes dehors. M. Djerad a aussi mis en garde contre les rassemblements inutiles. Car la promiscuité est le facteur principal de l’épidémie. Et c’est pour empêcher sa propagation qu’on isole les personnes contaminées. La menace du Covid-19 est tellement forte que l’on voit, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des régions entières mises en quarantaine. Afin de ne pas voir arriver ou proliférer, chez eux, le virus, même des pays non atteints ferment leurs frontières.
Mais la décision politique ne suffit pas, car la prévention, ce moyen basique des règles de santé personnelle et publique, relève de l’éducation. La Chine est donnée en exemple dans la lutte contre le coronavirus. C’est paradoxal car avec plus de 1,4 milliard d’habitants, elle est supposée être le pays de la promiscuité par excellence, de l’anarchie et du désordre. C’est le contraire que les Chinois ont prouvé. Cependant, si l’Europe se débat dans l’épidémie, ce n’est pas à cause de mauvais comportements sociaux mais de la prise des mesures en retard. En Algérie, alors que la gestion par l’État semble rigoureuse, la carence en matière d’éducation semble problématique. Ni l’Europe ni les autres pays n’auraient eu autant de morts et d’infections s’ils avaient réagi dès le premier foyer. En France, comme dans tous les pays, les mesures fortes n’ont pas été prises à temps lors de la phase 1 et 2, et cela a été dénoncé fatal. C’est ce qu’a dénoncé le professeur Éric Caumes, chef du service d’infectiologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris). En Espagne, ce n’est qu’hier qu’a été décrétée « L’interdiction de circuler dans les rues ». L’interdiction ne va pas sans la responsabilité du citoyen.
Or, déjà peu casaniers, les Algériens sont également connus pour leur promiscuité. Le pays a la chance de n’avoir encore que trois foyers d’infection mais les comportements sociaux sont souvent aux antipodes du bon sens, y compris chez les femmes qui se font la bise même quand elles ne se connaissent pas. L’État n’a pas encore décidé de la fermeture des lieux publics mais il se peut que des mesures plus radicales soient mieux indiquées. Bien que M. Djerad ait appelé les citoyens à ne sortir de chez eux qu’en cas de nécessité, les cafés sont bondés, et les rues, aussi. Pourtant beaucoup de voix s’élèvent contre « l’attentisme » des autorités. Ces citoyens n’ont-ils pas raison, vus nos comportement sociaux, nos attouchements permanents, notre promiscuité maladive ? Il est peut-être temps d’éradiquer les foyers existants par des quarantaines obligatoires, avant d’en avoir d’autres, puis d’autres.
Endiguer la maladie, c’est éviter les contacts et brassages des foules, éviter les lieux de promiscuité : cela relève de l’éducation, du civisme. Même sans obligation étatique, le défi est jouable pour que la situation n’empire pas. Or, la majorité semble carrément inconsciente du danger, qui va être aggravé par la faiblesse de nos structures de santé. Si l’inconscience perdure, l’explosion exponentielle deviendra hécatombe : 16, 32, 64, 128… Ce qui ressemble à l’eau qui dort aujourd’hui et qui peut soudain devenir brutale et tout emporter. Dépassés, comme en Italie, les médecins seront libres de choisir de traiter les jeunes avant les plus âgés. Faute d’accepter un confinement volontaire partiel pendant deux semaines, on devra l’être obligatoirement pendant plusieurs mois, si l’on survit. Car il faudra beaucoup de temps pour infléchir la courbe. Avant qu’il ne soit trop tard, l’Algérien peut décider de ne pas en arriver là.
A. E. T.