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LA CAPITALE AU RYTHME DES NON–VOTANTS ET DES VOTANTS : Des bureaux de vote désertés et des manifestations dans les rues d’Alger

Alger a donné, une leçon de haut niveau, hier, lors de la tenue du scrutin de la présidentielle. Entre les quelques votants qui se rendaient aux bureaux de vote, dans les communes de Belouizdad, Alger-Centre, Bab-el-Oued et la Casbah, jusqu’à 15 heures de l’après-midi d’hier, ces mêmes communes vivaient au rythme de l’expression du rejet de ce scrutin, par des manifestations , qui ont fini par rassembler des milliers de personnes, à la place Maurice Audin, jusqu’à proximité de la Grande Poste, sans aller jusqu’à bloquer les centres de vote.

Arrivée, vers 11h 50 à l’établissement Pasteur, d’Alger Centre, à l’intérieur, le calme y régnait, et le personnel en charge de l’opération de vote était sur place bien avant 8heures du matin, pour se préparer à l’ouverture des bureaux de ce centre de vote. À 11h 50, le président du bureau 22, du centre de vote Pasteur, n’enregistrait que 9 votants sur les 217 inscrits et non loin, le bureau N° 21 n’enregistrait à la même heure que 10 votants sur les 217 électeurs inscrits. L’un des membres du personnel du centre en question, après nous avoir affirmé que «nous assurons notre tâche dans de bonnes conditions », nous a indiqué que cette année l’établissement ne connaît pas la pression qu’il avait auparavant du temps, explique-t-il « de la venue de l’ex-premier ministre Ahmed Ouyahia, ici pour voter ». Le président du bureau 21, qui avait l’habitude d’encadrer les opérations de vote au niveau du centre de vote de l’établissement scolaire Pasteur nous affirme qu’en comparaison avec le dernier scrutin de la présidentielle de 2014, « en cette heure il y avait plus de votants, alors qu’aujourd’hui ils ne sont que 10 votants». En allant d’un bureau à l’autre, les couloirs en effet, étaient vides et les encadreurs de l’opération de vote, ne semblaient pas être inquiétés par les manifestations contre le vote qui se déroulaient dehors. L’un d’eux nous dira que « celui qui vote arrive tranquillement à son bureau et ceux qui sont dehors manifestent pacifiquement leur position, et c’est le plus important » et c’est ainsi que tous les citoyens, « sont à l’abri des conséquences gravissimes de tout dérapage ». Nous quittons cet établissement, et à quelques pas nous nous trouvons dans une autre ambiance, celle des manifestants rassemblés, plus bas de la Fac Centrale, exprimant pacifiquement, slogans et chants, leur rejet du scrutin présidentielle, en présence d’un dispositif de sécurité impressionnant déployé, à Alger centre , dès les premières heures de la journée d’hier, ponctué par des interpellations de citoyens. Alors que tout le monde craignait de voir des débordements voire affrontements entre le votants et les anti-votants, une scène a attiré notre attention hier, au niveau de l’établissement scolaire H’lima Essadia, à proximité du début de la rue Didouche Mourad et du Centre culturel espagnol. Alors que les manifestants en grand nombre montaient la rue, en provenance de la rue Hassiba BenBoulali, le cortège de femmes et d’hommes, jeunes et moins jeunes, continuaient leur montée pour s’ébranler sur la rue Didouche Mourad, en saluant de loin le personnel, dont des policiers mobilisés, à l’entrée de ce centre de vote, et en scandant «makach intikhabet maä El isabates : pas de vote avec les gangs (ndlr) » et « pas de vote à Alger ». Poursuivant notre périple tout au long de la Rue Hassiba, vers Larbi ben’Mhidi, en passant à travers des groupes de manifestants, les établissements scolaires ouverts pour l’accueil des votants ne semblaient nullement être inquiétés par les évènements qui se déroulaient dehors, même à la vue du déplacement surprise des forces de l’ordre, du début de la rue Ben M’hidi vers la placette de l’Emir Abdelkader, de l’autre côté, de Soustra, des manifestants venus de la Casbah et Bab-El-oued se dirigeaient vers la Grande poste. Un groupe de citoyens du quartier de Djamaâ Lihoud, discutant entre eux de ce jour, porteur d’enjeux majeurs, pour ceux en faveur du vote, comme pour ceux contre le scrutin. l’un d’eux, un homme d’un certain âge lançait à ses amis « heureusement que chaâb (le peuple :ndlr) se comprend et se respecte, certains vont voter sans être inquiétés et d’autres, alors qu’ils sont plus nombreux manifestent pacifiquement leur rejet, c’est bien que ça se passe sans incidents, et c’est ça la démocratie, même si le chemin est encore long ». Arrivé au niveau de la basse Casbah, nous longeons la mosquée Ketchawa, pour arriver à Zoudj Ayoune, (deux fontaines :ndlr) jusqu’à l’établissement scolaire Malek Benabi. Nous entrons, après avoir monté les escaliers, nous traversons un des couloirs de ce centre de vote, avec comme seul son, le bruit de nos pas. Arrivés, à un des bureau de vote, le n° 17 plus exactement, les encadreurs étaient bien là, et nous apprenons, sur place qu’ils n’étaient que 24 votants, à 12H 35 mn, dans ce bureau d’un des centres d’une des communes populaires que compte Alger, la Casbah, en l’occurrence. En sortant, nous rencontrons un couple accompagné de deux de leurs enfants, qui venaient de voter. « nous pensons que nous avons accompli notre devoir et que c’est à celui qui remporte cette élection de faire preuve de responsabilité et de volonté politique pour apporter les réponses qu’il faut aux demandes du peuple » nous dira-t-il avant de conclure « l’Algérie et son peuple méritent beaucoup mieux, et elle le fait savoir depuis le 22 février » nous déclare ce père de famille. Nous quittons le centre de vote Malek Benabi, vers à quelques mètres de là, l’un des plus grands lycées d’Afrique, à savoir l’Emir Abdelkader, situé à l’entrée d’un autre quartier mythique de la Capitale, Bab-El-Oued. Arrivés au niveau de la grande cour, les personnes munies de badges mobilisées, en ce jour du scrutin, étaient plus nombreuses, à attendre les votants. Au bureau de vote N° 1, ils étaient que 93 votants sur les 362 inscrits à avoir fait le déplacement, entre 8 heures du matin à 13 heures, pour glisser l’urne. La présidente du bureau nous a fait savoir que bon nombre des inscrits au niveau de cet établissement sont le personnel de la marine, de la gendarmerie et de la police, qui viennent voter, car , nous explique-t-elle « leurs établissements réceptifs sont à proximité » . Rencontrant à notre sortie du bureau un citoyen qui s’apprêtait à se rendre à son bureau de vote, à notre question d’exprimer ses attentes de ce vote et du futur président de la République, il continua son chemin en nous lançant « je n’ai rien à dire, aucun commentaire » et poursuit son chemin vers le bureau de vote. De là nous quittons le Lycée Emir Abdelkader, pour aller vers l’école primaire Oumou Habiba, (ex-Lazerges), un autre centre de vote, de la commune de Bab-el-Oued, lequel n’avait pas enregistré, un va et vien incessant, depuis l’ouverture des portes aux votants, dès 8 heures du matin.
Karima Bennour