Khaled Ziari, ex-cadre de la Dgsn, à Beur Tv : «la lettre du général Toufik est un acte dégradant pour un homme de sa stature »

«C’est un acte dégradant pour un homme de sa stature. La lettre qu’il a écrite, surprenante à plus d’un titre, est indigne de la part d’un général qui a dirigé le pays pendant un quart de siècle.»

C’est en ces termes que Khaled Ziari, ancien cadre à la Dgsn et expert de la lutte antiterroriste, a qualifiés la sortie médiatique du général à la retraite, Mohammed Médiène alias Toufik, ancien responsable du DRS ou Département du renseignement et de la sécurité, via une lettre publiée dans les médias, dans laquelle il en appelle à la justice algérienne à réparer l’injustice de la condamnation par le tribunal d’Oran du général Abdelkader Ait-Ouarab, dit Hassan, son subordonné, à cinq (5) ans de prison.
Les propos de Khaled Ziari ont été tenus lors de l’émission, « Algérie aujourd’hui », diffusée sur Beur Tv. L’expert n’a pas admis qu’une personnalité de la trempe du général Toufik soit tombée aussi bas, alors que l’obligation de réserve devait le contraindre à plus de retenue, dans la dénonciation d’une décision de justice, censée être incontestable. Le hic, selon toujours Khaled Ziari, est que la lettre, comportant 264 mots (comptabilité faite par la chaine Beur Tv), ne conteste pas le nombre d’années du verdict ni ne formule que celles-ci soient revues à la baisse, ce qui aurait pu être, à ses yeux, recevable comme demande de la part du puissant patron des Services de sécurité algériens, mais qu’elle s’attaque à tout le processus enclenché pour rendre passible de justice un général (Hassan, ndlr) dans l’exercice de ses fonctions. Ensuite, le général Toufik, selon toujours l’invité du plateau télévisé, dévoile des faits devant être traités de la manière la plus discrète, car relevant des prérogatives militaires et placés dans le cadre des missions internes de ses services. Et de s’interroger, « pourquoi avoir attendu une année après l’enclenchement de l’instruction judiciaire, soit en juillet 2014, et la comparution du général Hassan devant la juridiction compétente, pour qu’enfin le chef hiérarchique de celui-ci réagisse promptement par rapport à une démarche qui s’est déroulée devant ses yeux ?». Sur ce, son adversaire du jour, l’ancien parlementaire et militant politique, Ali Brahimi, s’oppose. Il argumente son opposition contre la thèse stipulant le secret de l’opération au cours de laquelle le général Hassan se serait rendu coupable de dépassements, par le droit du public de tout savoir, car action militaire ou pas, celle-ci, puisque versant dans la finalité d’assurer la stabilité sécuritaire et garantir les intérêts généraux du citoyen, ne doit pas trop s’entourer d’opacité et devrait davantage s’intégrer dans le processus mis en œuvre pour l’établissement d’un état civil. L’état civil dont a fait l’annonce, pour la première fois, Amar Saâdani, Secrétaire général du Front de libération nationale, semble d’ailleurs diviser aussi les deux invités. Pour Ali Brahimi, il est encore tôt d’en parler, car, en dépit des méritoires tentatives du président de la République, Abdelaziz Bouteflika (un homme très intelligent et manœuvrier hors pair, selon les termes employés par l’ex-député), notamment à travers le rétrécissement des pouvoirs dont s’est emparée la junte militaire, (l’oligarchie militaire, comme il aime la dénommer), les atteintes à la liberté d’expression, à travers l’emprisonnement des blogueurs, (Youcef Ould Dada et Abdelghani Aloui, ndlr), et la chape de plomb pesant sur le monde associatif, illustré par la Loi sur les associations, sont autant d’éléments qui plaident pour que demain n’est pas encore la veille en matière d’édification d’un état civil. Selon toujours le militant politique, la création de l’état civil reste subordonnée à la fin de la police politique, concept révolu. L’état civil ne peut aussi jamais être bâti par un pouvoir militaire ni une autorité politique, mais par une opposition qui regroupe aussi bien la classe politique, les syndicalistes, les universitaires et même les étudiants, catégories sociales qui, tout en accordant leurs violons dans la portée pratique des actions concertées et pacifiques, doivent profiter de l’ambiance de relâchement minant la hiérarchie politique et, surtout, les règlements de compte qui la caractérisent, par médias interposés, depuis quelques temps.

« Il n’y pas de règlements de compte au sommet du pouvoir »
Ceci est l’avis de Khaled Ziari, dénigrant ainsi les propos de son antagoniste sur le plateau. « Comment peut-on dire qu’il y a règlements de compte au sujet notamment de la mise fin de fonction du général Toufik, qui a servi pendant 25 ans à la tête de l’un des plus puissants services de sécurité au monde? Est-ce on règle son compte avec un homme qui a 25 ans de pouvoir ? C’est inadmissible ! ». Et d’y répondre, « la restructuration des services de sécurité décidée par le président de la République s’inscrit dans le cadre d’un mouvement qui touche, le plus normalement du monde, tous les services qui relèvent, nationalement ou localement, des attributions de l’état. ».
Concernant l’état civil, il lui fixe, pour sa concrétisation, 2019, date de la tenue des échéances présidentielles, qui vont être couronnées, fait nouveau, par le remplacement de Bouteflika d’un nouveau président, dont Khaled Ziari n’a pas, pour notre grand malheur, commis de nom. Pour lui, tous les indicateurs sont au vert pour que ce projet (état civil, ndlr) voit sa portée pratique.
Ali Brahim a, pour sa part, rappelé que la politique algérienne est dirigée par une oligarchie, dont on veut lui coller l’interface en la personnalité de l’homme d’affaires et président du FCE ou Forum des chefs d’entreprises, Ali Haddad, élément réducteur, à ses yeux, mais qui, contrairement aux oligarchies ayant émaillé la vie politique depuis l’indépendance du pays et qui étaient représentées par soit le général Toufik ou le général Nezzar, et ce pour ne citer que les plus célèbres, est composée de plusieurs personnalités. Il s’abstint de les citer nommément. Concernant l’incarcération du général Hassan, Ali Brahimi, déclare « je ne suis avec personne ni contre personne, mais, à mon avis, le fait que le tribunal militaire ne se soit pas soumis à la demande de l’avocat du général Hassan, Mokrane Ait-Larbi (un grand avocat), liée à l’audition du général Toufik, en tant que principal ordonnateur de la mission de son subordonné, a fait perdre au verdict toute sa crédibilité »

« Bouteflika dirige le pays et est au courant de tout ce qui se passe »
En dépit des divergences, les deux invités se sont rejoints sur un point : c’est Bouteflika Abdelaziz qui dirige, et seul, le pays. Le président assumerait l’échec et la réussite de tout ce qui se passe, et il en est responsable (bien que cette notion ne soit pas perçue de la manière par les deux). Les deux lancent un pied de nez aux déclarations qui ont agité les 19 (devenus 19-4) signataires de la lettre adressée au président de la République, selon lesquelles ce dernier n’est pas au courant de ce qui se passe dans le pays.
Zaid Zoheir