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GRANDS AXES DE LA RELANCE ÉCONOMIQUE : Le gouvernement se saisira bientôt des rapports du CNES

Quatre rapports traitant des conditions de mise en œuvre de la relance économique seront remis cette semaine au gouvernement. Malgré le recul des prix des hydrocarbures et la crise sanitaire de la Covid-19, le CNES, récemment investi de la mission d’intermédiaire entre les opérateurs économiques et le gouvernement, reste confiant sur la mise en œuvre du Plan de relance pour une économie nouvelle.

L’objectif d’atteindre cinq milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures d’ici fin 2021, comme promis par le président de la République, semble réalisable pendant les 16 mois qui nous séparent de cet échéancier, selon Rédha Tir. Le programme de transformation et de redémarrage de l’économie, réclamé par le gouvernement aux membres du CNES (Conseil national économique et social) et sur lequel plusieurs sommités de haut niveau ont eu à travailler, a consisté notamment à cerner les conditions de mise en œuvre d’une économie basée sur la concurrence et la liberté de mouvement des chefs d’entreprises. S’exprimant, hier, à l’émission L’Invité de la rédaction de la chaîne 3 de la Radio algérienne, le président du CNES, le professeur Rédha Tir, a rappelé qu’à la suite de saisines du gouvernement, des rapports sur lesquels ont travaillé plus de 250 cadres ministériels et des « sommités de haut niveau », vont, incessamment être soumis à ce dernier. De l’un de ces quatre rapports, dont il précise qu’il est en phase avec la réforme économique projetée, il vise, dit-il, à encourager le Doing-business, en levant les nombreux blocages dont souffre l’investissement. Les autres rapports, indique-t-il, sont successivement consacrés au système national des statistiques, au système coopératif et de promotion du secteur de l’agriculture et à la transition énergétique sur le plan comportemental. Rédha Tir a révélé que le « Doing-busines a été transféré sur notre demande du ministère de l’Industrie vers le CNES et on voit en le CNES le milieu naturel pour ce type de classement, là où il y a les contributeurs qui répondent au questionnaire de la Banque mondiale sur les 12 dimensions faites par le Doing-busines ». L’aspect le plus important autour duquel a débattu la rencontre consacrée au Plan de relance économique et sociale a porté, relève le professeur Tir, sur l’état économique, social et environnemental de la nation. À propos de la question du chômage, en particulier, l’intervenant estime qu’il faudrait étudier les moyens de soutenir l’embauche et celui des compétences en analysant le marché du travail, lequel, constate-t-il, souffre de déséquilibres et de dysfonctionnements « énormes ». Désormais, déclare le président du Conseil national économique et social, maintenant qu’un état des lieux a été dressé « sur les carences et les blocages », nous avons à disposition les recommandations pour entamer « un nouveau départ », mais pour cela il faudrait, souligne-t-il, qu’on dépénalise l’acte de gestion, jugeant que confrontés, par exemple, à une situation critique, les chefs d’entreprises ne peuvent, par peur, pas prendre de décision de passer des contrats, d’investir ou de recruter ».

Incertitudes sur le plan macroéconomique
Pour le professeur Tir, si l’Algérie est arrivée à une situation aussi difficile, marquée par une incertitude au plan macroéconomique, constituant un réel danger pour elle, c’est parce que, explique-t-il, « elle n’a jamais fonctionné sur la base de données ». Pour lui, il y a nécessité de revoir tous les textes « toxiques », conçus sur mesures au bénéfice d’une catégorie de « personnes ». Lors de son intervention, le professeur Tir fait part de l’élaboration en cours d’un modèle d’équilibre macroéconomique d’économie destiné à équilibrer et optimiser les ressources, ainsi qu’un système novateur de simulation économique et écologique, organisant une consommation « modérée » des ressources naturelles nationales. Rédha Tir a fait savoir que le CNES travaille en étroite collaboration avec le gouvernement pour planifier la reprise, notamment après cette crise de la Covid-19 et de manière général planifier les réformes structurelles, c’est-à-dire qu’il vise une transformation structurelle de l’économie nationale. « L’objectif est arrêté sur un échéancier constitué de trois horizons : le très court terme (le 31/12 de cette année), le court terme (l’année 2021) et puis à partir de 2022 c’est le moyen terme de cette politique de quinquennat », a-t-il expliqué. Interrogé sur le Conseil des ministres qui s’est tenu hier, le président du CNES a affirmé qu’il a dressé un véritable rapport d’état des lieux pour les autorités du pays, leur permettant d’avoir un aperçu sur la situation économique nationale. « Les experts du CNES, soutenus par des équipes de chercheurs qui sont également des spécialistes et cadres au CNES, plus d’une centaine de cadres ministériels, tout le monde était mobilisé autour de l’élaboration de ce document. Les carences et surtout les enjeux futurs de l’économie actuelle et aussi les blocages, sur le plan économique et social aussi par rapport à l’environnement », a-t-il souligné. « Il ne faut pas oublier aussi que l’Algérie a signé beaucoup d’accords internationaux où il est question des relations avec le droit écologique, on va dire de l’ingérence écologique, on a proposé surtout que le traités multilatéraux et bilatéraux soient revus », a-t-il relevé. Il a insisté sur l’impératif de prendre au sérieux la question du chômage et les déséquilibres et dysfonctionnements dont souffre le marché du travail, appelant le gouvernement à les prendre « très au sérieux ». Le CNES craint-il que la crise économique entraine une crise sociale ? « Prendre au sérieux la crise économique veut dire qu’on demande à ce que des outils objectifs soient utilisés. Une analyse à travers les données de l’économie nationale. Or, l’Algérie n’a jamais fonctionné avec des données », a-t-il précisé. « Nous sommes en train de monter toute une base de données nationale et un centre technologique dédié pour l’analyse et les indicateurs autour de l’économie, notamment autour des 17 objectifs qu’on appelle ODD (Objectifs de développement durable) mais in fine le gouvernement aura besoin d’une batterie d’indicateurs actualisés », a-t-il poursuivi. Il a regretté qu’actuellement ces indicateurs n’existent pas. « On est dans une incertitude macro-économique qu’on doit cerner. Au CNES, nous sommes en train de chercher à cerner cette certitude macro-économique, c’est-à-dire essayer d’éviter à l’Algérie un certain nombre de risques et dangers macro-économiques qu’ils faut déceler et surtout chercher des solutions pour y remédier », a-t-il diagnostiqué.

« Un toilettage du Journal officiel »
Il a appelé ensuit à ce qu’il a appelé « un toilettage de Journal officiel » afin de « revoir tous les textes législatifs » dans le pays. Il a estimé que les textes de loi actuels sont « toxiques » et «comportent beaucoup de règles nocives et dont la majorité est faites sur mesure par rapport à des cas et des situations du passé». Sur la dernière décision prise par le président de la République sur la non-prise en compte dorénavant des lettres anonymes, Rédha Tir a estimé que cela contribuera « à rendre l’acte d’investir en général accessible par le biais de la dépénalisation. Ce qui est d’une importance capitale pour la relance de l’économie. Tout cela s’inspire du programme présidentiel ». Pour lui, « de l’autre côté, le gouvernement est appelé à déboulonner le système au cours de cette année ». « Il ne faut pas oublier que le Président a mis un élément phare, c’est-à-dire atteindre le niveau de 5 milliards de dollars d’exportations. Cela veut dire qu’on a une année et 4 mois pour réaliser tout cela. Encourager l’exportation nécessite de revoir toute la chaîne de valeurs », a-t-il estimé.
Hamid Mecheri