La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, a dénoncé les sanctions imposées contre elle par les États-Unis, qu’elle assimile à une forme de « mort civile », selon une enquête publiée par The Guardian et réalisée par le journaliste Julian Borger.
Dans une interview accordée au quotidien britannique à Genève, la juriste italienne est revenue sur les conséquences personnelles et professionnelles de ses prises de position, notamment après la publication en mars 2024 d’un rapport intitulé « Anatomie d’un génocide » consacré à la situation à Ghaza. En juillet 2025, les États-Unis ont imposé des sanctions à Francesca Albanese, connue pour ses rapports documentant les violations des droits des Palestiniens et appelant à des poursuites contre les responsables présumés. Selon son témoignage, ces mesures ont eu des effets majeurs sur sa vie quotidienne. Elle affirme avoir été placée « dans la même catégorie que des meurtriers de masse et des trafiquants de drogue », sans avoir eu la possibilité de se défendre devant une juridiction. Elle décrit un dispositif de sanctions extrêmement large, signé par le président Donald Trump, interdisant à toute personne ou entité américaine de lui fournir des fonds, des biens ou des services. Cette décision a conduit, selon elle, au gel de ses comptes bancaires, à la confiscation d’un logement familial à Washington et à l’impossibilité d’utiliser des cartes bancaires internationales, la majorité des transactions passant par des systèmes américains.
Menaces, intimidation et pression familiale
Francesca Albanese affirme également avoir été la cible de menaces de mort après la publication de son rapport de 2024, dans lequel elle estimait que les éléments constitutifs d’un « génocide » à Ghaza étaient réunis. Elle rapporte avoir reçu, alors qu’elle résidait en Tunisie avec sa famille, des appels anonymes menaçant d’enlever et d’agresser sexuellement sa fille âgée de 13 ans, en mentionnant son école. Ces menaces ont conduit à une demande urgente de protection sécuritaire. Son entourage professionnel n’a pas été épargné. Son époux, Massimiliano Cali, économiste à la Banque mondiale, aurait été visé par une campagne de dénigrement en ligne ayant contribué à son éviction d’un poste lié au dossier syrien, ce que la juriste qualifie de « capitulation institutionnelle».
La rapporteuse spéciale évoque également des épisodes de pression en Europe. En Allemagne, elle aurait fait face à des tentatives d’interdiction de prise de parole lors d’une conférence publique, avec la présence de forces de police anti-émeutes.
Les autorités auraient envisagé une arrestation sur la base d’accusations liées à la « minimisation de l’Holocauste », en raison de comparaisons historiques entre différents crimes de masse. Face à ces sanctions, Albanese et sa famille ont engagé une action en justice devant une cour fédérale à Washington contre l’administration américaine.
Ils estiment que ces mesures violent plusieurs amendements de la Constitution américaine, notamment ceux garantissant la liberté d’expression et la protection contre les confiscations arbitraires de biens. Selon ses déclarations, cette procédure ne vise pas uniquement à obtenir réparation financière, mais surtout à contester ce qu’elle considère comme une atteinte à la liberté de parole sur la politique israélienne.
Poursuite de l’engagement malgré les pressions
Malgré les controverses et les risques personnels, Francesca Albanese affirme continuer son travail au sein des Nations unies et sur les réseaux sociaux, où elle défend ses analyses concernant Ghaza et les droits des Palestiniens. Elle soutient que son combat dépasse les gouvernements américains et israéliens, qu’elle accuse de représenter un système plus large dominé par des « élites prédatrices » profitant des conflits. Elle a également refusé de démissionner de son poste, poursuivant la publication de rapports, dont certains évoquent la responsabilité de plusieurs États et entreprises dans le conflit à Ghaza.
Malgré les attaques dont elle fait l’objet, Francesca Albanese bénéficie d’une forte visibilité internationale. Lors de ses conférences, elle attire un public nombreux, notamment parmi les étudiants et militants des droits humains. Certains experts, toutefois, critiquent ce qu’ils perçoivent comme un mélange entre langage juridique et militantisme politique, estimant que cela l’expose davantage aux attaques de ses détracteurs.
Elle prépare par ailleurs, la publication d’un ouvrage intitulé «Quand le monde dort», consacré à plusieurs récits humains liés au conflit, dont celui de la jeune Hind Rajab. Interrogée sur la frontière entre engagement politique et rôle institutionnel, elle a répondu fermement : « Tout ce qui nous entoure est politique.
Les violations des droits humains sont politiques. Pourquoi devrais-je rester dans une case ? ». Enfin, elle affirme que malgré les pressions, sa détermination reste intacte : « Ma liberté aujourd’hui est plus forte que ma peur. L’échec n’arrive que lorsque l’on cesse de se battre».
M. S.












































