MEDIATION POUR LE DIALOGUE

EN RÉUNION D’URGENCE AUJOURD’HUI : Le panel de médiation pour le dialogue sur une corde raide

Le panel des six personnalités nationales de médiation et de dialogue aura-t-il encore une raison d’exister après le rejet catégorique, par le Commandement de l’ANP, des préalables posés comme mesures d’apaisement avant d’aller vers un dialogue national ?

Défections en cascades des personnalités auxquelles il a lancé un appel pour renforcer ses rangs. Désavoué et très critiqué dès le début par le Hirak, le panel composé de six personnalités (Smail Lalmas claque la porte), vit dans une grande confusion à peine sa naissance décrétée mercredi dernier. Ces membres ; Karim Younès (coordinateur), Fatiha Benabbou, Lazhari Bouzidi, Abdelwahab Bendjelloul, Azzedine Benaïssa, rejoint par un jeune activiste méconnu, Mohamed Yassine Khenifer en l’occurence, vont se rencontrer aujourd’hui pour décider sur l’avenir de ce panel et juger de son utilité.
Même en se savant être sur un terrain miné, Karim Younès semble déterminé à sauver les meubles. L’ancien président de l’APN avait fait savoir que le panel pourrait suspendre sa mission, voire s’auto-dissoudre, cette semaine, si jamais les pouvoirs publics ne prendraient pas en charge les exigences posées avant le dialogue. Toutefois, il peut, lui et ses compères, être déçus, puisque le vice-ministre de la Défense nationale, Gaïd Salah, et au nom de l’Institution militaire, s’est positionné contre les mesures d’apaisement, dont la libération des détenus d’opinion, l’allègement du dispositif sécuritaire lors des marches des vendredis et le départ du chef de l’État et du gouvernement.
Pour rappel, cette commission a demandé notamment le départ de Bedoui et son gouvernement, la libération des manifestants détenus, l’allégement du dispositif de sécurité autour d’Alger… etc., comme préalables au lancement d’un dialogue. Des demandes qui viennent d’essuyer un refus catégorique de la part du chef d’état-major de l’ANP, après avoir été plutôt bien accueillies par le chef de l’État. Cependant, le seul, pour l’instant, à avoir osé claquer la porte du panel est l’économiste Smaïl Lalmas, également porte-parole de cette commission, reçu en audience, jeudi dernier, à la Présidence, par Abdelkader Bensalah.
Sur sa page facebook, Lalmas dénonce notamment « l’absence d’une réponse positive aux revendications populaires concernant les mesures d’apaisement nécessaires pour la réussite du processus de dialogue et en raison des pressions que j’ai subies depuis l’annonce de la composition du panel», comme motif de son retrait.
D’autres personnalités, ayant encore un ancrage populaire, ont refusé dès que leurs noms furent cités dans la liste des candidats appelés à rejoindre le groupe, comme Nacer Djabi, Taleb Ibrahimi, Bouchachi, Hamrouche, Drifa Ben M’ hidi, Aït Larbi. Ce qui illustre parfaitement l’inquiétude qui dominait ces personnalités et leur doute quant à une réussite de cette mission.
À ces coups durs pour la crédibilité du panel s’ajoute la méfiance exprimée par les partis de l’opposition, qui ont sévèrement chargé le panel, dont le FFS, RCD, FJD et Jil Jadid.
Autre rejet essuyé par ce panel, la marche des étudiants de mardi dernier qui a été très critique envers Karim Younès et ses compères. «Pas de dialogue avec le gang», «La honte, une bande mafieuse dirige le dialogue»… etc., pour ne citer que ces deux slogans entonnés dans cette manifestation.
Face à cet état de fait, Karim Younès a du mal à cacher sa déception et continue à résister. « L’histoire est une roue qui tourne sans fin et nul ne peut entraver sa course ni l’empêcher d’atteindre son destin. Je suis plus soucieux du futur de mon pays que du présent de ma propre image », s’est-il défendu des reproches à son encontre. « C’est alors, en mon âme et conscience, que je me suis senti obligé (…) l’obligé de mes compatriotes, l’obligé de nos enfants, adultes en devenir, exclusivement. Même si je dois encore être victime de mise en accusation, je continuerai à agir de façon équitable en dépit de la manière inique dont certains opèrent car je me veux engager dans ce processus qui vise à prendre à bras-le-corps la réalité telle qu’elle est», a-t-il posé comme arguments.
Karim Younès, qui ne cesse de répéter que le panel est «indépendant» et que «toutes les personnalités sont appelées à y contribuer», regrette le fait «de constater que mon appel à l’action se transforme en appel à la réaction». Il convient de rappeler que depuis l’audience que lui a accordée le chef de l’État, ce panel a tenté de persuader l’opinion publique du «bien fondé» de cette démarche, par notamment «exiger» des préalables au dialogue.
Hamid Mecheri