Tebboune

DIALOGUE AVEC LE HIRAK, REFONTE DE LA CONSTITUTION, FORMATION D’UN GOUVERNEMENT ET LES JEUNES COMPÉTENCES : Tebboune face à ses engagements

Le nouveau président de la République, élu à raison de 58,15% des suffrages exprimés, à l’issue de la présidentielle de jeudi passé, Abdelmadjid Tebboune, devra retrousser ses manches pour faire face à la crise multiforme que vit le pays depuis des années maintenant.

Lors d’une conférence de presse suivant sa victoire au scrutin présidentiel, l’élu Tebboune qui, il faut le rappeler, a assuré une campagne électorale au service minimum, répartie entre dérobade de dernière minute et le confort de son bureau, a promis d’honorer ses engagements. Le désormais président de la République, conscient de la situation actuelle et le bras de fer engagé depuis plusieurs mois entre le mouvement populaire et le pouvoir, a « tendu la main » à la protesta pour l’ouverture d’un dialogue afin, a-t-il expliqué, d’« écouter ses préoccupations et les prendre en charge pour bâtir une nouvelle Algérie et restaurer la confiance entre les enfants du pays ». Là, le nouveau Président, en attente d’intronisation officielle, invite, tout bonnement, le mouvement populaire à se structurer et dégager des représentants avec qui « prendre langue ». Une tâche pas du tout aisée pour M. Tebboune, sachant que le mouvement citoyen a toujours refusé de se faire représenter pour garder son aura et sa mobilisation intacte, et éviter les tentatives de récupérations, auxquelles le pouvoir fait appel à chaque fois qu’il veut faire éclater un mouvement gênant. Ainsi le président Tebboune, doit s’appuyer sur tout son savoir-faire pour convaincre les protestataires de la noblesse de son initiative pour les ramener sur la même table, alors que ces derniers réclament le départ de tout le système, dont il est justement issu. Et non seulement : Il doit faire preuve de signes d’apaisement, pour détendre l’atmosphère, et créer un climat propice à la tenue d’un dialogue inclusif et constructeur avec le mouvement citoyen, à commencer par la libération de tous les détenus politiques et d’opinion de l’après 22 février, arrêtés puis incarcérés, qui pour le port de l’emblème Amazigh, qui pour ses activités au sein du mouvement. Des accusations qui, à vrai dire, ne tiennent plus la route. À écouter son discours, le président Tebboune a déjà inscrit cette éventualité dans son agenda, car tout en excluant toute grâce présidentielle aux personnes incarcérées pour des affaires de corruption, il a toutefois laissé les portes ouvertes aux détenus du mouvement citoyen et même disposé à un dialogue avec toutes les forces politiques pour éteindre les feux de la fitna (discorde).

Une nouvelle Constitution
L’autre grand chantier placé aux urgences de M. Tebboune est l’élaboration d’une nouvelle Constitution : où « L’Algérie nouvelle trouvera son expression à travers de nouvelles institutions et un nouvel équilibre des pouvoirs entre le Président et le Premier ministre », a déclaré le président Tebboune, dont la victoire n’a pas été contestée par aucun de ses concurrents, qui d’ailleurs ne comptent pas introduire de recours auprès du Conseil constitutionnel. À travers cette notion de « nouvel équilibre » le nouveau Président envisage, sans vraiment le dire, l’adoption d’un régime semi-présidentiel, se démarquant ainsi de celui (régime : Ndlr), de son prédécesseur, Abdelaziz Bouteflika, adepte d’un régime hyper présidentiel, où ce dernier régnait en maître absolu, où aucune voix discordante n’était tolérée.
La future première Loi du pays, que le Président fraichement élu, compte soumettre à l’approbation du peuple par « voie référendaire » sera élaborée après consultation avec les universitaires, intellectuels et autres spécialistes, avec également la participation de la communauté algérienne établie à l’étranger. Les forces politiques, celles notamment de l’opposition de la mouvance démocratique seront-elles associées aux débats ? Le président Tebboune n’a pas soufflé mot. Si le débat sur la nouvelle Constitution n’est pas élargi à ces forces, donc élaborée sur un fond d’exclusion, la future Constitution sera affaiblie, du fait qu’une bonne partie de la population ne s’identifie pas en son sein, ce qui pourrait constituer un handicap pour le nouveau Président. Ce dernier a promis en outre d’amender l’actuelle loi électorale pour permettre l’émergence d’une nouvelle classe politique «plus efficace».

Un gouvernement de jeunes ?
Concernant le prochain gouvernement, le président Tebboune a reconnu que cette « entreprise » n’est pas du tout facile, mais il a toutefois assuré que le futur gouvernement « sera constitué de jeunes hommes et femmes ». Cette insistance de tous les candidats en lice, et autres personnalités à passer le flambeau aux nouvelles générations, où les « anciens » seront, par conséquent, exclus de la gouvernance, n’est pas en mesure d’apporter des solutions aux problèmes posés, car l’âge est un aspect biologique, dénué en vérité de toute logique, liée aux compétences, nationalisme, abnégation ou amour du pays, et de surcroît, constitue en elle-même une exclusion générationnelle, alors que le pays à besoin de toutes les forces vives, pour se reconstituer et recoller les morceaux légués par l’ancien système.
À voir la complexité de la situation, marquée par une crise multidimensionnelle, dont le peuple, qui aspire à des jours meilleurs, attend des solutions immédiates, le nouveau Président a peut-être hérité d’un cadeau empoisonné légué par les pouvoirs successifs, dont il était un fervent défenseur. Et cette fois-ci, le pouvoir a, en face de lui, un opposant pas comme les autres, appelé le mouvement populaire qui ne fléchit pas depuis plus de neuf (9) mois.
Brahim Oubellil