Zoubir Souissi

DÉCÉDÉ HIER À L’AGE DE 78 ANS : Zoubir Souissi méritait mieux que l’indifférence du Soir d’Algérie

Zoubir Souissi a tiré sa révérence. La mort l’a ravi aux siens et à la presse indépendante, alors qu’ils avaient encore besoin de lui. Sa bonhomie va nous manquer et ses boutades aussi exquises les unes que les autres, aussi. Sa maîtrise de la mission d’informer, et son combat pour une presse libérée des contraintes ont inspiré bien des jeunes journalistes. Je me souviens encore de sa voix gutturale qui résonnait dans les couloirs du Soir d’Algérie, qu’il venait de fonder en 1990 avec quatre autres journalistes, Djamel Saïfi, Maâmar Farrah,  ainsi que les regrettés Fouad Boughanem et Mohamed Bederina.

À cette époque, pour nous qui venions de débuter la carrière de journalistes,  il n’était pas le patron, mais le professeur qui nous prodiguait des cours et des conseils pour mieux vivre l’expérience que nous venions d’entamer. Il guidait nos pas et n’hésitait pas, souvent, à nous proposer de lire les manuscrits des chroniques qu’il publiait, chaque jeudi au Soir d’Algérie. Pour nous, cette attitude était des plus étranges car comment lire et donner son avis sur le texte d’une sommité de la presse algérienne. Lui, imperturbable, nous affirmait que cela lui faisait plaisir et qu’ils voyaient en nous les premiers lecteurs de sa chronique avant sa publication. Le Soir d’Algérie, c’était lui qui avait fait du titre, un espace incisif au service de la patrie et de la presse indépendante. Il avait, avant l’arrêt du processus électoral pesé de tout son poids pour éviter que son journal n’enfourche la selle de la soumission aux voix qui commençaient à caresser le parti islamiste dissous dans le sens du poil. Par la suite, les années noires du terrorisme, et la crainte des attentats ne l’avaient pas fait reculer. « Dénoncez le terrorisme  abject et racontez son horreur, vos papiers ne seront pas censurés », disait-il, quand on lui faisait part de nos craintes, « Signer Yacine B ou Saad Ouargli si vous avez des craintes, mais il ne faut pas vous taire », se plaisait-il à répéter. Durant cette époque, il avait fait de son journal le porte-parole  de « l’Algérie horra dimocratia », qui refusait de céder sous la contrainte du glaive du terrorisme. D’ailleurs, le Soir d’Algérie avait payé cher son engagement  puisque son siège avait été la cible, le 11 février 1996, d’un attentat dans lequel avaient péri trois de ses journalistes. Après sa résurrection et malgré les meurtrissures, le journal gardait sa ligne éditoriale.  Quelques années plus tard, contraint de s’effacer pour laisser la place à Fouad Boughanem, il est allé servir la presse en dirigeant le défunt Conseil supérieur de la déontologie. Son départ fut une véritable perte pour le journal qui a vu plusieurs de ses journalistes brillants partir, et qui a même se départir de son statut de titre du soir pour aller s’incruster dans un espace médiatique du matin encombré depuis. Hier, en consultant le site du Soir, j’ai été sidéré en voyant, l’annonce froide et laconique de son décès. Ce n’est pas ainsi qu’on fait part de la disparition de son « géniteur ». Ce n’est pas ainsi qu’on annonce le décès d’une figure emblématique de la presse nationale et d’une plume qui avait été de tous les combats pour l’Algérie démocratique. Dors en paix Zoubir, ton souvenir survivra à l’indifférence et la froideur  qu’ont affichées certains. Tu étais le « gourou » et le compagnon  de plusieurs journalistes, qui garderont ton souvenir vivace, même si ceux du Soir d’Algérie se sont fendus d’un laconique faire-part, qui renseigne sur leur  degré de désaffection. Dors en paix Zoubir, et sincères condoléances à ta famille et tes proches.
Slimane Ben

Condoléances
Attristés par le décès de leur ami et confrère, Zoubir Souissi, le directeur de publication du Courrier d’Algérie, Ahmed Toumiat, ainsi que l’ensemble du personnel du quotidien, présentent leurs sincères condoléances à la famille du défunt, et l’assurent de sa sympathie en cette douloureuse épreuve.
« À Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons »