Gaïd Salah

DÉCÉDÉ HIER À ALGER D’UN ARRÊT CARDIAQUE : Ahmed Gaïd Salah tire sa révérence

Le général de Corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’ANP est décédé, hier, des suites d’un arrêt cardiaque, en son domicile, à l’âge de 79 ans, a indiqué un communiqué de la présidence de la République.

« Le président de la République, ministre de la Défense nationale, Chef suprême des Forces armées, Abdelmadjid Tebboune annonce, avec une profonde affliction, le décès du moudjahid général de Corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, Chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), survenu lundi 23 décembre 2019 à 6h00 du matin des suites d’un arrêt cardiaque en son domicile avant d’être transféré à l’hôpital central de l’Armée de Aïn Naâdja», cite la même source, reprise par l’APS. Une veillée funèbre à la mémoire du défunt sera organisée aujourd’hui, au Palais du peuple, sis sur les hauteurs d’Alger. Quant à la cérémonie d’enterrement du regretté Ahmed Gaïd Salah, elle aura lieu demain, au cimetière d’El Alia.

L’accompagnement du Hirak et l’application de l’article 102
La dernière apparition publique de Ahmed Gaïd Salah remonte à jeudi dernier, lors de la cérémonie d’investiture du nouveau président de la République, où il a été décoré de l’ordre du mérite « SADR», qui est la plus haute distinction de l’État algérien. Cette haute distinction lui a été décernée par le président Tebboune pour son engagement et ses positions républicains durant la grave crise politico-institutionnelle qui a précédé et suivi l’avènement du Hirak du 22 février et la déclaration d’empêchement du président déchu Abdelaziz Bouteflika. Ainsi, au cours des 10 mois de contestation populaire, le Commandement de l’ANP s’est propulsé au-devant de de la scène dès le déclenchement du « Hirak » pour appeler à l’application de l’article 102 de la Constitution contre le cinquième mandat du président Bouteflika, dans le respect de la légalité constitutionnelle et suivant la volonté populaire et ce dans un message adressé le 26 mars dernier, à partir de Ouargla. En effet, Gaïd Salah a joué un rôle clé dans cette phase. Le 30 mars, il a réitéré que la solution à la crise politique résidait dans l’application des articles 102, 7 et 8. Le 31 mars, il a réuni le commandement de l’Armée qui a dénoncé la mainmise de forces « extra constitutionnelles » sur la présidence de la République et a déclaré ne plus reconnaître les décisions qui seraient prises par la première Institution de l’État. C’était la dernière déclaration de sommation.

Le 2 avril, le président Bouteflika annonce sa démission
Depuis lors, les personnes proches de l’entourage de l’ex-Président, aussi bien que les hauts cadres qui ont travaillé sous sa coupe, tombent l’un derrière l’autre. Les gros bonnets parmi les plus en vue ont été ainsi jugés et mis sous les verrous pour atteinte à l’autorité militaire et complot contre l’autorité de l’État.

Lutte sans répit contre la corruption
Depuis le début du Hirak, Gaïd Salah a promis au peuple d’accompagner le mouvement sans faire couler une goutte de sang tout en assurant, au nom de l’état-major, être garant de l’indépendance de la justice. Pendant 10 mois de manifestations pacifiques, le chef d’état-major a assuré, dans ses différentes sorties sur le terrain et ses multiples visites à toutes les régions milliaires, que la justice algérienne poursuivra toutes les affaires de corruption ayant touché à l’économie nationale et ayant bradé les richesses et les deniers publics. Le 10 avril, Gaïd Salah a invité à la réouverture des grosses affaires judiciaires, notamment les dossiers Khalifa, Sonatrach…mais aussi l’affaire des 701 Kg de cocaïne saisie au port d’Oran une année plus tôt. Sur ce, le Commandement de l’ANP a tenu ses promesses. À savoir : la justice, dans beaucoup de lourds dossiers de corruption, a fini par rattraper de hauts responsables de l’État, des ministres, premiers ministres ainsi que des hommes d’affaires pour abus de pouvoir, corruption et dilapidation des fonds publics.

Un moudjahid au riche parcours
Avant d’atteindre le sommet de la hiérarchie militaire, Ahmed Gaïd Salah avait derrière lui une longue carrière. Né le 13 janvier 1940 dans la wilaya de Batna, il était jeune militant du mouvement nationaliste.
Il rejoint le maquis à l’âge de 17 ans, où il gravit les échelons de la hiérarchie pour être désigné Commandant de Compagnie, respectivement aux 21e, 29e, et 39e bataillons de l’Armée de Libération nationale, selon sa biographie publiée sur le site internet du ministère de la Défense. À l’Indépendance, après un cycle de formation en Algérie, pendant deux (02) ans et en ex-URSS, pendant deux (02) ans également, de 1969 à 1971, il a été diplômé notamment à l’Académie de Vystrel (Moscou). Le défunt a participé, en 1968, à la campagne du Moyen-Orient en Égypte. Il a eu à assumer au sein du corps de bataille terrestre les fonctions suivantes : Commandant de groupe d’Artillerie, Commandant de Brigade, Commandant du Secteur opérationnel Centre / Bordj Lotfi 3ème R.M, Commandant de l’École de formation des officiers de réserve/Blida/1 R.M, Commandant du Secteur opérationnel sud de Tindouf en 3ème R.M, Commandant adjoint de la 5ème Région militaire, Commandant de la 3ème Région militaire et Commandant de la 2ème Région militaire. En 1993, il est promu au grade de général major.
Une année plus tard, alors que l’Algérie vivait ses heures les plus sombres du fait de la montée du terrorisme, il est nommé commandant des forces terrestres, le deuxième poste le plus important dans la chaîne de commandement. Dix ans plus tard, en 2004, le président Bouteflika le désigne à la tête de l’état-major en remplacement de Mohamed Lamari. En 2006, il intègre le cercle fermé des officiers ayant le plus haut grade de l’Armée algérienne, celui de général de Corps d’armée.
Depuis le 11 septembre 2013 il entre au gouvernement en tant que vice-ministre de la Défense. Ahmed Gaïd Salah a été décoré de plusieurs médailles (médaille de l’ALN, la médaille de l’ANP 3ème chevron, médaille de participation de l’ANP aux guerres du Moyen-Orient 1967 et 1973, la médaille de bravoure, la médaille du mérite militaire et la médaille d’honneur. Jeudi dernier, il a été décoré de la médaille de l’Ordre du mérite national de rang « SADR », en signe de reconnaissance à ses efforts et à son rôle durant cette période sensible ayant permis de respecter la Constitution et préserver la sécurité des citoyens, du pays et des Institutions de la République.
Sarah Oubraham