Station fouka

COUPURES ET PERTURBATIONS DE L’AEP : Après Fouka, l’enquête élargie à d’autres stations de dessalement

Les incidents et pannes techniques répétitives touchant les stations de dessalement d’eau de mer, dont le dernier incident est survenu jeudi dernier – la veille de la fête de l’Aïd El-Adha-, nécessitent que l’on empreinte plusieurs pistes de réflexion pour revoir la gestion et le financement des futures stations que s’apprêteraient à acquérir notre pays. Au final, cet état de fait retombe directement sur la tête des citoyens, privés d’eau ces jours-ci, de surcroit en plein été et en plein Aid El-Adha.

Invité hier sur les ondes de la Chaîne 3 de la Radio nationale, Smaïn Amirouch, directeur général de l’Algérienne des eaux (ADE), a fait l’aveu. « Il y a un Comité qui a été installé par les deux ministères, à savoir l’Énergie et les Ressources en eau. Il est en train de travailler et de faire des propositions par rapport aux stations de dessalement », a-t-il indiqué, répondant sur une question sur les mesures à prendre dans l’avenir pour prévenir les incidents et pannes en distribution de l’eau potable qu’ont connus les deux jours de l’Aïd dernier.
Les stations de dessalement, note ce responsable, sont la propriété des investisseurs qui sont venus suite à des appels d’offre, sur la base de contrats de vente et d’achat d’eau. Ces stations produisent et vendent de l’eau à l’ADE. « L’ADE n’est pas un exploitant, mais l’acheteur de l’eau. Donc, ce sont les propriétaires et les investisseurs qui ont retenu l’entreprise pour exploiter la station pour le compte de l’investisseur », a fait savoir Smaïl Amirouch, comme pour rejeter la responsabilité de l’ADE dans les coupures et perturbations dans l’alimentation en eau potable. « Mais le plan stratégique du ministère des Ressources en eau en matière de sécurisation des ressources halieutiques prévoit, d’ici l’horizon 2030/2040, la réalisation d’autres stations de dessalement », a précisé le premier responsable de l’établissement public national chargé d’appliquer la politique nationale de l’eau.
Et à lui d’ajouter : « Le comité [installé par les ministères de l’Énergie et des Ressources en eau] est aujourd’hui en train de mener une réflexion ; si l’on restera sur le même modèle de financement pour les futures stations de dessalement, ou aller vers d’autres modèles ? Donc le Comité est en train de travailler et de faire les propositions nécessaires au Gouvernement qui va y trancher ».

Un nouveau modèle de financement des stations ?
Sur cette question-problématique de la « double gestion » des stations de dessalement (Énergie-Ressources en eau), le DG de l’ADE a regretté cet état de fait, soulignant que c’est aussi l’une des pistes que soumettra le Comité au Gouvernement. « Il faut revenir aux années de la sécheresse en 2001, l’année où l’État algérien a décidé de se lancer sur les stations de dessalement. La première station a été réalisée par Sonatrach à Oran (…) la station a été mise en service en 2008. À l’époque, il y avait des problèmes financiers, c’est pour cela que cette formule de financement a été retenue par le Gouvernement », a-t-il argumenté.
La semaine dernière, le ministère des Ressources en eau a déposé une plainte auprès des services de sécurité pour l’ouverture d’une enquête, afin de déterminer les responsabilités concernant l’arrêt de la station de dessalement de Fouka, survenu jeudi. « La station de Fouka enregistre fréquemment des incidents induisant parfois son arrêt total, comme cela a été le cas en 2019. Plus d’une fois, ces arrêts inexpliqués sont intervenus à la veille de rendez-vous importants pour notre peuple », a indiqué le ministère dans un communiqué. Survenu à la veille de l’Aïd-El-Adha, à 4h30, l’incident avait causé des perturbations dans plusieurs communes des wilayas d’Alger et de Tipasa.
Interrogé sur cette question, le DG de l’ADE a répondu : « effectivement, on a eu énormément de doutes sur le fonctionnement de certaines installations de production et de distribution de l’eau. Trop de coïncidences et pas uniquement cette année. On a eu des arrêts à la veille d’évènements nationaux et religieux. On produit suffisamment d’eau, mais une tranche de la population, dans certains quartiers et bâtiments, ne le reçoivent pas dans les robinets ». « C’est pourquoi le ministre [Arezki Berraki], lors de son déplacement la veille de l’Aïd, dans la wilaya de Tipasa a émés des doutes sur les pannes répétitives de la station de dessalement de Fouka. Il a demandé à ce que l’on regarde ça de plus près. Donc des enquêtes seront lancées sur le terrain et feront toute la lumière sur les évènements de cette année et ceux des années passées », a-t-il précisé. Les nouveaux défis que doit relever le secteur de l’eau nécessitent l’exploitation de nouvelles ressources pour faire face aux besoins croissants en eau et à l’urbanisation du monde. Le premier grand axe de réflexion est les stations de dessalement de l’eau. « Aujourd’hui, 17 % de l’eau dans nos robinets est produite par les stations de dessalement. La politique nationale de la mobilisation de la ressource prévoit, d’ici 2040/2050, d’arriver à produire
50 % des besoins à partir de l’eau dessalée. Les changements climatiques nous poussent vers cette solution », a estimé Smaïl Amirouch.
Hamid Mecheri