Afrique

CORONAVIRUS : Quand la pandémie a révélé le racisme et les élucubrations des mandarins français 

Certains « mandarins » français, généralement professeurs de médecine, défilent en ce moment sur les chaînes d’info françaises qui se font une concurrence incroyable dans la course à la bêtise et au sensationnel sous couvert de savoir et font parfois carrément dans le plus vil racisme à l’égard de l’Afrique et des Africains.

Parmi les derniers chefs d’œuvre un bout de vidéo qui fait le buzz sur les réseaux sociaux. Il est extrait d’une émission de la chaîne de télévision française LCI. On y entend parler le Pr Camille Locht, directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) basé à l’Institut Pasteur de Lille, et le sinistre Pr Jean-Paul Mira, chef du service réanimation à l’hôpital Cochin de Paris. Le premier fait le point sur les pistes de recherche ouvertes pour vaincre le Covid-19. Il évoque notamment un vaccin contre la tuberculose, qui a fait partie des vaccins obligatoires en France, et demeure très administré dans de nombreux pays d’Afrique : le BCG.
Quelques observations empiriques semblent en effet démontrer que les personnes qui ont reçu ce vaccin dans les vingt dernières années sont plus résistantes face au virus, explique-t-il. Mais les propos qui vont faire bondir de leurs fauteuils de nombreux téléspectateurs et internautes, sont ceux du Pr Jean-Paul Mira. « Si je peux être provocateur, est-ce qu’on ne devrait pas faire cette étude en Afrique où il n’y a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation (…) ». Depuis, la polémique ne cesse de grossir en France et sur le continent africain où l’on dénonce un incroyable racisme et cette volonté des « blancs » de mépris comme au bon vieux temps de la colonisation. Mais ces prises de position méprisables révèlent une triste réalité, faire de l’Afrique un continent corvéable et taillable à merci que non seulement on exploite mais que l’on transforme en vaste champs de prédation et d’expérience à haut risque pour les Africains. Déjà en 2005 une étude sous le titre “l’Afrique, cobaye de Big Pharma”, revient sur certains d’entre eux. “En mars 2005, les essais cliniques d’un antiviral utilisé contre le sida ont été suspendus au Nigeria, en raison de manquements éthiques graves. Menées par l’association Family Health International pour le compte du laboratoire américain Gilead Sciences. Ces expériences étaient financées par le gouvernement américain et par la Fondation Bill et Melinda Gates. Si elles ont été aussi interrompues au Cameroun (février 2005) et au Cambodge (août 2004), elles se poursuivent en Thaïlande, au Botswana, au Malawi, au Ghana et aux États-Unis (…). Partout dans les pays du Sud, des firmes pharmaceutiques organisent des essais cliniques au mépris de l’éthique et de la sécurité des patients : absence de consentement des sujets, information sommaire, contrôle thérapeutique insuffisant, faible bénéfice pour le malade ou la population”, peut-on lire dans cette étude.
Il faut souligner que la rhétorique du ci-devant Pr Jean-Paul Mira est nauséabonde. Elle part d’un certain nombre de présupposés coloniaux qui supposent que l’Afrique reste à la disposition de l’Europe et des colonisateurs d’hier pour « profiter » de la pauvreté du continent et de ses habitants et de la grande complicité de ses dirigeants. Les déclarations choquantes de ces nouveaux Mengele doivent pousser à exiger un débat citoyen ouvert sur les questions relatives aux recherches scientifiques, aux cadres légaux et éthiques des expérimentations qui se déroulent sur le sol du continent et sur la complaisance de certains régimes africains. D’autant que cette complaisance, digne de la France-Afrique de naguère, est sous-tendue par une volonté de domination. Il est tout aussi urgent d’exiger des pays africains la mise en place de vrais instituts de recherche nationaux, ayant les moyens de travailler et de faire des découvertes par eux-mêmes, mais ayant aussi les compétences et les équipements pour “surveiller” les protocoles, vaccins et médicaments venus d’ailleurs, et qui entrent sur leurs territoires. Il faut aussi que l’Union africaine soit vigilante et impose à ses États membres la mise en place d’une  industrie pharmaceutique africaine et de recherches scientifiques digne conséquentes sur les fléaux qui ravagent certains pays du continent.
M. Bendib