Makri

CAMPAGNE POUR LES LÉGISLATIVES : Polémique et surenchère aux meetings de partis

La campagne électorale pour les législatives du 12 juin a entamé sa deuxième semaine. Certains responsables politiques et candidats suscitent la polémique, voire, font presque dans la surenchère, par leurs déclarations et leurs promesses.

Le président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Abderrazak Makri, fait encore une fois une des siennes. À Jijel, il a jeté le doute sur la régularité des prochaines élections en avertissant « d’éventuelles manipulations des résultats du scrutin ». Il a estimé qu’une telle occurrence serait « une menace grave » pour l’avenir du pays et déboucherait « sur sa division », en plus de donner du grain à moudre aux partisans du boycott. Le chef du MSP a déclaré que son parti est le premier à avoir récolté le plus de signatures pour ses candidats. Le MSP, selon lui, est « le seul parti capable à remplir les salles » durant l’actuelle campagne électorale. « Nous trouvons même des difficultés à appliquer les mesures de distance physique (…). Et d’ajouter, « les autorités doivent s’appuyer sur notre parti qui peut contribuer à sauver l’État et qui donne un sens à la politique. Nous croyons à notre pays et à la capacité de transformer la menace en une chance », a-t-il soutenu. D’autre part, il voit dans la participation massive des indépendants une déconstruction des partis politiques, particulièrement ceux ayant été responsables des échecs par le passé. Makri délivre par-là un message qui donne à lire que le MSP devrait rafler la mise. Une sortie assimilée à de la surenchère. En effet, cette affirmation intervient au moment où les observateurs et les spécialistes de la scène politique affirment qu’à la future APN « il n’y aura pas de majorité, il y a aura beaucoup d’indépendants et il devra y avoir des alliances ».
Dans la même mouvance politique, Abdelkader Bengrina, leader du Mouvement El-Bina, a, lui aussi, versé dans la polémique. Il a enfoncé le secrétaire général du FLN qui s’était enorgueilli des réalisations de l’époque du part unique. Bengrina a estimé que « ce parti est justement le responsable des souffrances des Algériens et des multiples échecs dans différents domaines, d’où les crises vécues actuellement ». Il a accusé ouvertement le FLN d’avoir fait, des années durant, dans la fraude électorale pour accaparer le pouvoir en toute illégitimité. C’est dire qu’à défaut d’idées et de projets on s’entredéchire face à population aspirant à des jours meilleurs. Par ailleurs, Bengrina a rappelé de nouveau les références de son parti, à travers « son attachement à l’appel du 1er novembre 1954 ». Des propos fortement usés.
Pour sa part, le président du Front El-Moustakbel, Abdelazizi Belaïd, a déclaré, à partir de Laghouat, que « les prochaines élections législatives constituent une opportunité pour consacrer la notion de l’État avec la mise en place d’un levier constitutionnel important que représente l’Assemblée populaire nationale. Sans stabilité politique, le développement économique et social est impossible ».
Appelant, encore une fois, à renforcer le front interne, Belaïd a estimé que « toutes les forces nationales doivent constituer un mur solide pour protéger l’Algérie ». « Notre pays est ciblé de l’étranger », a-t-il averti. Quant à son passage à Annaba, il y est revenu essentiellement sur l’obligation de moralisation de l’action politique, affirmant qu’il « faut rompre avec le discours de haine et de l’insulte ». S’adressant aux partis et autres candidats, il a souligné : « nous devons diffuser de l’espoir et travailler pour rétablir la confiance ».
Le point intriguant après ce genre de déclarations qui viennent encore une fois jeter le discrédit sur cette consultation populaire est le mutisme de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) qui est justement l’organisateur et le garant de sa transparence. Elle est censée, par conséquent, être le régulateur de la campagne. Sur les réseaux sociaux, des milliers d’internautes se sont interrogés sur l’utilité de la signature d’une charte de l’éthique élaborée par celle-ci. On remet en cause aussi, dans ce cas, la capacité de l’Anie de tenir ses promesses d’organiser des « élections propres ».
Lyes Ayoub