Air Algérie

AGENCES D’AIR ALGÉRIE À ALGER : Des chaînes interminables et des clients mécontents

Stressés, insatisfaits, mécontents des services proposés, les clients de la compagnie aérienne nationale ont, depuis la première heure d’hier, attendu devant la porte de l’agence commerciale à la place Maurice-Audin pour changer les dates ou acheter des billets.

Lors de notre virée matinale, vers 10h, à l’unique agence d’Air Algérie ouverte sur Alger-centre pour les usagers afin d’effectuer les différentes opérations déjà proposées sur les sites internet de l’entreprise, la première agence est située à la place Audin et l’autre à la rue des frères Amirouche (ex-Aletti), l’on constate un flux important de clients devant la porte de l’agence venus revalider leurs billets pour les reporter à une date ultérieure ou acheter un nouveau. Une impressionnante et interminable chaîne de personnes, constituée de vieux, femmes, jeunes, issus, la plupart, d’Alger pour se faire servir. Sous un soleil de plomb pour une journée d’été, des vieux se mettant à genoux, des jeunes à bout de nerfs, chacun réclamant son tour pour passer. « Vous voyez la chaîne des hommes dépasse les 100 mètres sans parler des femmes de l’autre côté », nous confie Rachid, âgé de 65 ans, retraité de son état. « Je suis ici depuis 7h du matin et à 10h une dizaine de personnes attendent avant moi, ce n’est pas normal », dit-il.

Les clients dénoncent l’ « anarchie »
Venu modifier les dates des billets du retour de ses enfants coincés en France depuis le début de la pandémie, Rachid nous dit : « je vais leurs modifier les dates en espérant la réouverture du trafic aérien », mécontent des services d’Air Algérie il lance : « ce n’est pas pratique, je suis ici depuis 7h  et regardez : j’attends toujours mon tour. Je suis âgé et je suis fatigué, nous somme sous le soleil depuis la première heure », relevant une autre préoccupation, « il nous gâche la journée, pour moi ce n’est pas grave je suis à la retraite, je peux le faire pour mes enfants, mais il y en a d’autres qui ratent leur travail et leur journée,» « c’est des coutumes de notre temps, en 2020 c’est inacceptable ». Par ailleurs, notre interlocuteur a relevé, comme plusieurs présents sur place, le problème du site internet de la compagnie :
« impossible d’accéder au service en ligne » nous fait-il savoir « le nom du titulaire du billet apparait, on peut le modifier mais pas la date » regrette-t-il.
Un jeune homme de 35 ans, sur les nerfs, crie fort : « Je suis ici depuis 8h du matin, espérant de changer la date de mon billet, je me retrouve le dernier de la queue ! si j’ai tardé plus j’aurais pas un billet c’est sûr » dit-il en ajoutant : car  ici en Algérie « premier arrivé, premier servi », vous voyez l’anarchie ! Exprimant son mécontentement, «  nous avons demandé des tickets afin que nous puissions attendre à l’aise et se mettre à l’ombre » mais ils refusent « on change jamais, c’est les mêmes habitudes ». Amina, venue avec sa fille acheter un billet aller-retour (Alger-Paris) ; enfin son tour arrive.
Elle se prépare, elle tend les mains à l’agent pour se désinfecter avec du gel hydro-alcolique, elle nous confie en se faisant tester la fièvre par le même agent : «  je suis ici en train d’attendre depuis 6h30, je vais passer enfin, j’espère trouver des places, ça aurait été plus pratique si le site internet fonctionnait, nous avons essayé pas mal de fois d’y accéder, mais en vain ».
Au niveau de l’agence de l’Aletti, où il y avait moins de monde, nous avons rencontré Salim 44 ans, infirmier, qui vient tout juste d’acheter un billet aller-retour à destination de la France pour un départ de 3 juillet prochain, « je viens le payer 69 000,00 Da pour un billet pour la France dont le retour n’est pas sûr, voire même le départ » dit-il avec un sourire sur les lèvres comme s’il venait d’être « arnaqué » confie-t-il «l’agent d’air Algérie m’a affirmé que cela dépendra de la décision du chef de l’État, si le trafic ne sera pas ouvert je serai obligé de me déplacer une seconde fois pour un changement de date ». «Ce n’est pas professionnel» dit-il.

Seulement 4 agences ouvertes à Alger
La compagnie aérienne nationale Air Algérie a communiqué il y a deux jours par le biais de son porte-parole Amine Andaloussi que «  l’entreprise a lancé l’opération de revalidation de quelque 600 000 billets nationaux et internationaux ayant été achetés mais non utilisés à cause de la suspension des vols à cause de la pandémie de coronavirus ».
« Air Algérie procède actuellement à la mise à jour de ses données de billetterie. Depuis le 18 mars dernier, 17 000 vols ont été annulés, ce qui équivaut à 600 000 billets domestiques et internationaux », a-t-il expliqué. Alors qu’avec la charge qu’elle subit, la compagnie a ouvert seulement cinq agences « à Alger, Oran, Annaba, Constantine et Ouargla ». Dans la capitale, où il y a plus de demandes, on trouve celle de Cheraga, Rouiba, place Audin et frères Amirouche.
Pour rappel, après trois mois de repos forcé, les employés du service commercial d’Air Algérie ont repris progressivement le service, depuis dimanche passé. La compagnie a expliqué que la modification des billets achetés se fait gratuitement dans la même classe durant toute leur validité et avant la date du voyage prévue, soulignant que les clients d’Air Algérie peuvent bénéficier de « modifications sans frais dans la même cabine et pour toute destination dans le même pays » pour des voyages allant jusqu’au 31 mars 2021.
Ceux qui veulent un remboursement de leurs billets devront cependant se contenter d’un « voucher », à savoir un billet valable jusqu’au 31 décembre 2021. Ils ne pourront être remboursés qu’après cette date en cas de non-utilisation dudit voucher. Également, elle a proposé des services en ligne pour éviter le déplacement de ses clients.
Sarah Oubraham