Ouyahia-Sellal

Affaire Tahkout : Les accusés nient tout

Le procès de l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout s’est poursuivi, hier, au tribunal de Sidi-M’hamed par l’audition des autres accusés, sachant que le collectif de défense avait demandé le transfert des audiences de ce procès au tribunal de Dar El-Beida en raison de l’exiguïté des salles du tribunal de Sidi-M’hamed où il est impossible de respecter la distanciation sociale afin d’éviter la propagation du nouveau coronavirus.

L’audience d’hier a été entamée par l’audition d’Abdelghani Zaâlane en sa qualité d’ancien wali et ancien ministre des Transports.
Lundi, le juge près le tribunal de Sidi-M’hamed a auditionné dans ce cadre les deux anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, les anciens ministres de l’Industrie et des Transports Youcef Yousfi et Ammar Ghoul ainsi que des cadres du ministère de l’Industrie et le responsable du port de Skikda poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation en lien avec la corruption. Lors de l’audience, Ahmed Ouyahia a rejeté en bloc l’ensemble des accusations retenues contre lui, à savoir l’octroi d’indus avantages et facilitations à Tahkout pour ses projets de montage automobile. Ces accusations, a-t-il dit, sont les mêmes charges retenues contre lui lors de l’instruction par le Conseiller instructeur près la Cour suprême, affirmant que les projets de montage automobile de Tahkout avaient commencé en 2016 et qu’à cette époque-là il était directeur de cabinet à la présidence de la République et non Premier ministre. Soulignant que le seul critère qui était adopté pour l’approbation des dossiers des investisseurs était l’expérience, même minime, dans le domaine concerné, il a ajouté que l’État avait recouru au montage automobile après la chute des prix du pétrole.
À une question du procureur de la République sur la provenance des fonds figurant sur son compte ouvert à la Banque de développement rural (BDL), Ahmed Ouyahia a répondu que ces avoirs n’avaient aucun rapport avec son activité gouvernementale. Après avoir réitéré qu’il a toujours servi son pays avec abnégation et qu’il n’a jamais abusé de ses fonctions, Ouyahia a expliqué la non-déclaration de ces fonds par la dégradation de son état de santé et des circonstances difficiles qu’il a eu à traverser. Appelé à la barre, l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal a également rejeté les charges retenues contre lui, imputant l’entière responsabilité des cahiers des charges au ministère de l’Industrie. Ni le Premier ministère ni le Conseil national de l’investissement (CNI) n’étaient concernés par leur élaboration, a-t-il soutenu. Sellal a également nié avoir eu connaissance de la non-conformité de la convention signée entre Tahkout et l’ANDI après la suppression de la condition d’association d’un partenaire étranger.
De son côté, l’ancien ministre de l’Industrie, Youcef Yousfi, a déclaré en réponse au juge, que la décision de l’État de recourir au montage automobile était en prélude à la mise en place d’une véritable industrie nationale et non de gonflage de pneus, comme il est prétendu. Pour lui, ces mesures avaient permis, en dépit de tout ce qui est dit sur le dossier de montage automobile, de dynamiser certaines industries en lien notamment la fabrication des batteries et des pneus.
Interrogé par le juge et le procureur de la République en tant qu’ancien ministre des Transports sur l’octroi à Tahkout d’un lot de terrain, en violation de la législation, dans la wilaya de Skikda, Amar Ghoul a rejeté cette accusation, affirmant que toutes les instructions et correspondances qu’il a signées étaient conformes à la législation en vigueur. Soulignant que le terrain en question n’était pas au niveau de la zone industrielle mais dans la zone de marchandises au port de Skikda ; il a expliqué que la réalisation d’un projet d’investissement dans l’enceinte du port ne présentait aucun danger pour l’environnement, comme prétendu. Pour rappel Mahieddine Tahkout, en détention provisoire depuis juin 2019 avec des membres de sa famille, est poursuivi pour obtention de privilèges de la part de cadres de l’Office national des œuvres universitaires (ONOU) et du ministère des Transports dans l’affaire des œuvres universitaires, ainsi que par des cadres du ministère de l’Industrie et de l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI) dans l’affaire de la société CIMA-MOTORS.
Sarah O.