Algérie UE

ACCORD D’ASSOCIATION ENTRE L’ALGÉRIE ET L’UE : Pourquoi la révision est nécessaire pour l’Algérie

Selon Sami Agli, président de la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), et Akli Moussouni, expert senior/cabinet CIExpert (ex-simde) la révision de l’Accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne, selon une approche « gagnant-gagnant », tel qu’ordonné par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, représente une nécessité, voire une urgence, pour remettre cet accord dans le bon sens et rendre les relations économiques et commerciales en faveur de l’Algérie.
Animant conjointement, hier, le forum économique du quotidien « El Moudjahid », Sami Agli a plaidé pour un accord réaliste, exécutable et surtout équilibré, appelant à impliquer les opérateurs économiques qui sont sur le terrain dans les consultations. Il en veut pour exemple, la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), où l’Algérie a été impliquée dans le processus du début jusqu’à la fin, ce qui lui a permis d’évaluer les atouts et les faiblesses de l’intégration dans cette zone.
En outre, le président de l’organisation patronale a encouragé les entreprises nationales à travailler avec les normes mondiales et se préparer aux nouvelles conditions imposées par le marché, précisant qu’ « il est temps de joindre l’OMC (Organisation mondiale du commerce). En termes de chiffres, Agli a précisé que le cumul des exportations algériennes hors hydrocarbures (HH) vers l’UE, premier partenaire du pays, n’a même pas atteint les 14 milliards de dollars (mds USD) durant cette décennie, alors que le cumul des importations algériennes auprès de l’UE s’est chiffré à 220 mds USD, avec une moyenne annuelle de 22 mds USD.
Sur 15 ans (2003-2018), les exportations algériennes HH vers l’UE sont passées de 344 millions USD en 2003 (deux ans avant l’application de l’accord) à 889 millions USD à peine en 2018. Pourtant, il dira que «l’Algérie visait, à travers l’accord, de promouvoir ses exportations hors hydrocarbures vers l’Europe et de voir les investissements européens en Algérie croitre ». Ajoutant « l’accord d’association Algérie-UE n’a généré ni l’investissement direct étranger, qui est pratiquement nul, ni de postes d’emploi et de croissance économique », regretta-t-il.
Quant aux problèmes qui bloquent l’exportation du produit algérien vers l’UE, l’expert en la matière Akli Moussouni a présenté une exposition dans ce cadre, précisant que malgré les avantages de l’Algérie notamment dans le domaine de l’agriculture, le caractère traditionnel de son produit ne lui permet pas de négocier en force, aussi l’absence d’un marché normalisé, la qualité du produit, faiblesse du produit national qui est anarchique et hors formes mondiales, douteux, cher et non compétitif. Du coup il dira en conclusion que l’intérêt de la partie algérienne ne réside pas dans la révision des clauses des accords mais dans la valorisation des avantages de son contexte socioéconomique. Prenant comme exemple le secteur de l’agriculture, il propose de procéder à la modification du statut des 08 huit marchés de gros qui sont anarchiques à travers une nouvelle planification et encadrement, également le même conférencier suggère la mise en place des dispositifs et des règlementations pour encadrer le nouveau schéma des filières.
Pour rappel, lors du Conseil des ministres le 31 octobre passé le président de la République Abdelmadjid Tebboune a instruit de revoir les dispositions de cet accord, signé en 2002 et entré en vigueur en 2005, « clause par clause » et en fonction d’une « vision souveraine et d’une approche gagnant-gagnant ». La révision ciblée doit surtout tenir compte, selon lui, de « l’intérêt du produit national en vue de créer un tissu industriel et des emplois ». Dans son article1, l’accord prévoit de « ….développer les échanges, assurer l’essor de relations économiques et sociales équilibrées entre les parties, et fixer les conditions de la libéralisation progressive des échanges de biens, de services et de capitaux ». En 2020 l’Algérie a lancé de nouvelles concertations avec l’UE pour réévaluer l’accord dans l’objectif de le réviser, En décembre 2020, lors de la 12ème session du Conseil d’association avec l’UE, l’Algérie a alors assuré que la révision de l’accord se « fait sur la base de l’équilibre », soulignant « la volonté de dialogue de part et d’autre ».
Sarah Oubraham