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SELON LA CHERCHEUSE WARDA BAILICHE-BERRACHED : « L’IA et les campagnes électorales : entre innovation et dérive »

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La chercheuse franco-algérienne spécialisée en intelligence artificielle et ses usages, Warda Bailiche-Berrached, auteure de l’ouvrage «L’humain à l’ère de l’IA», analyse l’intégration croissante des outils de l’intelligence artificielle dans les campagnes électorales, notamment concernant les élections législatives du 2 juillet prochain.
Dans un entretien accordé au quotidien El Khabar, elle décrypte les transformations profondes induites par ces technologies, tout en soulignant leurs avantages, leurs limites et les risques qu’elles peuvent engendrer. Selon la chercheuse, l’IA ne se contente pas de modifier les supports de communication politique (affiches, slogans ou contenus visuels), mais elle bouleverse en profondeur la logique même des campagnes électorales. Elle accélère la production de contenus, facilite leur personnalisation et permet une analyse fine des attentes des électeurs. Là où les campagnes reposaient autrefois sur des équipes humaines, une stratégie de terrain et des messages relativement uniformes, l’IA introduit désormais une automatisation partielle des processus, allant de la rédaction de discours à la segmentation des publics. Warda Bailiche-Berrached a identifié quatre grands domaines d’utilisation de l’IA dans les campagnes politiques dont la production de contenus création d’affiches, slogans, textes, vidéos et publications adaptées aux réseaux sociaux, avec traduction et adaptation des messages selon les publics, l’analyse de l’opinion exploitation des données en ligne pour détecter les préoccupations des citoyens et anticiper les tendances, la personnalisation des messages adaptation des discours selon les profils (jeunes, femmes, étudiants, agriculteurs, diaspora…), l’organisation interne des campagnes : planification des réunions, synthèse des documents, structuration des programmes et veille médiatique. Elle ajoute que des outils plus avancés, comme les chatbots et agents de conversation, commencent également à être utilisés pour renforcer la mobilisation numérique.

Entre opportunité et risque de manipulation
Si ces usages peuvent améliorer la lisibilité des programmes politiques et faciliter l’accès des citoyens à l’information, la chercheuse met en garde contre une dérive possible. L’IA pourrait, selon elle, appauvrir le débat public en transformant la politique en une simple « ingénierie de l’attention », où l’objectif n’est plus de convaincre par l’argumentation mais de capter les émotions et les comportements des électeurs. Le danger majeur réside dans la possible confusion entre communication humaine et contenus générés automatiquement, ainsi que dans le risque de manipulation ou de désinformation. La chercheuse estime que les usages actuels en Algérie restent principalement centrés sur la création de contenus (affiches, discours, slogans), sans recours massif aux agents autonomes ou systèmes avancés de ciblage politique. Elle observe également l’émergence de modèles d’IA « souverains » adaptés aux contextes locaux, comme Nojoom.AI ou le modèle AQL-42B, qui réduisent les barrières linguistiques et culturelles, notamment liées à l’usage de la darija. Mais cette évolution soulève, selon elle, une vigilance accrue : lorsque l’IA ne se limite plus à structurer le discours politique mais contribue à fabriquer une illusion de proximité ou d’adhésion populaire, le risque de manipulation de l’opinion devient réel.

Une influence invisible sur le comportement électoral
Enfin, la spécialiste souligne que l’IA agit de manière subtile sur les comportements électoraux. Elle ne contraint pas directement les choix des citoyens, mais influence leur perception du réel, en adaptant les messages à leurs émotions, leurs peurs ou leurs attentes. Cette personnalisation extrême du discours politique pourrait fragmenter l’espace public en une multitude de réalités individuelles, fragilisant ainsi le débat démocratique commun. Pour la chercheuse, le défi fondamental reste donc d’encadrer ces technologies afin qu’elles renforcent la transparence et la participation citoyenne, sans compromettre la l’intégrité du processus démocratique.
M. Seghilani

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