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55e MARDI DE MOBILISATION : Les étudiants aux couleurs du 8 Mars

Plusieurs milliers de manifestants ont défilé, hier, dans le calme en début d’après-midi à Alger, comme dans d’autres régions du pays, pour le 55ème acte du Hirak des étudiants.
Coïncidant, cette semaine, avec la célébration de la Journée internationale de la femme, la marche a drainé beaucoup de femmes, étudiantes ou simples citoyennes, pour exiger le « départ définitif du système en place » et « la libération de tous les détenus d’opinion ». À Alger-centre, la manifestation a démarré de la Place des Martyrs avant de faire une pause à la Place de Émir Abdelkader, et de traverser les boulevards Larbi Ben M’hidi et Colonel Amirouche, et de rallier ensuite la place Maurice Audin, avant une dispersion à partir de 13h.
En brandissant les drapeaux nationaux, les manifestants espèrent donner une réponse aux « appels de division » et « les prétentions de certains hommes politiques que le Mouvement populaire est l’otage d’une seule idéologie ». « Mardi 55 : La présence des femmes, non pas en tant que mères, sœurs, ou épouses, mais en tant que force politique », affiche tout de go une pancarte d’un manifestant. « Bonne fête à toutes les femmes patriotes du Hirak », félicite une manifestante âgée dans une autre affiche. Un lourd dispositif policier a été déployé pour sécuriser l’itinéraire de la marche, avec une particularité pour hier mardi, une présence très visible d’agents de police femmes. Mais aucun incident ou arrestation n’a été signalé. Les femmes ont été très présentes dans le premier carré de la marche, toutes drapées de couleurs nationales.
L’une d’elle s’est complètement mise dans une robe cousue avec le drapeau algérien. « Dawla Madanya, Machi 3asskarya ! », (Etat civil et non pas militaire), « Anidal, Anidal, Hatta Yaskot Ennidam ! », (La lutte, la lutte, jusqu’à la chute du régime !), ont crié les manifestants. Le ministre de la Justice, Belkacem Zeghmati, a été fustigé de nouveau par les marcheurs, qui ont appelé à libérer les détenus du Hirak. Des slogans ont été scandés dans ce sens : « Warahi L3adal, Warah L9anoune ! », (Où est la justice, où est la loi !), « Win Raki, Win Raki Ya 3adala, Had L’hirak Dayer hala ! », (ô justice ! où es-tu ? Ce hirak a chamboulé les évènements !), « Ta3dil Dostour masrahya, W Lmochkil Rahou F Char3ya ! », (L’amendement de la Constitution est une pièce théâtrale). Les manifestants ont appelé aussi à la libération de Toufik Hassani, ancien policier, arrêté à Alger dans la manifestation du vendredi dernier, et placé en garde à vue.
Des manifestants ont appelé à un rassemblement aujourd’hui devant le tribunal de Sidi-M’hamed, où est prévue la tenue du procès du militant politique Karim Tabbou.

Rassemblement des journalistes
En parallèle à cette marche, hier matin des journalistes ont tenu un sit-in devant ce même tribunal pour exiger la libération de leur confrère Khaled Drareni – libéré dans l’après-midi, mais mis sous contrôle judiciaire -, arrêté samedi dernier en train de couvrir une marche à Alger. En traversant le boulevard Ali Boumendjel, les manifestants criaient : « Tahya Ldjazaïr ! », (Vive l’Algérie !), « Istiklal ! », (Indépendance !). D’autres marcheurs ont dénoncé également « les tentatives de répression » par les forces de police des marches précédentes. Sur une affiche, on peut lire : « Manifester est un droit constitutionnel. Article 48 ». Les appels au changement ont été aussi très présents et insistants. « Si la situation politique change, les situations économique et sociale changeront aussi vers le meilleur. Dégagez ! », lit-on sur une pancarte brandie par un quinquagénaire. Sur le verso de la même pancarte, on lira aussi : « La libération de l’Algérie ne saurait advenir sans la libération de la Justice et des médias. L’Algérie n’a pas encore changé ».
Certains manifestants ont réitéré leur opposition à l’appel de dialogue du président Tebboune : « Ni dialogue, ni Constitution, ni nouveaux partis… libération et acquittement de tous les détenus ». 13h : la fin de la marche. Un étudiant prend la parole pour dénoncer la vague de répression et d’arrestations de la marche de samedi, et met en garde contre « les tentatives de division du Mouvement ». « Certains disent qu’il y a des idéologies dominantes dans le Hirak. Avez-vous entendu et vu ici des idéologies de quoi que se soit ? ce ne sont que des tentatives pour faire taire notre Mouvement. Restons unis et indivisibles.
Ce qui nous réunit tous ici se sont les revendications du Hirak : une Algérie libre, démocratique et indépendante. Ce n’est qu’après qu’on pourra parler d’idéologies », a-t-il indiqué. Place à l’hymne national avant la dispersion de la foule dans le calme.
Hamid Mecheri